Gimelec : la filière électro-numérique s’organise

Début juin, le Gimelec organisait son événement « SMARTUP » à la Cité des Sciences et de l’Industrie à Paris. L’occasion d’échanger sur les ambitions de la filière électro-numérique, placée sous le triple signe de l’électrique, du numérique et de l’économie circulaire.

Soirée du Gimelec du 3 juin 2019

Soirée du Gimelec du 3 juin 2019

« Cet événement Smart’up est une injonction positive à être innovant ». Ainsi commence Antoine de Fleurieu, le délégué général du Gimelec, l’organisation professionnelle regroupant plus de 200 acteurs des secteurs de l’énergie, de l’électrique et du numérique, soit environ 90% de la filière électro-numérique française. Parmi eux, des multinationales, des ETI et des PME employant près de 70 000 personnes.

Parmi les questions posées par le grand public à ces entreprises, quatre thèmes sont principalement abordés : quelles solutions pour l’avenir à tous les niveaux ? Quelle place pour l’Homme dans un monde digitalisé ? Quelle place pour l’industrie demain ? Et comment concevoir mieux nos infrastructures pour moins impacter la planète ?… Les réponses sont nombreuses.

Surtout, poursuit-il, il n’y a plus de doute sur l’urgence climatique, et donc pas d’invitation à retourner dans le passé, soit sur un modèle sans se poser la question de l’environnement. D’où les échanges de la soirée pour « mettre un coup de projecteur sur une filière méconnue, en charge des équipements intermédiaires », en présence de Philippe Varin, président de France Industrie ; Christel Heydemann, présidente du Gimelec ; Claudie Haigneré, scientifique spationaute et Nicolas Dufourcq, directeur général de BPIfrance, la banque publique d’investissement et Gilles Schnepp, président de la Fieec et président du groupe Legrand (PHOTO).

Gimelec : la filière électro-numérique s’organise

« Tous les acteurs de la filière sont convaincus que le progrès est une force positive et que la technologie est là pour adresser toutes les problématiques auxquelles nous avons à faire face, estime Christel Heydemann. La force, c’est le collectif et donc de la filière électro-numérique, qui est au cœur de la transition énergétique. »

En tant que référent de cette filière, l’organisation professionnelle en profite ainsi pour rendre ses actions plus lisibles autour de quatre comités, que sont :

1/ Smart’up IT SECURE POWER, présidé par Damien Giroud, directeur des ventes Data Centers France de Schneider Electric

 « Les datacenters vont continuer à se développer de manière rapide pour adresser de nouveaux usages, explique l’expert. L’économie numérique représente 10 % de la consommation énergétique au niveau mondial… et 50 % des data centers sont régionaux (hôpitaux, universités, usines…). Pour que ces équipements soient le plus performants possible pour limiter leur impact sur l’environnement, nous travaillons sur les alliances industrielles (France Datacenter, Syntec Numérique…) afin de promouvoir les Best Practices sur les aspects de normalisation, mais aussi sur l’attractivité des territoires pour faire de la France, la première destination des datacenters en Europe (France, terre d’accueil des datacenters).

Gilles Schnepp, patron de Legrand, groupe en pleine transformation numérique, a ensuite poursuivi sur l’importance de la transition énergétique. « Le numérique est un facilitateur de réduction de notre consommation d’énergies, a-t-il rappelé. Aussi, au niveau de ce comité, nous lançons un nouveau think tank S3P pour Smart, Secure and Sustainable Power. Pour les data centers, cela veut dire pouvoir s’intégrer parfaitement dans leur environnement et de tendre vers l’autoconsommation. « Transition énergétique, Smart Grids…, nous recherchons des acteurs pour nous rejoindre, capables d’apporter leur pierre à l’édifice. »

2/ Smart’up Energies, présidé par Agnès Theodule, présidente Europe Russia CIS Israel Sales & Marketing Director chez General Electric Grid Solution

« A terme, 30 % des clients raccordés seront autosuffisants. Il faut innover et proposer de nouvelles solutions dans les réseaux de transmission et de distribution. Ce qui veut dire conjuguer le numérique et l’électrotechnique, travailler sur de nouveaux usages décarbonés et modèles économiques, les réseaux électriques intelligents… Le gros enjeu est de remplacer les énergies fossiles par l’électricité. Comment réduire la consommation et mettre plus d’électricité à disposition ? », a-t-elle commenté. Les gestionnaires des réseaux sont déjà en marche vers le numérique du fait de cette intégration de cette énergie renouvelable.

