Luc Bretones (G9+) : « Plaçons le numérique et ses enjeux au cœur de la stratégie de l’Etat français »

100 idées ou propositions, toutes applicables et utiles, à l’attention des politiques en vue de la Présidentielle… Voilà l’intention de l’Institut G9+* en publiant l’ouvrage « 2017 : 100 idées pour une France numérique ». Aujourd’hui, ce think tank apolitique et pluriel lance également une plateforme en ligne en partenariat avec Alliancy, le mag, pour ouvrir le dialogue. Explications de son président, Luc Bretones.

 

 

Luc Bretones – directeur du Technocentre d’Orange et d’Orange Vallée

Luc Bretones – président de l’Institut G9+

Alliancy, le mag. Un livre, une plateforme d’échanges… Pourquoi ces « 100 idées pour une France numérique » ?

Luc Bretones. « 2017 : 100 idées pour une France numérique » est une contribution de nombreux leaders d’opinions de la société civile, choisis collégialement et portés par notre institut, qui est un think tank associatif, pluriel et apolitique, orienté sur la promotion du numérique et ses usages. Propriétés de leurs auteurs, ces propositions sont toutes faites pour être intégrées à des projets de loi ou des réformes au niveau national ou européen. Elles se veulent très opérantes, d’où le fait qu’elles soient assorties à chaque fois d’un plan de financement…

Qu’est-ce qui vous a poussé à une telle démarche ?

Nos élites politiques ne maîtrisent, en général, pas le numérique, et en font un sujet d’angoisses et de peurs, plus que d’opportunités ou de potentiel d’amélioration de la société. Aussi, à l’occasion des vingt ans de G9+ et à l’approche de l’élection présidentielle, nous avons souhaité nous impliquer pour une réelle prise en compte de cette thématique au cœur de la stratégie de l’Etat français et ce dans toutes ses dimensions, économiques, sociales, politiques et environnementales.

Notre pays est-il si en retard ?

La France et l’Europe, contrairement à d’autres pays (Israël, pays nordiques…) et continents (Amériques et Asie), ne profitent pas suffisamment des opportunités du numérique pour répondre à leurs défis majeurs. L’institut rappelle donc la nécessité de « changer de braquet » et d’entrer dans une nouvelle ère, où les monopoles et positions acquises vont connaître une remise en cause fondamentale, permanente et accélérée.
D’ailleurs, quand je parle du livre, je rappelle toujours qu’il faut donner un cadre aux entreprises existantes comme aux nouvelles qui soit un développement par le numérique et sur un périmètre continental. La France est un petit pays… Le numérique est un marché qui n’a pas de frontière… Aussi, il est important de

Le Livre "2017 : 100 idées pour le numérique" proposé par l'Institut G9+

Le Livre « 2017 : 100 idées pour le numérique » proposé par l’Institut G9+

comprendre que si l’Europe (ou que quelques pays cœurs de l’Europe) ne définit pas un marché unique pour les nouvelles technologies, nous aurons des sociétés qui seront des championnes nationales, mais qui se feront systématiquement racheter ou consolider par leurs compétitrices américaines ou asiatiques… Il n’y a qu’à regarder le classement du FT 500 dans lequel le continent européen ne fait quasiment jamais entrer de nouveaux acteurs. C’est plus qu’inquiétant !

 

La plateforme « 100 idées pour une France numérique » vous permet de découvrir les  propositions faites via l’Institut G9+ par de nombreux leaders d’opinion. Vous pouvez également les « liker », les commenter et les partager sur les réseaux sociaux.
Bonne lecture ! 

Rendez-vous sur
100idees.alliancy.fr

 

 

A l’image de Medtech… Bertin Nahum, son fondateur, vient de céder l’entreprise à l’Américain Zimmer (robotique chirurgicale), estimant que les futurs challenges de son entreprise ne pouvaient être affrontés qu’avec plus de capital…

C’est tout à fait dans le prolongement de ce que je viens de dire. Nos pépites nationales, les meilleures start-up françaises, allemandes… ne parviennent plus à croître en Europe à partir d’un certain niveau et vont le faire dans des marchés adressables, déjà unifiés ou plus simples, et qui, en plus, bénéficient de financements ou de valorisations largement supérieurs à ce qu’elles peuvent trouver ici…

Quelle serait la première chose à faire pour remédier à cela ?

