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Transformation digitale : Nantes, l’incontournable

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Le pôle EMC2 et son prolongement, l’IRT Jules Verne, jouent un rôle clé dans la digitalisation des entreprises de la mécanique et des matériaux. Ici, le Robot NED, démonstrateur du projet Robofin. © IRT Jules Verne

De la multinationale au petit prestataire, Nantes et sa région offrent un vaste panel de services, propice à la transformation digitale des entreprises. Pour autant, les réseaux et les collectivités ont fort à faire pour accompagner des entreprises inégalement armées. De nouvelles initiatives voient le jour.

« Si j’étais un client industriel dans cette région, j’aurais l’embarras du choix, estime Frédéric Roulleau, président de Tibco Services. Nantes est plutôt avantagé, avec des prestataires dans le cloud, l’édition, les réseaux, des acteurs de grandes tailles comme Capgemini ; de taille moyenne, comme Tibco Services ; et des plus petits. Il y a là un vrai tissu, pas vraiment de carences. »

Ce dirigeant sait de quoi il parle. Son entreprise de services du numérique (ESN) est née à Nantes (Loire-Atlantique), mais ayant acquis, depuis, une dimension nationale, avec 980 salariés présents sur tout le territoire. Elle n’est pas la seule. Le bassin numérique de l’agglomération a vu grandir de solides poids moyens du service informatique. C’est le cas de Proservia, récemment passé dans l’orbite de Manpower, de Sigma Informatique, employant 850 salariés dans le conseil, l’intégration et l’infogérance, ou encore d’ASI Informatique, spécialiste des solutions de business analytics, du social business et des applications mobiles intégrées.

Nantes, incontournable

Pour les ESN nationales, Nantes est presque incontournable. « Nous souhaitions rejoindre l’écosystème du numérique nantais, favorable au développement d’une entreprise comme la nôtre. Des centres de services, un vivier de compétences très étendu, et des frais de fonctionnement diminués », expose Thierry Poitevin, senior business manager chez Kerensen Consulting, spécialiste des solutions CRM et du progiciel Salesforce. « En outre, travailler à Nantes nous permet de préserver une force de frappe efficace auprès de nos gros clients parisiens », ajoute Sabrina Empis, directrice du site nantais.

Nantes Métropole estime à 1 420 le nombre d’entreprises du numérique sur son territoire, une population en croissance de 40 % entre 2009 et 2012. Le nombre d’emplois, lui, s’est accru de 21 % pour atteindre 19 200. Pour une entreprise, il est a priori aisé de trouver chaussure à son pied. Peut-on parler de surcapacité ? « Localement, la filière affiche un déficit de 4 000 postes », répond Frédéric Shaw, de l’association ADN’Ouest. Il faut toujours « importer » des informaticiens de l’extérieur.

La floraison de datacenters locaux illustre le dynamisme de la filière. « Cela témoigne du grand sujet incontournable qu’est devenu le cloud », mentionne Jean-Paul Chapron, patron d’ASI Informatique et délégué de Syntec Ouest. A Nantes, Sigma a investi 7 millions d’euros dans un équipement triplant sa capacité d’hébergement pour monter encore en puissance dans l’infogérance. L’un des leaders régionaux du secteur, le Nantais  Oceanet Technology (Groupe OT) lance lui aussi la construction d’un datacenter sur l’agglomération. Il en ouvrira un autre, en octobre, à Olonnesur-Mer, commune balnéaire où le conseil général de la Vendée aimerait créer un pôle d’activités numérique, alliant qualité de vie et high-tech.

En Vendée, Oceanet Technology a été précédée par Neocenter Ouest (ex-Hits Datacenter) qui vient d’investir 2 millions d’euros dans un « coffre-fort numérique » de nouvelle génération à La Roche-sur-Yon. Quant au Nantais Pentasonic, spécialisé dans l’infogérance et le cloud computing, il vient d’acquérir DRI, société sarthoise hébergeant plus de 6 000 sites Web dont ceux de la ville de Paris, du Premier ministre ou du musée du Louvre Lens.

