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Les outils pointus séduisent les PME

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Le dernier-né des drones grand public de Parrot, le Bebop, qui pèse moins de 500 grammes, peut être utilisé jusqu’à 1 000 mètres de distance ou en agglomération. © Parrot

Sur des marchés globalisés, les PME doivent non seulement innover dans leurs produits, mais aussi sur la manière de les concevoir. Exemples.

Il y a encore peu, investir dans un logiciel de conception assistée par ordinateur comme Catia de Dassault Systèmes ou une plate-forme PLM (gestion du cycle de vie des produits), –une solution courante chez les grands industriels –, semblait hors de portée pour une petite entreprise. Ce n’est pas l’avis de Bruno Guimbal, fondateur d’Hélicoptères Guimbal, jeune constructeur d’appareils légers : « Ancien d’Eurocopter, j’avais une certaine habitude de Catia. Le logiciel était en avance sur ses concurrents pour les surfaces complexes, dont nous avons utilisé toutes les ressources. Les premières années, nous avons bénéficié d’un parrainage de Dassault Systèmes, sans quoi nous n’aurions pas pu payer. » Le bureau d’études de la PME, qui compte cinq ingénieurs (dont Bruno Guimbal) et quatre projeteurs, dispose de cinq licences du logiciel, avec lesquelles il a déjà sorti 6 000 plans Catia (et plus de 2 000 pièces sont en production).

Le succès est au rendez-vous : cent hélicoptères ont été livrés et le carnet de commandes est plein, avec 85 exemplaires commandés. Pourtant, si le chiffre d’affaires s’envole (+ 64 % en 2014, à 9,2 millions d’euros de chiffre d’affaires, 74 salariés), le coût des logiciels a été un réel frein les premières années, notamment pour les solutions de gestion du cycle de vie produit, les PLM : « Nous avons développé en interne notre propre logiciel de gestion de configuration sur base de données, beaucoup mieux adapté à
notre activité. Nous étions très loin de pouvoir nous payer le moindre système existant, PLM ou ERP », se rappelle le fondateur d’Hélicoptères Guimbal. Si Bruno Guimbal a fait le choix de Catia, le must des solutions de CAO, de nombreuses PME préfèrent se tourner vers des logiciels moins coûteux, mais dont les capacités sont aussi très élevées. Flavien Morra, responsable du design et de la conception mécanique des drones et des objets connectés de Parrot, l’explique : « Nous utilisons Solidworks pratiquement depuis la création de Parrot. Notre bureau d’études compte 23 personnes et toute la conception produit est réalisée en France. » L’ingénieur a opté pour cette autre solution de Dassault Systèmes, bien moins coûteuse que Catia : « Solidworks nous suffit, et est tout à fait adapté aux projets que nous menons. Catia gère probablement mieux les assemblages complexes composés de plusieurs dizaines de milliers de pièces, mais nos produits ne comptent que quelques centaines de pièces au maximum. Nous n’atteignons donc pas les limites de l’outil, et le logiciel est très rapide à prendre en main par un jeune ingénieur sortant de l’école. »

Disposer d’un prototype en 24 heures 

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Bruno Guimbal (à gauche), fondateur d’Hélicoptères Guimbal. © Guimbal

Si Parrot s’appuie sur les toutes dernières fonctionnalités de Solidworks pour concevoir les drones et objets les plus innovants sur le marché, Flavien Morra est allé encore plus loin dans son bureau d’études : « Nous avons accéléré notre cycle de développement produit par la mise en œuvre de divers moyens dont la CAO, mais aussi le prototypage rapide. Nous disposons en interne d’une imprimante 3D qui tourne en permanence. Cela nous permet de dessiner une pièce dans la journée, l’imprimer le soir et pouvoir disposer du prototype le lendemain matin afin de vérifier si elle est bien conforme à nos attentes. C’est de ce côté que l’évolution a été la plus significative. » L’imprimante 3D Objet dont Parrot dispose, lui permet de produire des pièces représentatives, de celles qui seront ensuite réalisées par injection plastique. 

