Thierry Petit (Showroomprive.com) : « La transformation de la DSI est aussi un sujet d’entrepreneur »

2015 aura été une année record pour Showroomprive.com avec 27% de croissance et 442,8 millions de chiffre d’affaires. Depuis sa création, le spécialiste de la vente évènementielle en mode féminine est devenu une référence incontournable. Son PDG, Thierry Petit, n’est pas seulement un entrepreneur ultra-actif de la « digital économie », et un business angel qui a du nez (il a notamment investit dans BlaBlaCar et Sigfox), il est aussi féru de technologie, et persuadé que la DSI d’une entreprise est au cœur d’une transformation réussie. Rencontre.

Thierry Petit ok

© Guillaume Ombreux

 

Showroomprive.com a connu une croissance formidable depuis sa création. Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Nous fêterons nos dix ans d’existence en octobre 2016. Showroomprive.com est devenu le partenaire privilégié de la « digital woman » et travaille aujourd’hui avec 3000 marques de mode. Nous avons apporté ces dernières années de nombreuses innovations à leur service comme la livraison en 24h, profondément disruptive dans notre métier. En matière de croissance, nous sommes déployés à l’international dans 9 pays et l’entreprise a recruté 900 personnes, essentiellement dans les 5 dernières années. Nous sommes également entrés en bourse sur la place de Paris, à la fin du mois d’octobre 2015 en levant 256 millions d’euros.

Vous avez participé à notre table-ronde «Transformation de la DSI, les entrepreneurs du digital peuvent-il être une inspiration ? ». Pourquoi vous intéresser à cette question ?

Trop souvent la transformation de la DSI est un sujet lointain pour l’entrepreneur, au quotidien. Pour ma part, cela me passionne. Ingénieur télécom de formation, je pense que la technologie a un sens important pour mon business, pour créer beaucoup plus de valeur, de services et de disruption pour les consommateurs.  En tant que challenger, nous avons d’ailleurs toujours été poussés à l’innovation. Ce n’est pas pour rien qu’aujourd’hui le mobile représente plus de 50% de notre chiffre d’affaires, par exemple.

Qu’attendez-vous aujourd’hui du DSI de Showroomprive.com ?

Dans ma vision, le DSI ne doit pas être celui qui dit « non », car de nombreux métiers n’ont aucune connaissance sur les enjeux technologiques actuels et ils font une confiance aveugle au département informatique. Or, l’innovation nécessite des clés de compréhension business et commerciale… mais elle est également terriblement technologique. Il doit donc être un accompagnateur, capable de s’adapter à des changements rapides et à des remises en questions autour de points clés comme la data et la mobilité notamment. Notre DSI, dont je suis très proche car nous avons fondé ensemble notre première entreprise en 1999, a toujours su trouver les bons leviers entre l’agilité, les coûts, l’importance des différents services, les problématiques des consommateurs… Je ne m’en sépare pas ! Son rôle est central dans la réussite de l’entreprise. Il est le pivot de nombreuses transformations.

Vous avez souligné l’importance de l’enjeu « mobilité » pour votre entreprise. Quel impact a eu le sujet sur votre dynamique d’innovation ?

Quand on a vu le mobile arriver en 2010, on s’est dit que c’était un axe profondément différenciateur pour notre activité, car nous avions une plus forte appétence technologique que notre principal concurrent. Nous y avons donc consacré des moyens. Notre logique a été d’éviter à tout prix de créer des silos en montant en puissance sur le sujet. J’ai mis des mobiles partout : pas de service ou de direction responsable du mobile, le sujet est complètement transversal. Nos spécialistes du marketing ont dû se réinventer pour penser mobile, nos responsables CRM ont dû revoir les usages et interactions avec les clients, nos techniciens ont dû évoluer et se remettre en question dans une logique multi-devices… De nombreuses entreprises se contentent de décliner ce qu’elles font déjà – par exemple leur site – sur mobile. L’objectif est au contraire de repenser l’expérience utilisateur en profondeur. A l’heure actuelle nous avons des applications spécifiques pour chaque terminal, qui respectent les différences d’usages importantes entre une tablette et un smartphone par exemple.

Qu’est-ce que cela a représenté en termes d’organisation ?

