L’industrie française doit rattraper son retard sur le 4.0

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L’industrie française n’a pas encore vraiment pris le tournant du numérique. Le secteur doit impérativement moderniser son outil industriel pour rattraper ses voisins européens. Des actions sont préconisées dans un nouveau rapport commun à l’AIF, le Gimelec et le Symop.

L'industrie française doit rattraper son retard sur le 4.0

L’Alliance Industrie du Futur (AIF), le Gimelec et le Symop ont présenté il y a quelques semaines une étude Accenture sur l’industrie en FranceL’industrie représente aujourd’hui 12 % du PIB français, certes un poids économique stabilisé depuis la dernière étude Roland Berger de 2012, mais qui reste loin derrière l’Allemagne (25 %). Ces chiffres montent à 25 % pour la France si l’on y ajoute les services associés à l’industrie (fret, ingénierie de construction…) et à 36 % du PIB en Allemagne. Toutefois, entre 2017 et 2012, les investissements ont repris et l’âge moyen du parc productif est passé de 19 ans en 2012 à 17ans aujourd’hui. Et, ces derniers mois, pour la 1ère fois en France, l’industrie a recréé de l’emploi. 

« Cette étude est une démarche dans la continuité ! Après le constat de 2012 sur la désindustrialisation de la France, cette nouvelle édition en quelque sorte fait un nouvel état des lieux et nous permet de recenser un certain nombre de manques, explique Vincent Jauneau, président du comité Smart Up Industrie du Gimelectel un outil industriel relativement ancien, qui ne permet pas de gérer les pics de productiontout comme de fabriquer de produits à valeur ajoutée. »  

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Ainsi, au-delà d’identifier les principales faiblesses de notre industrie en en dressant le bilan sur les cinq dernières années, cette étude qualitative évalue la maturité de l’industrie du futur en France et propose un plan d’actions d’ici à 2025 pour assurer la mutation numérique de l’industrie, accélérer son redressement et anticiper les besoins en formation… « Le 4.0 doit permettre de répondre aux marchés, avec des productions plus responsables au niveau environnement, une personnalisation des produits à la demande et une relocalisation des usines.

La donnée par exemple permet d’améliorer nettement la qualité des produits sortis et le taux de TRS [indicateur de performance industrielle, NDLR] de 10 à 20 %… et ce avec ou sans intelligence artificielle, avec ou sans le cloud. »

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L’étude montre ainsi que seule 14 % des entreprises ont « partiellement » déployé une solution numérique et seules 2 % l’ont « totalement » déployée… Par exemple, 81 % des entreprises françaises ne connaissent pas – ou ne développent pas – des véhicules à guidage automatique (AGV). Reste que le plus embêtant dans cette étude est qu’un tiers des sondés est totalement absent de l’industrie du futur…

En 2017, l’industrie étendue française représente 512 milliards d’euros en valeur ajoutée (contre 1083 milliards pour l’Allemagne), soit l’équivalent de 5,5 millions d’emplois. Elle représente 25 % de la valeur ajoutée totale du pays (36,6 % en Allemagne, 28,0 % au Royaume-Uni, 29,3 % en Italie et 28,9 % en Espagne).

Pour rattraper ce retard et attirer l’investissement, le rapport met en avant plusieurs pistes, dont la principale est d’ordre fiscal : Il préconise ainsi la mise en place d’un suramortissement accéléré à la modernisation de l’outil industriel (Samoi) et à la transition énergétique de l’activité, ouvert à toutes les typologies d’entreprises, à hauteur de 3 à 4 milliards d’euros par an.