ADN’Ouest lance un audit des PME

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Comité régional Syntec Numérique Pays-de-laLoire, organisé avec ADN’Ouest, au printemps dernier, à l’Ecole des Mines de Nantes. © ADN’Ouest

« Il y a encore un important décalage entre l’offre du marché et la réalité des entreprises. L’informatique est souvent cantonnée à des tableurs pour le budget ou la paye », observe Frédéric Shaw, vice-président Prestataires d’ADN’Ouest. Cette association, qui regroupe 350 décideurs numériques du grand Ouest, s’apprête à lancer l’opération « Diagnostic performance numérique », visant à aider les entreprises à franchir la première marche de cette transition, via un audit flash de leur système informatique, de leur site Web, de leur réseau ou de leurs infrastructures… « Il s’agit de les aider à définir une stratégie, les investissements, de créer un effet de levier numérique sur leur activité, poursuit-il. Cela peut donner lieu à la mise en place d’une GPAO, d’un CRM… Le besoin est là. »

L’opération, qui devrait être cofinancée par la région, vise les entreprises de 25 à 200 salariés avec un objectif de 225 entreprises sur trois ans, qu’elles soient de services ou de l’industrie.  

Le format est un audit de 4 jours, d’un coût estimé de 5 000 euros, dont la moitié à la charge des PME. L’objectif est de flécher ensuite l’activité vers des prestataires locaux, « sachant que l’offre locale et régionale peut répondre à 80 ou 90 % des besoins ». ADN’Ouest compte, dans la foulée, établir un annuaire détaillé des prestataires. C’est là l’une de ses nombreuses initiatives au-delà du programme Conso IT, qui vise à sensibiliser les entreprises à la consommation électrique : serveurs et ordinateurs représentent, en général, 50 % de la consommation d’une entreprise.

 

Des mouvements florissants

L’effet réseau joue indéniablement dans ce domaine. Oceanet Technology, Sigma et d’autres acteurs régionaux prépare la création d’une armature régionale d’échanges entre datacenters, ou Global Internet eXchange (GIX). En parallèle, les professionnels régionaux doivent faire face à la montée en puissance des grossistes de l’hébergement dont le Nordiste OVH, qui annonce son implantation dans l’Ouest, à Rennes, puis à Nantes. Certains observateurs s’attendent à une concentration du secteur. « Deux tiers de nos nouveaux clients viennent d’OVH, on n’est pas dans la même logique. Eux sont hébergeurs à volume, à l’échelle mondiale, tandis qu’Oceanet Technology cherche la valeur dans les données », répond Pierre Voillet, dirigeant d’Oceanet Technology, soulignant l’importance des PME dans l’essor du cloud. « Nous hébergerons, par exemple, les données administratives de Nantes Métropole, c’est un marché d’environ 200 000 euros à l’année, mentionne le dirigeant nantais. Le marché du cloud, ce sont les PME qui le font. » Chacun s’accorde à constater, chez ses clients, l’importance de la proximité, du street cloud. « Les DSI apprécient d’avoir leurs données près de chez eux, de pouvoir les auditer, cette proximité revêt un aspect rassurant, concret », confirme Grégory Coudray, responsable marketing et commercial de Pentasonic.

Champion de l’infogérance, Tibco Services a renoncé à déployer ses propres capacités d’hébergement. « Il y a une vraie économie locale du street cloud, mais on risque d’assister à une sorte de bulle, quand des acteurs comme IBM ou Microsoft décideront de diviser les prix par dix », analyse Frédéric Roulleau. Nous avons choisi de ne pas aller sur ce marché et de tourner nos ressources vers l’utilisateur. Le succès de la transformation numérique passe par le client final. C’est ensuite que l’on définit l’outil numérique, la cloudisation ou non. » 

Cette abondance de l’offre n’exonère pas les acteurs publics d’accompagner un tissu d’entreprises encore très éloignées de l’informatique. « Les enjeux sont très différents d’une filière à l’autre, observe Christophe Clergeau, vice-président du conseil régional en charge de l’économie et de l’innovation. Dans le tourisme, nous avons dû créer, il y a trois ans, une académie du e-tourisme pour faire que chaque entreprise ait accès aux outils numériques, avec un site Web, l’accès aux réseaux sociaux… On s’interroge maintenant sur la manière de reproduire cela dans le commerce. » 

Alors que l’association ADN Ouest prépare un vaste dispositif d’audit des ScreenHunter_108 Feb. 20 10.26PME, la région entend aussi déployer avant la fin de l’année un prêt Robotique/Numérique à destination des PME industrielles, mobilisant le fonds d’aide au conseil en complément de l’offre de Bpifrance. « Il ne s’agit pas de s’engager dans l’achat de machines, mais dans une nouvelle organisation d’ensemble incluant la formation et le recrutement », poursuit Christophe Clergeau. 