Il s’agirait déjà de faire alliance avec l’Allemagne pour constituer sur les nouvelles vagues d’innovations technologiques un marché de taille continentale. Et si on y arrive, on aura plus de chance d’entraîner d’autres pays dans cette dynamique. En le faisant, on créera des emplois et l’on ne verra plus le numérique comme une crainte, mais comme un accélérateur de l’économie en réussissant à générer de nouveaux géants et un écosystème qui drainera tous les secteurs parce que le principe même du numérique est qu’il s’immisce partout. Ce qui en fait le premier secteur stratégique !

A-t-on tout de même quelques atouts, comme la French Tech par exemple ?

La dynamique autour de la French Tech est très positive car elle permet d’animer l’écosystème français et de le rendre visible à l’international, tout en accélérant et en fluidifiant l’accès aux financements. Maintenant, ce n’est qu’une partie du puzzle et probablement pas la plus importante. Ce qui est très positif en Europe, et en France en particulier, c’est la qualité de la formation et des ingénieurs, celle des infrastructures (transport, énergie, télécoms…) et, enfin, l’environnement qui est très favorable à la recherche (Cice, CIR). Reste à se bouger au niveau européen…

Sur de tels sujets, n’entre-t-on pas toutefois dans une dynamique politicienne gauche-droite ?

Non, il n’y a pas de clivage gauche-droite sur le numérique. Pas immédiatement en tout cas. Il y a davantage un clivage réformateur-conservateur et surtout, une dynamique entrepreneuriale qui fait qu’aujourd’hui, si on favorise les entrepreneurs, on favorise une transformation radicale de l’économie… Cette conviction est importante, car ce qui apparaît clairement dans les témoignages que nous publions, c’est que l’on ne peut pas éternellement résister à ce mouvement, consubstantiel au progrès humain et à la recherche.

C’est-à-dire ?

La transformation numérique, il vaut mieux l’anticiper que la subir, de façon à diffuser un certain nombre de nos valeurs et visions du monde (big data, données personnelles…) plutôt que de se faire imposer celles d’autres civilisations. C’est la même chose pour d’autres technologies, liées au vivant et au génome par exemple. Si l’Europe veut être au cœur de ces changements et de ces évolutions, il faut absolument qu’elle se mette en déséquilibre positif pour avancer différemment, car on entre définitivement dans une économie de l’innovation, et qui sera forcément numérique (algorithmes, réseaux, IoT, robotique…).

Le fait que le numérique impose un monde plus collaboratif, plus transparent, qui donne le pouvoir à la foule de même qu’il partage l’information en temps réel… ne fait-il pas peur aux politiques ? 

C’est évident. Avec le numérique, c’est tout le référentiel de cooptation des institutions et des pouvoirs établis, que ce soit des partis, des syndicats, des entreprises traditionnelles ou des corporatismes au sens large, qui est remis en cause. Le monde s’aplatit et sa mise en réseau massive permet progressivement aux talents reconnus par le plus grand nombre d’émerger de façon plus naturelle. Les règles d’évaluation de la reconnaissance sont totalement en train de basculer… Ce monde-là échappe aux pouvoirs établis, quels qu’ils soient.

Ce sont des problématiques que vous abordez dans vos propositions ?

Oui, notamment sur la digitalisation de la citoyenneté et du rapport aux politiques pour être capable d’améliorer l’accès du citoyen aux débats parlementaires (lire la proposition #68 « Digicratie » d’Emmanuelle Duez) ou la transparence des équipes qui vont se porter dans les urnes en amont des élections (lire la proposition #70 de Véronique Reille Soult pour une plateforme de présentation de l’équipe présidentielle). Ce sont des choses qui sont demandées et que l’on peut facilement mettre en place à coût marginal.

Dans les 100 idées également, nombreuses sont celles qui concernent l’entreprise et l’économie au sens large. C’était un souhait particulier de G9+ ?

Notre choix s’est naturellement porté sur des actifs, des entrepreneurs, des dirigeants… dont le prisme est d’abord économique. Cela nous semblait évident car nous sommes des professionnels présents dans tous les secteurs d’activité. De même qu’il nous semble primordial que la priorité soit une approche économique et de stratégie industrielle. Il faut se focaliser sur les jeunes entreprises de croissance qui créent le plus d’emplois… Aux Etats-Unis par exemple, il y en a 350 000, qui créent 60 % des nouveaux emplois. Il faut que l’on focalise l’effort d’aides sur ces champions français et européens pour les aider à passer plus rapidement les étapes de scale-up ou de globe-up (lire la proposition #3 « Glob’up » d’Emmanuelle Duez).

Qui sont les 100 ?

