NFC – Vers un envol du sans contact mobile

Après des années de tâtonnement, l’écosystème du sans contact mobile NFC arrive à maturité. Reste un challenge de taille : concevoir les nouveaux services qui seront adoptés en masse.

Estimant que nombre de terminaux compatibles était désormais suffisant, Visa a mené en France une vaste campagne de sensibilisation au paiement sans contact.

Après des années de tâtonnement, l’écosystème du sans contact mobile NFC arrive à maturité. Reste un challenge de taille : concevoir les nouveaux services qui seront adoptés en masse.

L’association française du sans contact mobile (AFSCM) en est persuadée : les étapes vers un déploiement massif des services mobiles sans contact sont presque toutes franchies. Le standard NFC*, pour Near Field Communication, sur lequel ils reposent est stabilisé et les modèles de terminaux compatibles sont disponibles en nombre. « Avec l’arrivée de la 4G, nous prévoyons même une nouvelle accélération du taux d’équipement du NFC mobile au niveau national, rendant désormais possible le déploiement à grande échelle de services tirant parti de cette technologie », estime Thibault de Dreuille, délégué général de l’AFSCM.

Plusieurs grandes villes ont déjà lancé des projets NFC qui permettent aux citoyens, par exemple, de régler leurs achats, payer le parking, acheter et valider leurs titres de transport, utiliser des points de fidélité ou des coupons promotionnels, ou encore lire des « tags » pour obtenir des informations pratiques. « Les taux d’usage et d’adhésion observés sur le terrain pour ces applications sont supérieurs à 90 %, et ce quelle que soit la génération », estime le comité stratégique de la filière numérique. Les ventes de cartes sans contact

Il aura fallu du temps pour en arriver là. La première expérimentation, à Caen, date de 2005 [lire l’avis de Patrice Gibon]. Mais l’ébullition actuelle de l’écosystème du sans contact mobile et la mobilisation de ses acteurs laissent penser que son avènement est proche. D’autant plus que le comité stratégique de la filière numérique, réuni début juillet, a prévu des mesures visant à accélérer le passage à une masse critique d’utilisateurs, en particulier pour les applications concernant certains services publics. « Les acteurs du sans contact mobile représentent aujourd’hui un effectif estimé à près de 20 000 salariés. Plus de 2 000 emplois nouveaux sont attendus dans cette branche d’ici à 2015, sous réserve d’un cadre de déploiement ambitieux », assure une analyse du comité stratégique de la filière numérique.

 

Vers une adoption massive en 2015 ?
En 2010, la Métropole Nice-Côte d’Azur a été la première à expérimenter, à Nice et avec le soutien des trois opérateurs, un bouquet de services NFC. Soutenue par le programme des Investissements d’avenir, elle a depuis étendu sa gamme de services.

Les villes de Strasbourg et de Caen, soutenues elles aussi par les Investissements d’avenir, ont, courant juin et à quelques jours d’intervalle, lancé des services NFC axés sur le transport (achat et validation de titres) : U’GO pour la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) et Twisto à Caen.

A La Seyne-sur-Mer, l’application PortPass facturera les plaisanciers au « temps réel » pour les services utilisés.

Il est désormais possible, avec un mobile Cityzi**, d’acheter un titre de transport et de le valider, d’accéder à des informations culturelles devant seize monuments, ou encore de payer ses achats chez plus de 2 000 commerçants niçois. Fidèle à sa stratégie de « ville intelligente et durable », Nice multiplie depuis les partenariats et les annonces. En juin dernier, avec Cisco, le géant américain, elle présentait une « première mondiale » avec son « boulevard connecté », situé le long de l’une des plus grandes artères du centre-ville. Il s’agit d’un réseau de communication « intelligent » destiné à optimiser la gestion de la ville et, à terme, d’offrir de nouveaux services aux citoyens. Deux cents capteurs installés en haut des lampadaires, dans la chaussée ou sur des containers à ordures remontent en temps réel des données sur la circulation, l’éclairage public, la propreté, la qualité environnementale, etc.