Les réseaux jouent également leurs rôles. Atlantic 2.0, qui réunit 250 entreprises dont bon nombre de start-up, a également lancé les rencontres Web is Industry, à destination des entreprises « de la vieille économie ». « Les entreprises ont en général conscience de l’enjeu de la digitalisation, note Vincent Roux, patron de la société Intuiti, à l’origine de l’initiative. La question porte sur la méthodologie et l’expérimentation, comment réinventer un modèle économique, les modes de fabrication, le mode collaboratif, mais aussi la dimension sociétale et culturelle, quand le numérique rebat les pouvoirs au sein de l’entreprise. »

L’industrie dans la boucle 

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Deux zones numériques ont vu le jour cette année en Vendée. A la Roche-sur-Yon, et, ici, aux Sables-d’Olonne, où le datacenter d’Oceanet Technology est la première pierre du pôle numérique Numerimer. Une pépinière d’entreprises (Numeric Factory) suivra, ainsi qu’un pôle de formation et un espace de coworking. © Oceanet Technology

« Dans l’industrie, on ne part pas de zéro sur le plan numérique, nuance Laurent Manach, directeur dupôle de compétitivité EMC2, lié à la mécanique et aux matériaux. Le numérique est déjà bel et bien présent dans les usines. Par exemple, des logiciels de conception, comme Catia de Dassault Systèmes, sont déjà bien implantés. » Le pôle et son prolongement, l’Institut de recherche technologique (IRT) Jules Verne, jouent naturellement un rôle clé dans la digitalisation des entreprises de la mécanique et des matériaux. « Pour la filière, l’enjeu est d’aborder des outils numériques permettant de remplacer les outils physiques, poursuit Laurent Manach. L’un des axes de travail, pour le pôle, est par exemple, la création d’un bassin des carènes numérique, outil de simulation susceptible d’éviter de créer une maquette réelle et de réserver un créneau sur le bassin réel, en eau. »

L’autre enjeu est la réalité virtuelle et augmentée, « au niveau de l’opérateur, du soudeur par exemple », détaille Laurent Manach. EMC2 avance aussi sur la notion de connexion « machine-to-machine », discipline mettant en œuvre les communications entre machines sans intervention humaine. La région Pays-de-la-Loire accompagne ce mouvement par le biais d’un réseau d’équipements collaboratifs très haut de gamme, dont les platesformes régionales d’innovation (PRI) essaimées sur le territoire et rattachées à des secteurs précis : design à Nantes, électronique à Angers, avec la future Cité des objets connectés… 

A Laval, Clarté, l’une de ces PRI, est chef de file dans la réalité virtuelle. « Ayant lancé notre activité au début des années 2000, nous avons d’abord travaillé pour les grands acteurs du transport, constructeurs et équipementiers ; puis du naval, avec STX France et DCNS, mais aussi du ferroviaire et de l’aérien. Aujourd’hui, les PME s’y mettent, boostées par les grands groupes ou de leur propre initiative. Cela démarre généralement par une sensibilisation à différents outils de CAO, puis viennent la CAO 3D et certaines déclinaisons simples de la réalité virtuelle. Dans le monde de la mécanique ou de la plasturgie, la plupart des industriels sont équipés en CAO. Nous pouvons donc, en très peu de temps, les aider à basculer vers la CAO 3D pour concevoir des prototypes en réalité virtuelle », explique Jean-Louis Dautin, directeur de Clarté. 

Une cité de la réalité virtuelle viendra renforcer ce pôle en 2015 (lire « Laval, temple de la réalité virtuelle  »). Et, dès l’automne 2014, un autre centre de réalité virtuelle sera implanté près d’Airbus, à Saint- Nazaire (Loire-Atlantique), dans la perspective, à l’horizon 2017, d’une usine du futur sur ce même lieu. « Mais l’usine du futur, c’est avant tout la manière de révolutionner la conception en innovation ouverte. Chez STX par exemple, nous avons soutenu un projet de 2 millions d’euros sur l’entreprise étendue, la conception avec les sous-traitants, souligne Christophe Clergeau. L’usine du futur, ce n’est pas seulement une ligne robotisée dans un bâtiment BBC, mais la capacité à mettre en place des chaînes de conception entièrement numériques, de la conception de l’objet à sa fabrication. » 

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