Faiblesse d’une offre en équipements du futur

Le rapport avance également l’idée de créer une filière « Machines et Solutions Industrielles Intelligentes 4.0 » (MS2I), pilotée par Frédéric Sanchez, PDG de Fives, qui inclut une action forte sur les besoins en compétences nécessaires aux différentes formations et à l’intégration de l’industrie du Futur, en coopération avec l’UIMM, l’Education nationale et les opérateurs. « On doit créer cette offre française, technologiquement à niveau et au bon prix, car les machines sont les premiers achats des industriels ! En Allemagne, cette filière est la première », rappelle Vincent Jauneau. Ses objectifs serait alors de développer des plateformes numériques de collaboration entre offreurs et filières ; de créer des prestations « multi-offreurs » packagées à destination des 25 000 PME et ETI et d’accompagner les pépites industrielles de la filière, trop peu connues, pour les amener vers l’export dans le cadre d’un plan national.

Vincent Jauneau reviendra longuement sur le jumeau numérique, indispensable pour faire un sérieux pas vers l’industrie 4.0, citant l’exemple du fabricant de textiles techniques Chamatex qui finalise avec l’aide du groupe Zebra et de la région Auvergne-Rhône-Alpes, un projet d’usine du futur de sneakers personnalisables pour de grandes marques… Dès 2021, l’usine-pilote ardéchoise commencera à produire, avec un objectif de 500000 paires de chaussures par an. « L’idée ici est de connecter au système de production des logiciels jà connus, pour développer à terme des usines autonomes, à la fois plus flexibles, plus performantes et plus communicantes. »  

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Parallèlement, le rapport suggère d’accélérer le développement des infrastructures et solutions numériques pour l’industrie, que sont la 5G, l’intelligence artificielle, la cyber-sécurité et l’IIoT… en proposant un investissement de 10 à 15milliards d’euros dans la fibre et la 5G, via un fonds public-privé (comme le fait l’Allemagne pour 26 milliards d’euros). « Dans l’IA par exemple, les budgets sont primordiaux. C’est là où l’axe franco-allemand est majeur. Un sommet de l’usage de l’IA dans l’industrie devrait avoir lieu d’ici à l’été pour favoriser cet écosystème face aux Américains et aux Chinois », poursuit Vincent Jauneau.  

De telles mesures permettraient de générer 95milliards d’euros de valeur ajoutée et de restaurer une balance commerciale positive pour l’industrie à l’horizon 2025. 

Après la présentation de l’étude à Paris, un tour de France avec l’aide des Régions va être organisé pour aller la présenter aux industriels partout en France dès la fin du printemps, mais également des solutions technologiques (tel le jumeau numérique de la machine, de la ligne de production, de l’usine…) et de financement (avec Bpifrance). 

* Inédite par sa dimension, l’étude repose sur l’analyse d’études économiques, de benchmarks Accenture et d’une enquête de terrain auprès de 450 dirigeants d’entreprises de plus de 50 personnes. Elle a permis de dresser un état exhaustif de l’industrie française sur les cinq dernières années. 

Guillaume Basset, directeur du programme Territoires d’industrie

Guillaume Basset, administrateur territorial, ancien directeur général adjoint de Régions de France, ancien sous-directeur au CGET, vient de prendre ses fonctions. Il sera chargé de la mise en œuvre des 1 000 projets de reconquête industrielle déjà remontés du terrain, en lien avec les industriels, les Régions, les Intercommunalités et l’ensemble des opérateurs de l’Etat. Territoires d’industrie est un programme de reconquête industrielle lancé par le Premier ministre lors du conseil national de l’industrie du 22 novembre 2018. Il vise à déployer dans chacun des 146 Territoires d’industrie des plans d’actions sur 4 axes (recruter, attirer, innover, simplifier), favorisant le développement de l’industrie dans ces territoires. Ce programme est piloté par les régions et animé par des binômes élu/industriel dans chaque territoire d’industrie. En septembre dernier, 474 projets avaient été élaborés par ces Territoires. Ils concernent par exemple la reconversion de friches industrielles, l’appropriation des technologies du numérique pour faciliter l’appropriation de nouvelles technologies par les entrepreneurs, attractivité et export ou, encore, le renouvellement de l’offre de formation, à l’échelle des territoires, pour mieux répondre aux attentes des industriels en termes de compétences.

 
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