Par contre, l’industriel fait appel à des prototypistes pour réaliser des pièces résistantes, comme celles d’un drone BeBop. « Le recours au frittage de poudres un peu spécifique par des sous-traitants nous sert à créer des maquettes fonctionnelles. Nous pouvons ainsi évaluer les performances de la pièce plastique telle qu’elle sera ensuite produite en injection plastique, explique Flavien Morra. Les volumes réalisés de cette manière sont plus faibles. Ce sont des impressions assez coûteuses, et il n’est pas nécessaire de disposer de telles imprimantes en interne. »

ScreenHunter_207 Jul. 28 16.20Tous les éditeurs de solutions de gestion de vie du cycle du produit proposent désormais leurs solutions à la location, ou même dans le cloud comme PTC (PTC Cloud Services) ; Autodesk (PLM 360) ou Dassault Systèmes. La souplesse du cloud autorise le déploiement d’une architecture PLM en quelques clics, une solution particulièrement adaptée à un projet précis, mais aussi aux TPEPME. Jens Paulus, designer industriel basé à Barcelone, n’y voit que des avantages : « Disposer de la plate-forme 3DExperience de Dassault Systèmes dans le cloud m’apporte les moyens dont disposent les grandes entreprises. Je peux me concentrer sur le design et non pas sur l’administration de systèmes informatiques », juge l’entrepreneur.

Le calcul intensif pour tous 

Si des outils de pointe en CAO sont plus abordables pour les PME, un domaine leur semble encore inaccessible, celui de la simulation numérique. Quand on pense calcul intensif, on pense aux supercalculateurs exploités par Airbus, Dassault Aviation ou les constructeurs automobiles pour simuler sur ordinateur, l’aérodynamique de leurs avions, la combustion interne de leurs moteurs ou encore faire passer des crashs tests virtuels à leurs futurs véhicules. Pourtant, il est possible pour les petites entreprises de solliciter les meilleurs experts en simulation et même d’utiliser les plus grands supercalculateurs français. C’est la vocation de l’initiative HPC-PME, comme l’explique Stéphane Requena, directeur technique du Genci, Grand équipement national de calcul intensif : « L’initiative HPC-PME a été lancée suite à la publication du rapport France Numérique 2012, qui visait à redynamiser la compétitivité de la France. L’une des résolutions portait sur un rapprochement des efforts du Genci et de l’Inria afin d’aider les PME françaises à mieux connaître la simulation numérique. Nous avons voulu inventer une nouvelle forme d’aide globale pour leur faire découvrir ce qu’est la simulation, ensuite les former et leur donner accès à des experts affichant une double compétence à la fois dans le secteur industriel de la PME et en simulation. La puissance de calcul n’est finalement que l’étape ultime du dispositif d’aide. »

55 PME ont bénéficié du programme HPC-PME et l’initiative se généralise en régions, avec une quinzaine de partenaires. « Nous souhaitons toucher 100 PME par an. Mais, après une étude de marché menée avec Bpifrance, nous estimons que ce sont plusieurs milliers de PME qui, en France, peuvent être impactées par la simulation. »

Société à avoir tiré profit de ce programme, HydrOcean, une spin-off de l’Ecole centrale de Nantes, réalise des études très pointues pour  des industriels dans les domaines maritime, automobile et aéronautique. Parmi ses clients : STX, DCNS ou, encore plus récemment, CMACGM qui lui a confié l’étude de la coque de ses navires afin de les moderniser. Résultat : en modifiant leur coque  en fonction des calculs  réalisés sur les ordinateurs  d’HydrOcean, l’armateur va pouvoir économiser entre 5 à 10 % de carburant !

HydrOcean a investi plus de 3 millions d’euros en R&D depuis sept ans : « Cette somme est particulièrement lourde pour une PME, mais c’est le seul moyen de nous différencier », explique Erwan  Jacquin, le PDG, qui emploie 27 ingénieurs, dont la moitié est titulaire d’une thèse. Soutenue par Bureau Veritas, son entreprise, qui a réalisé près de 3 millions d’euros de chiffre d’affaires l’an dernier, s’est depuis développée à l’international, avec une présence en Chine, à Singapour et à Rio de Janeiro. « Souvent, les mondes académique et industriel se parlent peu. Or, de mon point de vue, notre partenariat avec l’Ecole centrale de Nantes est exemplaire. Nous montons des projets collaboratifs de R&D, nous finançons des thèses, nous embauchons les étudiants à la sortie de l’école et nous reversons des royalties au laboratoire de recherche. » Un modèle de co-développement dont pourraient s’inspirer de nombreuses start-up françaises.


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