Le Ceti croise la toile avec le numérique

Le textile innove à tous les niveaux. C’est ce que veut prouver le Ceti à Tourcoing (Nord), dont la stratégie numérique repose sur le Design Thinking, le modélisme 3D et l’impression 3D, et l’Internet des objets.

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© Ceti

Opérationnel depuis septembre 2013, le Centre européen des Textiles innovants (Ceti) de Tourcoing dans le Nord est un lieu « où l’on conçoit, expérimente et développe de nouvelles solutions produits » à partir de textiles. Les clients ? « Ils proviennent de la mode, du retail et du luxe, mais aussi d’autres industries utilisatrices de textiles, comme des acteurs du médical par exemple, avec lesquels le Ceti travaille à l’élaboration et au suivi comportemental des matériaux fibreux utilisés pour la filtration sanguine », explique Pascal Denizart, son directeur général.

Ce dernier s’est d’ailleurs fixé un double objectif : réduire la part des subsides provenant de la Région et de la Métropole lilloise, en développant une clientèle privée ; et rééquilibrer l’offre des grands comptes et ETI (représentant 60 % du chiffre d’affaires en 2015) vers les PME. Un rééquilibrage nécessaire compte-tenu de la part des projets au service de consortiums d’entreprises cofinancés par l’Etat et les collectivités territoriales, qui devrait s’élever à 40 % de son produit d’exploitation en 2016 (lire encadré).

Pour y parvenir, le directeur compte accélérer les projets issus des start-up, des TPE et PME, « sous réserve qu’elles en aient la volonté et les moyens ». Mais l’envie est telle qu’il réfléchit à un modèle de revenu sous forme d’abonnement.

Design thinking : l’atout maître

« Beaucoup de clients viennent au Ceti avec une idée d’usage, mais sans réel cahier des charges », remarque-t-il. Pour cette raison, le centre de R&D a investi en 2014 dans ViaDesigner, un outil collaboratif de Design Thinking mis au point par l’éditeur Vianeo, basé à Sophia-Antipolis. Cette suite logicielle guide le porteur de projet dans l’élaboration de la stratégie et du business model. « Avec cet outil, il est devenu possible au Ceti – qui dispose déjà de compétences en matière de matériaux textiles d’élaborer les fiches produits des solutions textiles en réponse aux besoins du marché ».

« Mais, poursuit-il, nos clients font des produits finis. Ils ne se contentent pas d’innovation sur les matériaux. Ils veulent intégrer des innovations d’usage et aller vite dans la phase de conception des produits finis ». Aussi, le Ceti va développer une deuxième plate-forme avec le Groupe Lectra, numéro 1 mondial des logiciels et machines de coupe destinés aux acteurs du textile et de l’industrie. « Au-delà des comportements des matières et du produit virtualisés en 3D, nos recherches portent sur l’expérience consommateur et visent à faire évoluer le produit en fonction des demandes de consommateurs représentatifs de communautés de marques, dans un processus de co-création ».

Pour le Ceti, il s’agit également d’accompagner la transformation des entreprises dans le changement culturel que représente le passage à la 3D mais aussi de réhabiliter le métier de modéliste. Ce transfert d’expertise et de bonnes pratiques devra être accessible à tous les acteurs du design et permettra de conjuguer créativité et innovation.

Une approche systémique pour les textiles connectés

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© Ceti

Dans le cadre du projet Autonotex (textile connecté autonome) lancé en novembre 2015, le Ceti a intégré la plate-forme logicielle ThingWorx, rachetée récemment par l’américain PTC historiquement spécialisé dans la gestion du cycle de vie des produits (PLM). L’objectif est de mettre au point des fibres intelligentes destinées aux vêtements professionnels et tissus médicaux, capables de réagir de façon autonome, mais aussi de communiquer avec leur environnement dans le cadre de l’Internet des objets.

« Avec cette nouvelle plate-forme, nous disposons des outils nécessaires pour capturer, analyser et exploiter la multitude de données générée par les produits et systèmes intelligents et connectés. Cela nous permet de réfléchir non seulement à la mise au point des produits et à l’expérience client, mais aussi d’intégrer ces produits et objets connectés dans des systèmes associés, en particulier les systèmes de points de vente et de commercialisation », s’enthousiasme Pascal Denizart.

Parce que le secteur est porteur d’innovations, l’image du textile change. « C’est d’ailleurs en mettant à disposition de nouveaux outils pour faire émerger des savoir-faire industriels d’exception que la France confortera sa place dans ce marché très concurrentiel ». Les projets digitaux menés par le Ceti y participent.

Le Ceti en chiffres

Opérationnel depuis septembre 2013, le Centre Européen des Textiles Innovants (Ceti) de Tourcoing (Nord) compte une vingtaine de personnes, essentiellement des ingénieurs spécialisés. Il s’intéresse à la fois à la R&D, au prototypage, à l’industrialisation et à la valorisation des textiles.

Avec un produit d’exploitation estimé à 4,4 millions d’euros pour 2016 – dont 50 % seront réalisés à l’export (Etats-Unis, Europe, Japon) -, le Ceti figure dans le Top 5 mondial dans son domaine.

Le Ceti dispose de 15 000 mètres carrés, incluant les ateliers de prototypage, et côtoie l’Union des Industries textiles (UIT) du Nord, Innotex, le seul incubateur d’innovation textile français et Uptex, le pôle de compétitivité dédié aux textiles à usage technique. Un site d’exception pour le textile français.


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