Ce sont des gens plutôt éloignés de la politique. « Nous en avons invité quelques-uns toutefois, mais ils sont rares ! », précise Luc Bretones. Ce sont 70 leaders d’opinion du monde économique (majoritairement), politique et social qui, en général, prennent peu la parole… Dans la liste, on retrouve ainsi Dimitri Carbonnelle, Viviane Chaine-Ribeiro, Benoît Thieulin, Benjamin Suchar, Emmanuelle Duez, Pierre Gattaz, Alexandre Zapolsky, Laure de La Raudière, Christian Paul, Gérard Longuet, Alexandre Moati, Jean-Pierre Corniou, Alain Juppé, Alexandre Zapolsky….

Voir la liste complète

 

Donc, l’innovation et la croissance vont venir des PME…

Massivement ! C’est pour cela que c’est d’abord à ces sociétés qu’il faut simplifier la vie. D’où nos propositions autour du bulletin de paie électronique (lire la proposition #18 de Stanislas de Rémur), des API sécurisées avec l’Administration (lire les propositions #51 de Benjamin Suchar, #52 de Christophe Legrenzi et #53 d’Alex Delivet) et du e-paiement (lire la proposition #67 de Stéphane Pallez)**… Aujourd’hui, en termes de simplification, on peut automatiser et numériser un certain nombre de process, qui sont très lourds pour les entrepreneurs, sans rupture forte. Toutes les technologies existent désormais. Pourtant, la France, parmi les pays européens, est très en retard dans de nombreux domaines et il n’y a aucune fatalité à cela. Sans oublier les économies structurelles immédiates qui seraient générées… Il faut que l’on se donne des objectifs d’élimination totale du process papier. C’est urgent.

Cette transformation numérique de notre société et de notre économie, n’est pas si simple pour tous. Comment faire pour qu’elle n’exclue pas ?

La connectivité fait partie de l’aménagement du territoire, comme l’eau, l’électricité, le gaz, le train ou l’avion… L’inclusion numérique, c’est du même niveau ! Aux Etats-Unis, le Président Obama a porté le Très Haut Débit sur un territoire gigantesque et bien plus complexe que la France… Idem au Japon et dans de nombreux pays asiatiques. Là aussi, il faut se donner des objectifs de couverture du territoire avec des engagements mutuels des secteurs public et privé dans le temps. Cette logique globale d’équilibre entre la fiscalité, le niveau de pression concurrentielle et l’investissement doit être pilotée avec des projets nationaux. On a bien avancé ces dernières années, mais on avait aussi perdu trop de temps, sans parler de la surenchère fiscale sur les acteurs locaux qui a clairement bridé les investissements… J’espère que la 5G se mettra en place rapidement et avec de nouveaux plans ambitieux.

Le livre est paru, vous ouvrez une plateforme pour débattre… Quelles sont les prochaines étapes de votre démarche désormais ?

Déjà, le 29 août, le livre a été adressé à plus de 200 personnalités, parmi lesquelles tous les candidats (ou supposés) à l’élection présidentielle. A ces derniers, nous proposerons de se prononcer sur chacune des 100 idées et nous publierons leurs réponses sur la plateforme. Nous souhaitons promouvoir les actions en faveur du numérique car nous considérons à ce stade que ceux qui font du numérique un axe différenciateur de leur campagne sont ultra-minoritaires. Ensuite, une grande soirée sera organisée le 29 septembre sur la terrasse Publicis aux Champs Elysées, pour dédicacer le livre et présenter la plateforme, en présence de tous les contributeurs et d’autres leaders d’opinion avec qui nous souhaitons échanger. Il faut bouger maintenant. 

 

* G9+ fédère plus de 50 000 anciens élèves des plus grandes écoles et universités de France, y compris à l’international.

** On peut aussi citer les idées #74 et #75 de carte d’identité numérique respectivement de Stanislas de Rémur et Philippe Platon pour une dématérialisation sécurisée des services rendus par l’administration. Egalement l’idée #20 de dématérialisation des factures entre entreprises de Jean-Pierre Corniou ; l’idée #91 de dématérialisation des prescriptions médicales par Bernard Gainnier et l’idée #98 de dématérialisation de la documentation militaire.

 

Les grands chapitres du livre
(à retrouver dans le détail sur la plateforme 100idees.alliancy.fr)

1. Développer l’écosystème du numérique
2. Transformer l’entreprise
3. Consommation digitalisée et développement du e-commerce
4. Refondre les relations au travail
5. Pour une éducation (au) numérique
6. Refondre la formation professionnelle
7. Transformer l’administration
8. Construire la Smart City
9. La digitalisation de l’identité et de la citoyenneté
10. Mieux sécuriser les données
11. Mieux soigner et mieux vieillir grâce au numérique
12. Le numérique au service de la culture
13. Des forces de sécurité numérisées


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