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Santé : la fièvre numérique
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La santé au travail est-elle équipée pour se réinventer ?

Les services de santé au travail peuvent-ils prendre plus intelligemment le virage du numérique ? La jeune entreprise Padoa en est convaincue et vient de réaliser une nouvelle levée de fonds d’un montant de 20 millions d’euros, pour faire naître une meilleure collaboration entre les professionnels de la santé au travail, les employeurs et les salariés.

La santé au travail est-elle équipée pour se réinventer ?

Cédric Mathorel (assis, en bas à droite) CEO de Padoa et une partie de son équipe

Le système est obligatoire et pourtant, il n’en finit pas de laisser employeurs comme employés sceptiques. La santé au travail fait en effet face aux mêmes enjeux que le reste d’un secteur sous pression, notamment au niveau du manque de médecins ou de la diffusion plus efficaces de méthodes de prévention et de suivi qui suscitent l’adhésion des patients. « Plus encore que d’autres acteurs du secteur, les services de santé au travail qu’ils soient autonome dans les grandes entreprises (SSTA) ou inter-entreprises (SSTI), souffrent d’une mauvaise exploitation de la data » souligne Cédric Mathorel, CEO de Padoa, une start-up française spécialiste de la santé au travail. Il précise : « Ils sont attendus par les employeurs, dont on ne peut nier la préoccupation vis-à-vis de la santé de leurs salariés, que ceux soient pour des raisons éthiques ou économiques, mais qui peinent à s’y retrouver sur les bonnes orientations de préventions ou la façon de s’organiser efficacement. Il manque une « tour de contrôle » pour chaque entreprise et aujourd’hui SSTA et SSTI peinent à jouer ce rôle ».

Une pré-visite connectée pour aller à l’essentiel face au médecin

C’est donc sur ce créneau que la start-up s’est créé il y a deux ans, avec notamment pour but de créer une plateforme permettant une meilleure collaboration entre les professionnels de la santé au travail, les employeurs et les salariés. Après avoir levé 5 millions d’euros en 2017, la jeune pousse a récemment annoncé avoir de nouveau reçu la confiance de ses investisseurs, notamment son actionnaire historique, le start-up studio Kamet, pour un nouveau montant de 20 millions d’euros. « Nous allons pouvoir donner aux professionnels de la santé au travail les moyens de mieux assurer leur rôle, en capitalisant sur leurs forces traditionnelles, le maillage territorial et la concentration des expertises médicales, tout en répondant à leur principal problème, les limites de leurs outils habituels. Ils doivent pouvoir profiter des possibilités offertes par le numérique tant au niveau du suivi individuel, que de la gestion des risques collectifs », promet Cédric Mathorel.

Padoa s’est attaqué au problème par plusieurs angles. D’abord en proposant un module de « pré-visite connecté », qui a été récemment complété par un second consacré à la gestion du dossier médical complet. Les salariés peuvent ainsi transmettre d’eux-mêmes énormément d’informations au médecin, avant même le début de la consultation. « Le temps de la visite médicale est précieux. Il faut aller à l’essentiel et cette pré-visite connectée permet au salarié et aux médecins de faire immédiatement un « débrief » de la pré-visite, pour se concentrer sur ce qui compte vraiment » explique le CEO de Padoa. A ce titre, la plateforme s’enrichit en permanence de nouveaux types d’examens à réaliser en autonomie, afin de compléter les niveaux d’information obtenus par le médecin. Les prochains mois verront ainsi l’arrivée d’un audiogramme, mais aussi les premiers prototypes de téléconsultation pour toucher plus facilement des salariés distants.

Grâce à sa nouvelle levée de fonds, la start-up va également décliner début 2019 cette approche « self-service » à la gestion des risques collectifs de l’entreprise, avec un module dédié aux employeurs. En s’appuyant sur ce mix entre outils déclaratifs, de recueil d’information, et d’accès à l’expertise, les dirigeants doivent ainsi pouvoir devenir beaucoup plus proactif pour mettre en place un plan de prévention efficace.

Améliorer la gestion des risques collectifs pour l’ensemble des entreprises

« Cela ne parait pas évident de prime abord, mais la santé au travail s’avère être un métier d’analyse des données. L’intérêt de numériser l’ensemble des processus est énorme. En laissant la main aux salariés et aux employeurs, on sort des seuls systèmes experts, pour obtenir énormément de richesse de données, qu’il faut savoir ensuite traiter intelligemment. L’avantage d’avoir une plateforme collaborative pour l’ensemble des acteurs, c’est d’obtenir une grande homogénéité des données et des pratiques. Cette qualité et cette cohérence de la donnée sont essentielles pour que les analyses aient du sens » décrit Cédric Mathorel.

Position_des_Services_de_santé_au_travail_interentreprises_dans_le_dispositif_de_prévention - CC BY SA 3.0 Jeda

Position des Services de santé au travail interentreprises dans le dispositif de prévention – CC BY SA 3.0 Jeda

Toutefois, pour transformer la santé au travail et susciter une plus grande adhésion vis-à-vis des SSTA et SSTI, une analyse intelligente de la data ne suffira pas. Un effort énorme reste à fournir par ces acteurs sur la simplification des usages. Si certains sujets administratifs relèvent du réglementaire et s’avèrent difficile à faire changer, la start-up Padoa croit en l’opportunité du numérique pour apporter une ergonomie et une expérience plus fluide et agréable pour tous. « En tant que start-up, nous nous sommes construits autour de l’UX (expérience utilisateur, ndlr) et de l’intuitivité de la plateforme. Nous avons d’ailleurs un expert UX pour six développeurs en moyenne dans nos équipes. Pour faciliter la collaboration entre professionnels de la santé, salariés et employeurs, un outil doit être ouvert et facilement accessible à tous. Nous avons donc été ravis de voir que même des médecins qui disaient être méfiants vis-à-vis de l’informatique, n’ont eu aucun mal à s’emparer de la plateforme efficacement ». Cette ouverture, Padoa veut la mettre à profit pour dé-siloter les entreprises – un mantra de plus en plus fort au sein des organisations en transformation – mais aussi pour intégrer dans la dynamique d’autres acteurs de la prévention en entreprises.

Cédric Mathorel est prêt à retrousser ses manches. Son équipe de 40 personnes devrait encore doubler l’an prochain grâce à la nouvelle levée de fonds. Une nécessité pour toucher les plus grands services interentreprises, qui à leur tour accompagnent des milliers de salariés. L’ACMS, association interprofessionnelle des centres médicaux et sociaux de santé au travail de la région Île-de-France, le plus gros d’entre eux, en compterait ainsi plus d’un million. En se concentrant sur les SSTI après avoir touché quelques SSTA référents dans des grands groupes, le dirigeant espère pouvoir apporter en rebond aux TPE-PME, le même niveau de diagnostic et d’analyse du risque collectifs dont bénéficient les grandes entreprises.


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