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Yves Tyrode (BPCE) : « Après la carte à puce, inventons les API sécurisées »

Yves Tyrode, le directeur général en charge du digital à la BPCE est intervenu lors des Premières Assises des Technologies financières, qui se sont tenues à Paris le 17 octobre. Objectif : contribuer à la prise de conscience des pouvoirs publics et des décideurs des grands enjeux de la transformation numérique du secteur bancaire, français et européen.

Yves Tyrode, directeur général en charge du digital à la BPCE

Yves Tyrode, directeur général en charge du digital à la BPCE. © Greg Gonzalez/BPCE

L’un après l’autre, tous les secteurs de l’économie sont touchés par le numérique. Cette fois, après le retail, l’hôtellerie, la restauration et bientôt l’industrie, c’est au tour du secteur bancaire et financier d’y passer, secoué par l’arrivée massive de nouveaux protagonistes émergents, désireux de concurrencer les acteurs historiques dans tous leurs métiers.

Au-delà des seules FinTech, on peut parler de nouvelles technologies disruptives (blockchain et intelligence artificielle en tête) qui s’installent, sans oublier la naissance d’un consommateur/utilisateur de plus en plus exigeant, volatile et « international » avec lequel il faut s’accommoder… Par exemple, selon une récente étude de Limonetik, 45 % des Millenials aimeraient pouvoir acheter directement sur les réseaux sociaux !

Dans ce contexte, les acteurs historiques doivent innover (et vite !), mais surtout le faire, dans un cadre sécurisé et stable. C’est pour répondre à ces défis majeurs pour le secteur et la souveraineté française tout simplement que la Fondation Concorde s’est penché sur le sujet et invité récemment toutes les têtes de pont du secteur pour échanger, en parallèle de publier un rapport pour les aider à devenir plus compétitifs et se rapprocher d’un véritable marché unique des services financiers.

« Tout n’est pas noir, a estimé Didier Descombes, membre du comité exécutif de Sopra Steria et l’un des premiers orateurs de cette matinée. La transformation numérique du secteur est largement engagée. Pour preuve, la voix du client est devenue essentielle, même si elle n’est pas encore assez comprise en anticipation de ses besoins. Le client a pris le pouvoir et, en ce sens, l’agence bancaire doit évoluer vers d’autres usages. Surtout, ce client est devenu plus autonome grâce au mobile avec lequel il achète beaucoup… ».

En plus du mobile, l’impact des réseaux sociaux est l’autre énorme changement, poursuit l’expert, qui parle d’une source d’information et de comparaison représentant pour l’avant-vente 50 % de la valeur de la chaîne de valeur ; la vente n’en représentant plus que 3 %…

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Et de rappeler les deux autres évolutions à attendre dans un avenir proche, celle du cloud – qui va entrer dans une ère nouvelle (open banking avec les applis) – et l’analytics.

« Une coopétition va s’engager, avance ainsi Didier Descombes. La prochaine étape va être l’innovation et l’ouverture des systèmes d’information, grâce à de nouvelles plateformes. On va entrer dans l’ère de la banque étendue en intégrant de nouveaux acteurs, comme les retailers par exemple, pour co-construire de nouveaux services. C’est le time-to-market qui l’impose ! ».

Hélas, cette démarche d’ouverture n’est pas naturelle pour les banques, mais il faut le faire : « C’est une vraie opportunité, qui peut être créatrice d’emplois à terme. Ensuite, si on innove, on peut attirer les talents, les jeunes », si difficiles à recruter.

Didier Descombes résume enfin son propos en citant quatre facteurs de réussite :

  1. La modernisation par la réalisation de ces plateformes ouvertes (gouvernance à revoir) ;
  2. La numérisation de l’expérience client (l’applicabilité du parcours client…), à condition de comprendre ce parcours et l’adapter
  3. La diversification (via la DSP2*)
  4. La cyber-sécurite (l’enjeu est colossal car le risque aussi)

Yves Tyrode, directeur général en charge du digital à la BPCE, intervenait également. «  L’open innovation, les POC [proofs of concept], les hackhatons… C’est une époque révolue ! Aujourd’hui, il faut industrialiser ».