C’est le triomphe d’une philosophie de l’apprentissage permanent. C’est l’occasion de tester et de monter en puissance, en maturité sur les fonctionnalités : cela fonctionne bien ? On « scale ». Cela n’est pas satisfaisant ? On met directement à la poubelle. C’est une approche systématique, qui permet de suivre le rythme de tout ce qui est apparu ces 5 dernières années. Les technologies, mais aussi les nouveaux usages n’ont pas cessé de progresser, même en si peu de temps. Si vous n’êtes pas « cablés » pour tester en permanence, avoir une agilité organisationnelle et une agilité technologique, il est extrêmement compliqué de profiter des bonnes opportunités. Au niveau ergonomique également, nous sommes sur de l’amélioration permanente en nous appuyant au maximum sur des tests A/B. Et on ne se contente pas d’une perception subjective « j’aime/j’aime pas », tout est mesuré : les chiffres mettent tout le monde d’accord. Sur l’exemple du mobile, cela a payé : il représente 53% du CA et 70% du trafic de showroomprive.com en 2016. Au-delà de l’apport du chiffre d’affaires, nous avons également noté l’engagement bien plus important qu’il permettait de développer avec nos utilisatrices, avec un ratio de 1 à 5 en moyenne.          

Dans votre vision d’entrepreneur, comment les technologies cloud interrogent-elles le rôle de votre DSI ?

Nous avons choisi d’internaliser là où semble être la plus grande partie de notre intelligence, à savoir le développement informatique. Sur l’infrastructure, nous trouverons facilement des prestataires qui sauront toujours faire mieux que nous. Avec l’essor du cloud, les offres se sont multipliées… et dans l’entreprise, je n’ai pas envie d’entendre parler de gestion directe d’infrastructure. Ces métiers sont très complexes, avoir le bon niveau de sécurité également… Cela voudrait dire recruter énormément d’ingénieurs pour y parvenir. A l’opposé, il y a une très forte tension compétitive sur ce marché, du côté de l’offre, ce qui va dans le sens du client en termes de rapport qualité/prix.

Par contre, ma vision a toujours été de ne pas recourir à de la prestation informatique pour le reste. Tout est internalisé. Nous avons créé nos propres outils, à la fois sur le front office et sur la partie industrielle de nos métiers. Tant que je serai là, je ne dérogerai jamais à cette règle de maîtrise de notre valeur DSI.

Quel impact cela a-t-il sur le rapport entre la DSI et le reste de l’entreprise ?

Pour que cet engagement fasse sens, il faut garder comme ligne de conduite d’être au service de l’utilisateur… sur les bons sujets. Ils doivent pouvoir jouer avec les outils, parce qu’ils sont simples, intuitifs, performants, sans avoir besoin des ingénieurs derrière eux. Ces derniers sont là pour développer et innover, pas pour traiter de la requête ou du cahier des charges en permanence. Le bon ingénieur est une Formule 1 : tracez la route pour lui et laissez-le avancer à toute vitesse sur cette ligne droite où il va être brillant.

Dans ce contexte, votre DSI a-t-elle eu besoin de nouvelles compétences pour mieux innover ?

Il y a une pénurie d’ingénieur, je ne vais l’apprendre à personne. En fait, c’est une pénurie des « bons » ingénieurs : ceux qui correspondent précisément à nos attentes dans un monde en transformation rapide. Il faut se battre pour les avoir. Nous avons la chance d’avoir de très bons data scientists en France, bien formés. Ce sont de superbes profils que tout le monde s’arrache. Nos secrets pour les attirer : nous avons rendu tout le monde actionnaire dans l’entreprise. Les ingénieurs font partie des plus importants. Plus ils restent, plus de la valeur est créée… et ils en profitent. Ensuite, ils travaillent tous dans la « Silicon Vendée », aux Sables-d’Olonne, dans un cadre de vie exceptionnel en bord de mer. De très bons ingénieurs, qui ont autour de 35 ans et une bonne expérience, veulent aujourd’hui faire des choix de vie avec leur famille. Ils en ont ras-le-bol de Paris et cet environnement les séduit. Cela crée un cercle vertueux. Il y a très peu de turn-over et ils peuvent se concentrer sur l’innovation.

>> Pour aller plus loin :

Découvrez l’intervention de Thierry Petit et d’autres lors de la table-ronde «Transformation de la DSI, les entrepreneurs du digital peuvent-il être une inspiration ? » animée par Alliancy, le mag.

 


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