 

Familiariser aux nouveaux usages
Les villes de Strasbourg et de Caen, soutenues elles aussi par les Investissements d’avenir, ont, courant juin et à quelques jours d’intervalle, lancé des services NFC axés sur le transport (achat et validation de titres) : U’GO pour la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) et Twisto à Caen. 4 millions de français équipés de téléphones NFC

U’GO repose sur la solution NFC Service Center d’Orange Business Services (OBS) qui vient de lancer, fin septembre, la commercialisation auprès des entreprises et collectivités locales de cette plateforme cloud de dématérialisation des badges. La CTS offrait déjà la possibilité, depuis octobre 2011, de payer son ticket de stationnement avec une carte ou un mobile NFC sur les 765 horodateurs équipés, mais les paiements par mobile NFC demeurent peu nombreux. Depuis avril 2012, le service StrasPlus permet par ailleurs d’accéder avec son mobile à des informations contextualisées dans trois univers (transport, actualité et patrimoine) grâce à plus de 1 400 signalétiques NFC ou QR-Code.

En termes de paiement par carte sans contact, Strasbourg fait la course en tête : plus de 630 000 cartes sans contact sont en circulation et plus de 3 700 commerçants sont équipés de TPE sans contact. « Cette carte est une étape pour habituer les usagers à ce geste, mais l’avenir c’est le téléphone mobile, déclare Albert Galloy, vice-président innovation, en charge de la stratégie mobile et sans contact pour Visa en Europe. Elle permet de toucher le grand public en attendant le développement du parc de smartphones NFC. Elle facilite également la migration de l’écosystème, et notamment des commerçants. » En juin, Visa a mené en France une campagne de sensibilisation au paiement sans contact de grande ampleur, relayée notamment sur à la télévision. Il estime que le nombre de terminaux compatibles est désormais suffisant pour réaliser ce type d’opération.

Il n’empêche, les initiatives pour la création de nouveaux services NFC, hors paiement et transport, se multiplient

A Nice, le mobile NGC Cityzi permet, entre autres, d’acheter un titre de transport et de le valider.

Voulant habituer l’utilisateur à sortir son téléphone pour obtenir de l’information, la Ville de Caen a également équipé plus de 1 000 arrêts de bus avec des tags NFC. « Nous allons maintenant nous attaquer aux secteurs du commerce et du tourisme dans la perspective des festivités du 70e anniversaire du Débarquement, en 2014 », a déclaré Pierre-André Martin, directeur de l’organisation des systèmes d’information et de l’innovation numérique de la communauté d’agglomération et de la ville de Caen, lors de la deuxième université NFC des territoires, organisée par le Forum SMSC (Services mobiles sans contact) en juin 2013 à Strasbourg (la première s’était tenue à Nice en 2012), et qui a rassemblé tout l’écosystème du sans contact mobile. D’autres villes devraient emboîter le pas aux early adopters, comme Bordeaux qui lancera l’an prochain sa nouvelle application « Bordeaux en poche ». Elle permettra aux citoyens d’accéder à différents services municipaux via leur mobile NFC.

En Île-de-France, le NFC brille par son absence. S’il est prévu de rendre la carte Navigo compatible, une étude réalisée par le Forum SMSC a identifié certains freins mis en avant par le syndicat des transports d’Ile-de-France (Stif) : difficultés relatives à l’adoption et l’appétence du public pour des mobiles NFC, nécessité de migrer toute l’infrastructure vers le NFC, modèle économique à définir entre acteurs de la billettique et du NFC, etc.

 

Développer les usages
Car le challenge reste le développement des usages, l’éducation et l’accompagnement du consommateur. Dans son livre blanc NFC Mobile… un décollage en douceur***, publié fin 2012, le cabinet Kurt Salmon le confirme Il n’empêche, les initiatives pour la création de nouveaux services NFC, hors paiement et transport, se multiplient. Parmi les nominés des premiers « NFC Awards », décernés par Orange en juin, figuraient Shop In Street, une solution permettant d’acheter un article à travers la vitrine d’un magasin avec un smartphone NFC et un tag placé en vitrine ; GM Cloud, destiné à faciliter l’accès aux informations de maintenance de matériels ; Unismart, application de lutte contre la contrefaçon qui vérifie l’authenticité des produits ; PresentTag, étiquette NFC qui permet de joindre un message vidéo à un cadeau ou à une carte ; ou encore PortPass, application destinée aux plaisanciers. 