 

Selon lui, plusieurs choses font également consensus dans la profession bancaire : « L’open innovation n’est plus une option. C’est un sujet qui est aujourd’hui compris par les banques. Il n’y a qu’à voir les multiples incubateurs et accélérateurs mis en place. Pour autant, l’open innovation n’est pas une fin en soi. Quelle valeur va-t-on générer pour nos clients ? C’est la seule chose qui compte in fine. »

Yves Tyrode a ensuite insisté près de ce public averti sur les portails d’API, « qui permettent de faire du business et de créer des services différents de ce que l’on est habitué à faire. Il faut ouvrir nos API à des grands acteurs comme ceux du e-commerce, sur le crédit notamment. »

Les FinTech doivent devenir le centre de R&D dans la banque

BPCE, qui a par exemple ouvert l’an dernier différents jeux de datas, compte aussi ouvrir ses API. « La maîtrise technologique est clé ! A l’échelle de nos écosystèmes, français et européen », a-t-il poursuivi.

Parmi les questions « moins évidentes » pour lui, mais auxquelles il faut s’atteler, arrive en tête l’environnement réglementaire : « Il doit être favorable à l’open innovation ; mais il doit aussi créer un cercle vertueux entre petits et grands acteurs pour créer de la valeur ensemble au niveau local. Il faut considérer que les start-up et les FinTech doivent devenir le centre de R&D dans la banque. Il ne faut pas s’opposer ».

Mais il y a un autre enjeu, a estimé Yves Tyrode : « Si on ouvre nos interfaces et qu’on dérèglemente, c’est aussi pour créer des géants au niveau européen. Si on le fait pour favoriser les Gafa [Google, Apple, Facebook, Amazon], on n’aura pas gagné ». Un point largement évoqué également par Rémi Gitzinger, directeur exécutif de Galitt : « On a des champions de l’agrégation en France dans la FinTech comme Linxo ou Bankin, il faut en tirer parti. On doit y parvenir ».

Yves Tyrode est ensuite revenu sur l’apparente contradiction entre dynamique d’ouverture et sécuritaire… « DSP2* et RGPD** cohabitent d’une manière un peu contradictoire. On nous dit « Vos données ne vous appartiennent pas, mais vous devez les protéger ! »… On est très embêtés collectivement, car ce n’est pas simple à concilier ».

Ne pas devenir des « colonies » numériques

La solution qu’il préconise : « Si on veut régler cette question, il faut revenir aux fondamentaux, notamment technologiques avec la blockchain, l’authentification forte, la biométrie, l’IA… qu’il faut maîtriser. »

Et d’appeler de tous ses voeux : « Après la carte à puce, inventons les « API sécurisées ». Mais il y a un risque, a-t-il rappelé, il ne faut pas que l’on est une Europe qui ne soit pas basée sur nos propres standards technologiques. Et si on n’a pas la masse critique, on ne gagnera pas face aux Gafa ou autres géants asiatiques. Nous devons avoir des standards et des standards européens, tout en organisant un système de confiance. Travaillons sur l’identité numérique ».

A ce sujet, Franck Guiader, directeur de la division Fintech, Innovation et compétitivé à l’AMF (Autorité des marchés financiers) a précisé, lors de la table-ronde suivante, que l’institution allait consulter sur les ICO [initial coins offering] dans les jours à venir. « L’objectif est de voir comment cette nouvelle forme de financement peut trouver sa place dans la nouvelle économie, a-t-il précisé. Il faut accompagner la place de Paris pour que l’on soit pionnière dans ce domaine et puisse permettre d’assainir ce marché. Il y a de vraies questions en matière de blanchiment. Nous voulons accompagner en innovant pour porter au niveau européen et international des propositions françaises pour structurer cette nouvelle forme de financement. » L’Autorité des marchés financiers aborde en effet ce phénomène sous l’angle des risques, mais en réfutant toute interdiction absolue.

