Gaia-X : lancement officiel d’un cloud souverain pour l’Europe

Les ministres de l’Economie français et allemand ont annoncé ce jeudi 4 juin le lancement de Gaia-X : un projet d’infrastructure cloud censé garantir la souveraineté numérique de l’Europe. Les premiers services pourraient être proposés d’ici à 2021.

Le projet Gaia-X vise à développer une infrastructure européenne de données pour offrir aux entreprises une alternative aux fournisseurs de cloud américains (AWS, Google et Microsoft Azure), accompagnés depuis peu par le chinois Alibaba.

Le projet Gaia-X vise à développer une infrastructure européenne de données pour offrir aux entreprises une alternative aux fournisseurs de cloud américains (AWS, Google et Microsoft Azure), accompagnés depuis peu par le chinois Alibaba.

Chose promise, chose due ! Début 2019, Peter Altmaier, ministre fédéral allemand de l’Economie et de l’Energie, et Bruno Le Maire, ministre français de l’Economie et des Finances, imaginaient un projet d’infrastructure de données propre à l’Europe. Un an plus tard, le projet se concrétise et tous deux inaugurent le lancement officiel de Gaia-X lors d’une conférence de presse tenue ce 4 juin.

Peter Altmaier présente Gaia-X “comme l’un des plus grands projets digitaux que l’Europe a pu entreprendre”. Un “moonshot digital” que Bruno Le Maire estime salutaire pour supporter “l’indépendance du secteur industriel européen”. “Nous ne sommes pas la Chine, nous ne sommes pas les Etats-Unis” précise-t-il, avant de rappeler les trois objectifs principaux du projet : l’interopérabilité, la transparence et la confiance. Voici les valeurs européennes et standards que porte l’écosystème autour de Gaia X, entre acteurs fournisseurs, utilisateurs et partenaires académiques comme l’institut Mines-Télécom.

Assurer la réversibilité des données européennes

Gaia X est le fruit de nombreuses discussions franco-allemandes sur les questions d’industrie et de stockage des données des entreprises européennes. Il s’inscrit pleinement dans la continuité de la stratégie de la Commission européenne pour réguler l’économie numérique et assurer une souveraineté de l’Europe sur ce domaine. Gaia X est donc annoncé comme une solution “ultime” pour garder le contrôle des données et assurer une indépendance face à l’emprise technologique que représente les acteurs dominants du cloud (Google, Amazon, Microsoft et Alibaba).

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L’association à but non lucratif est basée en Belgique et réunit 24 membres fondateurs comme Atos, OVH, Orange, EDF, Docaposte, Scaleway et Outscale côté français ainsi que Deutsche Telekom, SAP, Siemens, BMW et Bosch, côté allemand.

Enquête Nouvelles priorités stratégiques pour la DSIChaque membre a ainsi contribué à hauteur de 75 000 euros au projet, soit au total 1,5 million d’euros pour donner naissance à cette structure. De leur côté, les Gafa ont aussi pu y participer, mais uniquement sur le volet technique. Si ces acteurs du cloud manifestent leur respect des règles énoncées par l’Europe en matière de donnée, ils pourront alors participer au projet. L’objectif principal étant de rééquilibrer le rapport de force entre les entreprises et ces géants du cloud.

Une place de marché conforme au RGPD

« L’un des objectifs du projet Gaia-X est de briser les structures rigides du marché du cloud par le “vendor-locking” et de restaurer la souveraineté numérique des utilisateurs et la confiance dans les infrastructures numériques en France et en Europe. Il vise à offrir la possibilité d’orchestrer les applications entre les fournisseurs de Cloud et donc de combiner les différentes caractéristiques des fournisseurs de manière individuelle et appropriée. Au final, il s’agit de créer un système multifournisseurs efficace et puissant, transparent et vérifiable », décrit ainsi le projet Outscale.

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Concrètement, Gaia-X est une place de marché qui présente un catalogue d’offres de stockage et de traitement des données en conformité avec les normes européennes, récemment actualisées par l’adoption du RGPD. Il sera donc prévu d’assurer la réversibilité des données : autrement dit la possibilité de récupérer ses données hébergées chez un fournisseur de solutions cloud et les basculer chez un autre. Au-delà de la volonté de garantir plus de confiance vis à vis de la protection des données personnelles, Gaia-X souhaite pallier le problème de dépendance et de verrouillage technologique des entreprises européennes quand elles optent pour des services d’offreurs américains ou chinois.

Nul doute également que ce dispositif se veut être un rempart contre les lois d’extraterritorialité que le Cloud Act imposent. Cette loi fédérale des États-Unis adoptée en 2018 permet aux forces de l’ordre de contraindre les fournisseurs de services américains à fournir des données, qu’elles soient hébergées sur le sol américain ou à l’extérieur.

Si le projet franco-allemand a reçu l’aval de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, Gaia X espère obtenir le soutien du commissaire européen en charge du marché intérieur Thierry Breton pour s’ériger en tant que véritable alternative européenne du cloud.

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