Car le challenge reste le développement des usages, l’éducation et l’accompagnement du consommateur. Dans son livre blanc NFC Mobile… un décollage en douceur***, publié fin 2012, le cabinet Kurt Salmon le confirme : « Le mobile NFC sera un succès si, et seulement si, les opérateurs de services repensent leurs parcours clients pour accompagner les utilisateurs dans la découverte et l’usage de leurs mobiles sur des fonctions nouvelles ». C’est là que le bât blesse : « L’envol du service à partir de 2015 ne pourra se faire qu’à deux conditions : accepter la mise en place, dans un premier temps, de services à un coût faible ou nul pour l’utilisateur final et avoir finalisé les différents accords de partage de valeur entre partenaires, aussi bien fournisseurs de services qu’opérateurs mobiles », concluent les auteurs de l’étude.

Réaliste, le centre national RFID, qui tient son congrès international à Marseille, en octobre, a mené une étude de marché sur les applications possibles hors paiement du NFC [lire encadré]. « L’étude va au-delà de l’analyse des opportunités par segment de marchés, elle décrit les valeurs applicatives du NFC segmentées selon leurs usages et présente la technologie NFC de manière concrète et accessible pour aider les décideurs dans leurs choix », conclut Jean-Christophe Lecosse, son directeur général. n

 

Les applications hors paiement, clés pour l’adoption du NFC
Le centre national RFID (CNRFID) et le cabinet d’intelligence économique Intelling ont mené une étude qualitative et quantitative sur les marchés et les usages du NFC qui, au-delà du paiement, vont permettre une adoption massive. Son objectif est d’analyser l’état technique et applicatif du NFC, d’explorer les opportunités pour toute la chaîne de valeur et d’élaborer des prévisions chiffrées sur le développement du marché. Une description des valeurs applicatives du NFC est proposée selon une segmentation des types d’usages : transactions financières, transactions commerciales, informations contextuelles, identification des biens et des personnes, contrôle d’accès, pilotage d’objets intelligents.

 

* Le NFC (ou communication en champ proche, en français), technologie radio de courte portée, dérivée du RFID (Radio Frequency Identification), permet à des objets d’interagir à une distance de moins de dix centimètres.
** Nom donné par l’AFSCM aux mobiles NFC labellisés pour l’usage des services de proximité Cityzi (www.cityzi.fr).
*** NFC Mobile… un décollage en douceur

 

Il y a plusieurs raisons au lent décollage du sans contact mobile. De 2005 à 2008, les opérateurs de téléphonie mobile ont réellement tenté de donner une impulsion au marché, mais ils se sont heurtés à une offre de mobiles NFC relativement pauvre.

Patrice Gibon
Responsable de l’activité NFC de NXP.

L’avis de… Patrice Gibon,
Responsable de l’activité NFC pour NXP*, à Caen

« Il y a plusieurs raisons au lent décollage du sans contact mobile. De 2005 à 2008, les opérateurs de téléphonie mobile ont réellement tenté de donner une impulsion au marché, mais ils se sont heurtés à une offre de mobiles NFC relativement pauvre. Autre frein, mais qui ne concerne pas que la France, les acteurs de l’écosystème ont été confrontés à la mise en place d’un modèle économique complexe et à des incertitudes sur la question de savoir qui, des opérateurs de téléphonie mobile, des fournisseurs de sécurité ou des fournisseurs de services (transport, paiement, etc.), allait investir dans les infrastructures et leur normalisation.

Enfin, si le potentiel économique est évident, il est très complexe à mettre en place dans la capture et le partage de la valeur. Les ambitions sont présentes à tous les niveaux. Chacun a depuis cerné sa valeur ajoutée et les limites de ses exigences. Et la démocratisation des smartphones a été l’élément déclencheur du regain de dynamique que l’on observe actuellement. Le chiffre de 50 % de smartphones compatibles NFC, devraient être dépassés en 2013. »

 

* NXP, avec Sony, est l’inventeur du NFC.

 

Photos : Visa – D.R.- Laurent Ghesquiere

 

Cet article est extrait du n°5 d’Alliancy, le mag – Découvrir l’intégralité du magazine