Notre pays a des atouts, mais il y a aussi des menaces, ont reconnu plusieurs intervenants. « La France est ciblée, a lancé Alain Clot, président-fondateur de France Fintech. Le vrai risque, ce sont les Gafa… et non pas les FinTech. Apple dispose de 950 millions d’adresses mail… On est un cas d’ubérisation parfait au regard de la recherche académique. »

Laure de la Raudière, députée d’Eure-et-Loir, a terminé le débat en revenant sur un « scénario qui est le même à chaque fois : « Des anciens acteurs freinent à remettre leur modèle en question et des nouveaux venus viennent les disrupter, a-t-elle rappelé. Comment gagner et développer des technologies qui soient pertinentes pour la filière ? C’est aussi une question de souveraineté. En ce sens, l’Etat a un grand rôle à jouer, en matière de protection des données des citoyens et des entreprises, comme en matière de protection économique et financière en Europe. La transformation numérique, c’est d’abord la confiance. Face aux nouveaux entrants via des API, il faut travailler sur un plan prévisionnel de prévention et de gestion des risques du système bancaire à l’ère du numérique ». Et de rappeler le succès du Compte-Nickel avec plus de 700 000 comptes ouverts en trois ans : « Il y avait un vrai besoin, que les banques n’ont pas su voir ». La start-up est désormais dans le giron de BNP Paribas.

DSP2 : cette seconde directive sur les services de paiement doit être transposée par les Etats membres de l’Union européenne d’ici le 13 janvier 2018. Elle l’a été par la France le 9 août 2017.

** RGPD : Le règlement européen sur la protection des données personnelles entrera en application le 25 mai 2018.

Pour aller plus loin :

>> Cet article est extrait du dossier Banque / Assurance – L’open banking : un exercice imposé à tous

Qu’est-ce qu’une FinTech ?

« La FinTech s’installe au croisement de la frustration et de la marge » (Alain Clot, président-fondateur de France Fintech) ! Apparu pour la 1ère fois à la fin des années 1980 dans les journaux anglo-saxons, le terme « FinTech » (contraction de Financial Technology) désigne de jeunes entreprises qui se servent des technologies numériques pour proposer une offre de services financiers moins coûteux et plus innovants.

 

Chiffres-clés du secteur des FinTech

  • On dénombre actuellement près de 1 400 start-up dans la FinTech (dont 36 en France).
  • Elles bénéficient d’un financement moyen de 44 millions de dollars par entreprise.
  • 82 % des Français utilisent les FinTech sans connaître ni leur nom, ni leur concept.
  • Fin 2016, 36,2 % des consommateurs français affirmaient être clients d’une FinTech. Parmi eux, 15,4 % considèrent qu’elles proposent des taux et services plus intéressants.
  • En 2015, 167 millions d’euros ont été investis dans des FinTech françaises.
  • En 2014, le numérique a fait disparaître 600 000 emplois dans le secteur bancaire.

 

« Il y a trois injonctions dans notre étude »

«  Il y a trois injonctions dans notre étude » 

Selon Olivier Babeau, Professeur d’économie à l’Université de Bordeaux et rapporteur de l’étude :

  1. Ne sacrifions pas la sécurité sur l’autel de la sécurité et inversement. Jouons l’égalité. Etat, régulez-nous. C’est une réglementation juste qui crée le terrain de jeu.
  2. Ne soyons pas en France les seuls à être vertueux… Souvenons-nous que l’argent de tous temps, c’est le pouvoir. Perdre le pouvoir financier, c’est perdre le pouvoir tout court.
  3. Enfin, il n’y a de richesse que d’hommes. Remettons l’homme au centre. La valeur du contact humain est plus que jamais d’actualité. Il faut faire évoluer les compétences.

A lire aussi Le rapport du Bipe (juin 2017) qui a réalisé des projections sur l’emploi dans la banque à horizon 2025 pour l’AFB, l’Association française des Banques.

Et le rapport d’Exton Consulting sur l’impact d’internet et du mobile sur les services financiers au niveau européen « Digital channels III: Internet and financial services in Europe »


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