Le ministère des Armées fait le point sur ses réussites numériques

Le ministère des Armées a convié les journalistes ce jeudi 6 février pour faire un point sur la transformation numérique menée en interne. L’occasion de revenir sur les principaux projets incubés et solutions déployées à l’échelle de l’armée.

Jean Marc Latapy, général de corps d'armée.

Le général Jean Marc Latapy, directeur de la DIRISI (Direction interarmées des réseaux d’infrastructure et des systèmes d’information de la défense).

Il y a tout juste deux ans, le vice-amiral d’escadre Arnaud Coustilliere, directeur de la DGNUM, présentait le grand plan de transformation numérique des armées auprès de la ministre des Armées, Florence Parly et Mounir Mahjoubi, alors secrétaire d’Etat au numérique. Depuis, plusieurs projets ont émergé en interne et des solutions numériques ont changé les pratiques du corps des armées.

« Nous menons une politique ambitieuse en matière de recrutement car nous avons besoin de ressources pour soutenir cette évolution numérique », annonce le directeur de la DIRISI (Direction interarmées des réseaux d’infrastructure et des systèmes d’information de la défense) le général Jean Marc Latapy avant d’évoquer des partenariats menés auprès de Pôle Emploi. Je ne suis pas le seul à mener cette transformation, il y a tout un écosystème autour de moi » 

Le ministère a prévu cette année la formation et le recrutement de dix nouveaux techniciens en informatique pour soutenir cette transformation numérique d’envergure. 

La Fabrique Numérique : l’incubateur de l’armée

Le colonel Claude Chary, chargé du numérique et de la coordination de l’innovation à l’état-major de l’armée de Terre.

Le colonel Claude Chary, chargé du numérique et de la coordination de l’innovation à l’État-major de l’armée de Terre.

Le colonel Claude Chary a présenté le déroulement de l’incubation d’un projet à l’armée, de la phase d’idéation à la proposition auprès de l’Agence Innovation Défense. Ce projet est d’abord transmis à la cellule de management de l’information de l’innovation et au bout d’un mois, une commission va statuer sur sa faisabilité. Le candidat reçoit une réponse et si elle est favorable, il peut la faire mûrir directement à la Fabrique du Numérique.

Cette Fabrique du Numérique a été créée il y a un an par la DGNUM et la DIRISI pour déclencher l’innovation en interne. C’est un incubateur de start-up pour le compte de l’armée et hébergé au sein des locaux de l’Agence Innovation Défense. Elle est constituée d’une équipe qui accompagne les projets d’intrapreneur du ministère, avec pour objectif la livraison d’un premier produit viable en six mois.

En 2019, la Fabrique du Numérique a déployé six applications et n’affiche seulement qu’un échec. Elle espère cette année passer à douze nouvelles applis. Ce chiffre reste bien modeste comparé aux autres incubateurs dans le domaine civil car l’armée est exigeante : elle n’accompagne que les projets en petite équipe et sur une période de six mois. Passé ce délai, le projet est avorté.

 

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“Ce type de fonctionnement répond parfaitement à nos attentes, affirme le colonel Frédéric Barbry, porte-parole de l’État-major des Armées. Ce sont des « briques » qui adressent un besoin précis et il n’est pas vraiment envisagé de faire déployer ces applications à grande échelle”.

Des projets précis et rapidement déployables

Parmi les projets en cours, il y a par exemple ICAR qui consiste à numériser tous les processus de maintenance. Le déploiement est prévu en fin d’année prochaine et grâce aux données récoltées par les bornes tactiles, l’armée espère mettre en place une vraie maintenance prédictive. Un enjeu qui ne semble pas être pris à la légère puisque ICAR  affiche un budget avoisinant les trente millions d’euros.

Un autre projet emblématique : “Civils de la Défense”. C’est une plateforme regroupant les offres d’emploi du ministère qui simplifie les démarches de recrutement comme la constitution de dossier de candidature. “Avant, il fallait 5 mois pour recruter et aujourd’hui seulement un mois… insiste Jean Marc Latapy. Grâce à ‘Civils de la Défense’, j’ai triplé mes recrutements.”

En 2019, la Fabrique du Numérique a déployé six applications et n’affiche seulement qu’un échec.

En 2019, la Fabrique du Numérique a déployé six applications et n’affiche seulement qu’un échec.

D’autres projets sont aussi en construction. Tout d’abord, ANAIS (pour « Analyse des Incohérences de Situation maritime ») permet d’agréger les données maritimes pour surveiller les activités en mer et détecter les comportements de navires suspects ou dangereux.

Il y a aussi SEPIA qui vise l’accélération de l’intervention de la police du ciel. C’est un outil d’aide à la décision de l’Armée de l’air qui facile la détection et l’interception de tout intrus, et ainsi se défendre contre toute menace venant des airs.

Enfin, un dernier projet a été présenté : celui de l’École militaire de haute montagne appelé Alpps. C’est un outil en développement qui prend en compte des données de cartographie pour aider à la préparation des missions de l’école en montagne.

Un enjeu de souveraineté

L’armée alloue environ 4 millions d’euros par an pour l’innovation et le passage à l’échelle de projets. C’est pour elle un enjeu crucial de performance mais aussi de souveraineté. Elle a annoncé la mise en place d’une infrastructure de sécurité ultra moderne avec notamment la construction prochaine de datacenters en France. Un moyen à la fois d’assurer une meilleure sécurité et de garantir le développement de solutions numériques innovantes

De la même manière, la transformation vers le cloud hybride s’impose. Un certain nombre de dispositions interministérielles ont été prises en ce sens. Tout d’abord, un POC est en cours pour évaluer la faisabilité du projet et à l’été prochain, l’armée saura en mesure de présenter sa politique en matière de données (quelles données garder en interne et lesquelles partager en externe). Des discussions sont aussi en cours concernant le choix d’un industriel de confiance pour fournir l’infrastructure cloud nécessaire. 

“La donnée c’est le carburant du futur pour l’IA” conclut le colonel Claude Chary. Signe que l’armée souhaite tirer pleinement partie de ses ressources.  


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