3/ Smart’up Bâtiments, présidé par Olivier Delépine, vice-president Partner Projects & Eco-buildings France Operations chez Schneider Electric

 « Nous passons 90 % de notre temps quotidien dans un bâtiment !, a déclaré d’entrée Olivier Delépine. Il faut donc le rendre plus performant, adapté aux usages et à ses occupants. Désormais, le bâtiment doit pouvoir être piloté et adapté aux usages des gens qui vivent ou y travaillent. Le rôle de notre comité est de travailler sur tous ces usages et d’être en adéquation avec les habitants. Il faut s’intéresser aux nouveaux usages, à la destination d’un bâtiment (commerces, éducation, habitat…), comme à sa réversibilité. Pour y parvenir, nous devons joindre une expérience client à une efficacité opérationnelle du bâtiment (hôtel, hôpital, bâtiment administratif…). Un bâtiment vit aussi longtemps qu’il a des usagers, qui changent évidemment. D’où l’importance du jumeau numérique dans notre secteur. »

Le Gimelec travaille ainsi sur le nouvel indice Goflex, dédié à la mesure du potentiel de flexibilité énergétique d’un bâtiment ou d’un parc de bâtiments. Concrètement, Goflex est le résultat d’une combinaison de trois indicateurs : la classe du système de pilotage (A, B, C, ou D), la durée de préavis de la demande de flexibilité (préavis supérieur à 24 heures, supérieur à 3 heures et sans préavis) et la puissance modulable exprimée en kW pour l’été et l’hiver. Cette méthode de calcul a été imaginée pour évaluer et valoriser la flexibilité énergétique des bâtiments, c’est-à-dire leur capacité à s’effacer du réseau électrique au moment le plus approprié.

« On devrait arriver à sortir cet indice courant du deuxième semestre cette année », a indiqué Olivier Delépine, concluant toutefois que l’enjeu de demain est le parc des bâtiments existants qui représentent 30 % de la consommation énergétique en France (« de vraies passoires thermiques »).

« Pour arriver au zéro carbone net d’ici à 2050 [objectifs climatiques mondiaux, NDLR], cela passe par le bâtiment. C’est pourquoi nous voulons créer un collectif avec des bureaux d’études, des intégrateurs, des city managers à ce sujet », a-t-il conclu.

4/ Smart’up Industrie, présidé par Vincent Jauneau, vice-président de Siemens France et directeur de la division Digital Industry

« L’industrie française repart, avec plus de 230 000 emplois à pourvoir d’ici à 2025, a-t-il rappelé. Soit environ 15 000 emplois par an. Une étude est en cours avec le Symop et une autre avec Accenture pour proposer des axes technologiques pour l’industrie 4.0, mais aussi des axes métiers. Dans l’industrie, on veut aider les 4 000 constructeurs de machines à basculer sur le jumeau numérique pour se positionner à l’international très rapidement. BPIFrance travaille également sur la place des intégrateurs capables d’implémenter des solutions industrielles à des prix abordables pour les PME. Nous voulons ouvrir le Gimelec aux start-up de l’IA, de la cybersécurité… comme nous voulons disposer d’un réseau d’intégrateurs capables d’intégrer ces nouvelles technologies. A ce sujet d’ailleurs, le Club européen de la Cyber-sécurité vient de rejoindre le Gimelec. Nous allons également mettre en place une plateforme pour le recrutement dans l’industrie, et une autre pour accompagner les opérateurs dans notre secteur… ».

L’industriel est également revenu sur le mouvement French Fab, auquel le Gimelec veut redonner de l’ampleur, rappelant l’existence du « VTE » (volontariat territorial en entreprise de un à deux ans) géré par BPIfrance, dont  l’ambition est d’inciter les étudiants à s’orienter vers les PME ou ETI, sachant que 57 % d’entre elles affirment manquer de talents pour croître… « Nous voulons 200 jeunes cette année et monter à terme jusqu’à 2 000 jeunes des meilleures écoles pour les PME françaises, a déclaré Nicolas Dufourcq. Le premier pas dans le numérique pour un industriel est difficile. Il faut l’aider en cela ! ».

En conclusion, l’objectif du Gimelec lors de cette soirée fut surtout de « donner confiance », pour travailler tous ensemble… en prévision d’un futur très électrique, très numérique et très écologique.

 

Le Gimelec en quelques chiffres

Présidée par Christel Heydemann depuis le 28 mai 2019 (à la tête de Schneider Electric France), l’organisation professionnelle « qui fédère les entreprises concevant et déployant les technologies électriques et numériques pour le pilotage optimisé et sécurisé des énergies, des bâtiments, de l’industrie et des infrastructures du numérique » compte 200 entreprises adhérentes, réalisant 15 milliards d’euros de chiffre d’affaires depuis la France et employant 67 000 personnes en France.