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Luc Bretones (Orange) – « Revoir le sens donné à l’innovation »

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Luc Bretones , Directeur du Technocentre d’Orange et d’Orange Vallée – © Orange

Directeur du Technocentre Orange et d’Orange Vallée depuis 2013, Luc Bretones,
41 ans, a pour mission de dynamiser l’écosystème d’innovation du groupe, premier opérateur français. Explications.

Alliancy, le mag. Stéphane Richard,  PDG d’Orange, vient de dévoiler le plan #Essentiels2020 pour les cinq ans à venir. Au cœur du sujet, la capacité à innover. A quel point est-ce un défi pour un opérateur historique ?

Luc Bretones. Dans ses dernières observations, l’Ofcom* résume bien le contexte auquel nous faisons face. Si les adultes utilisent encore majoritairement l’e-mail et les appels traditionnels pour communiquer, ces pratiques ont entièrement disparu pour les moins de 15 ans, qui n’utilisent plus que les réseaux sociaux ou les applications de messagerie enrichies. L’incidence d’une telle évolution sur le business model d’un opérateur de télécommunications est énorme. Le logiciel n’est plus en train de dévorer le monde, comme l’annonçait Marc Andreessen en 2011 dans le Wall Street Journal : cela a déjà eu lieu !

C’est-à-dire ?

Pour les dix prochaines années, les données (big data) et les objets connectés (IoT) vont mener la danse. Et ne pas s’adapter à cette nouvelle réalité, c’est reconnaître que l’on fait partie du passé. Comme beaucoup d’autres groupes, Orange est confronté à une question de fond. Est-ce que les sociétés, qui ne sont pas « nées dans le software », peuvent changer assez vite leur approche pour ne pas se laisser dépasser ? Nous le pensons.

Quelle est la place du Technocentre d’Orange dans cette dynamique ?

Depuis sa création en janvier 2006, le Technocentre a été « l’usine à marketing produit et design » du groupe, en développant les offres innovantes, commercialisées ensuite par nos filiales nationales. Près de 500 personnes y travaillent chaque jour sur quatre sites, entre Londres, Amman (Jordanie), Abidjan (Côte d’Ivoire) et ici, à Châtillon, dans les Hauts-de-Seine, près de Paris. Le Technocentre et les Orange Labs sont ainsi à l’origine de la Livebox Play, d’Orange Money ou encore du TV Stick, déjà lancé en Roumanie et qui arrivera prochainement en France. Aujourd’hui, le Technocentre propose plus de 200 nouveaux produits par an dans trente pays différents, en Europe, Afrique et Moyen-Orient. Il se situe au cœur de l’écosystème d’innovation du groupe et travaille en collaboration permanente avec le réseau des Orange Labs et les pays du groupe.

D’autres structures composent cet écosystème ?

ScreenHunter_159 Apr. 14 13.19Orange Vallée, une organisation également installée à Châtillon, a été conçue pour développer des projets en mode start-up, 100 % agiles, software et disruptifs. Il en sort des produits et services, comme celui de « messagerie et voix sur IP » sur mobile (Libon). Nous disposons également d’Orange Labs partout dans le monde, à San Francisco, Tokyo, Beijing… mais aussi en Pologne et en Egypte. Ils nous permettent de prendre en permanence le pouls de l’innovation internationale et alimentent toutes nos réflexions. Mais nous ne nous arrêtons pas là. Nous avons inauguré, en octobre dernier, la Villa Bonne Nouvelle, un espace de travail agile, au plus près des start-up au cœur du quartier du Sentier à Paris. Le groupe l’a positionné à proximité immédiate de notre Living Labs, espace d’interaction avec nos clients et de test en situation réelle de nos projets à toutes les étapes de leur conception. Notre plate-forme Lab Explorer complète ce dispositif en fédérant une communauté de 40 000 testeurs de concepts en ligne.

Qu’est-ce qui a changé pour le Technocentre depuis 2006 ?

Pour faire face à un contexte placé sous le signe de l’accélération permanente, nous avons affiné notre organisation, pour toujours plus « casser les silos ». Depuis mon arrivée, nous expérimentons en mode « One Roof », c’est-à-dire une approche en plateaux pluridisciplinaires agiles, à l’image de ce qui se faisait déjà chez Orange Vallée. Avec cette organisation, une dizaine de personnes aux compétences diverses et complémentaires doivent pouvoir se retrouver autour d’un projet, en sortant des contraintes hiérarchiques habituelles. Notre but est de créer une pollinisation des idées innovantes sur l’ensemble de notre écosystème.

Concrètement, quelles habitudes ont dû prendre les collaborateurs ?

Tout le monde a été formé au lean start-up et aux méthodes agiles. Ces principes sont désormais largement enseignés en école et à l’université, mais il a fallu les traduire concrètement dans notre quotidien. Les collaborateurs ont appris  l’art du pitch et nous intégrons peu à peu les logiques de l’intrapreneuriat. Plus question de venir faire une présentation avec soixante slides et trois vidéos ! Chacun doit être capable  d’avancer en confiance, de convaincre, mais aussi d’aller chercher des soutiens auprès des clients…Il ne faut pas tout attendre de la direction et surtout pas une expertise qui appartient précisément à l’équipe projet !

Et encore ?

Nous avons dû revoir le sens donné à l’innovation. C’est-à-dire essayer de sortir de cet état d’esprit que l’on attribue souvent aux Français où l’échec est un problème… mais où réussir peut aussi en être un ! Nous avons souhaité « injecter le design » partout, des prototypes produits jusqu’aux interfaces software comme Polaris, notre interface multi-écran, afin de mettre l’expérience client au cœur de nos innovations. Le Technocentre représente l’équivalent du quatrième centre de design français. Des designers ont été parmi nos principaux recrutements ces deux dernières années : ils sont engagés dans une démarche de simplification, pour faire disparaître progressivement les modes d’emploi de nos produits et services. Nous voulons que le « Designed by Orange » devienne un label qui participe à cette « expérience client incomparable » que Stéphane Richard a placée au centre du plan #Essentiels2020.

Tout ceci va bien au-delà de l’open innovation

Pour un groupe comme le nôtre, l’ouverture est toute autant critique d’un point ScreenHunter_158 Apr. 14 13.18de vue culturel et organisationnel que technique. Les API [interfaces de programmation, qui facilitent les échanges entre logiciels différents, Ndlr] sont vitales pour pousser l’innovation en mode ouvert. Les possibilités offertes par l’open source, la virtualisation ou même le crowdsourcing [mener un projet avec la participation du grand public, Ndlr], sont sans précédent. Tous les produits  qui sortent de la chaine d’innovation d’Orange doivent intégrer ces nouveaux paradigmes pour faire sens. C’est à ces conditions qu’Orange s’imposera non plus seulement comme un opérateur de télécommunications, mais bien comme un acteur digital compétitif face aux « over the top » (OTT). Notre avenir est de nous appuyer sur nos forces historiques, nos réseaux, notre position de première présence IP mondiale, notre crédibilité sur les objets connectés et sur les services financiers mobiles, tout en proposant de nouveaux produits et services ouverts, standardisés et agnostiques des plates-formes et des opérateurs.

* Office of communications, l’équivalent britannique de l’Arcep et du CSA

A lire également :

Retrouvez notre diaporama sur la visite du Technocentre d’Orange 

 


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