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Ressources Humaines : les fondamentaux bousculés
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J-C Laissy (Veolia) : « Sur le digital workplace, Google a fait pencher la balance en sa faveur en termes de sécurité et de coûts »

Pour réussir son nouveau digital workplace, Veolia a choisi de « tout changer du sol au plafond », en équipant ses collaborateurs de Chromebook et de la solution collaborative dans le cloud G-Suite. Jean-Christophe Laissy, DSI groupe, explique les raisons de ce choix et ses implications. Jean-Christophe Laissy interviendra également sur ce sujet au Dîner digital workplace organisé le 1er octobre par Devoteam en partenariat avec Alliancy. 

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Jean-Christophe Laissy, Global CIO – Veolia

Jean-Christophe Laissy, DSI groupe, Veolia

Alliancy. A quel point l’expérience employée est-elle un sujet important du point de vue de votre DSI ?

Jean-Christophe Laissy. L’enjeu, c’est « la symétrie des attentions ». Cet équilibre à trouver entre l’attention client et l’attention porté à l’expérience des collaborateurs est très importante, vue la vitesse à laquelle nos entreprises se transforment. Pendant longtemps, l’utilisateur a dû vivre au rythme des mises à jour de Windows et du pack Office et les technologies de son quotidien pouvaient très vite l’agacer… Mais depuis 5 ans environ, nous avons vu ce marché des outils de productivité et de collaboration devenir beaucoup plus concurrentiel. Et en parallèle, on a vu émerger une réelle volonté des collaborateurs de pouvoir travailler « comme chez eux », pour être plus performant grâce à des outils plus souples et accessibles. Cela est résumé par le fameux acronyme ATAWAD : anytime, anywhere, any device. Les attentes vis-à-vis du télétravail, des tiers lieux, et plus généralement d’une gestion plus fine de la frontière entre vie professionnelle et vie privée ont poussé à des remises en question majeurs dans nos organisations.

Voilà des années que le sujet est sur le plateau. Pourquoi cette accélération récente ?

Jean-Christophe Laissy. La véritable guerre des talents qui se joue entre les entreprises qui veulent se transformer vite et bien, a fini d’enterrer les dernières hésitations. Pour séduire les compétences qu’il nous faut, il est devenu absolument vital de fournir une qualité de travail et de collaboration supérieure aux concurrents. Cela concerne l’environnement physique évidemment, mais il ne faut pas oublier l’environnement digital, qui doit permettre de libérer la productivité individuelle et collective, tout en n’aliénant pas les collaborateurs. Et on ne parle pas seulement des outils spécialisés dans le « collaboratif » ! Même les applications métiers se sont mises à changer pour intégrer ces nouveaux codes et usages, alors que par le passé, elles pouvaient être rébarbatives et complexes. Nos collaborateurs attendent de pouvoir utiliser leurs logiciels métier avec la même facilité que quand ils commandent sur Amazon.

Quelle réponse Veolia a pu apporter à cette attente ?

Jean-Christophe Laissy. Notre point de départ a été de revoir entièrement le poste et l’environnement de travail. Notre nouveau digital workplace s’appelle SATAWAD. Nous avons ajouté le « S » de la sécurité en premier chef, car dans nos métiers, nous ne pouvons pas nous permettre d’ignorer ce facteur quand on évoque de libérer au maximum les communications dans tous les sens. Les 4 concepts au cœur de ce digital workplace sont donc la sécurité, l’ubiquité, la disponibilité 24/7 et la non-adhérence entre hardware et software. Pour réussir, nous avons décidé de tout changer du sol au plafond. L’entreprise distribue des Chromebook a tous les collaborateurs aujourd’hui.

Pourquoi spécifiquement ce terminal ?

Jean-Christophe Laissy. C’est un choix de sécurité, de simplicité et d’harmonisation. Si mon système d’information est accessible sur un tel device, c’est qu’il est accessible à partir d’un navigateur web dans son intégralité. Cela signifie que nous avons dû changer la philosophie avec laquelle nous imaginons l’accès au système d’information, et, in fine, le travail chez Veolia. L’avantage du Chromebook est qu’il est toujours à jour. Nous n’avons plus de patch management à faire, ce qui est du temps et de l’énergie gagnés. De plus, cela nous débarrasse de la gestion des infrastructures physiques liées aux postes de travail traditionnel. Tout est dans le cloud. J’ai 200 000 end points répartis dans 50 pays. Même avec 300 personnes à la DSI en charge de cela, il nous était impossible de garantir 100 % de patchs et de mises à jour à un instant T. Ce qui est un gros problème au vu de l’état de la menace aujourd’hui.

Mais avoir des Chromebook ne fait pas tout…

Jean-Christophe Laissy. C’est vrai. Il faut ensuite que les outils digitaux à disposition suivent. C’est pour cela que nous avons également mis G-Suite partout. Comme toujours, il s’agit de choix IT qui sont très structurant pour l’avenir d’une entreprise. Cependant, je ne pense pas que cela soit si différent que ce à quoi un DSI a pu être habitué par le passé avec ses projets traditionnels. C’est bien la qualité intrinsèque du produit qui doit permettre de faire le choix. En termes de sécurité et de coûts, Google a clairement fait pencher la balance en sa faveur. Adopter ce fonctionnement permet de se passer d’infrastructure physique de gestion de postes de travail, à fonctionnalité équivalente. Les coûts de licence sont identiques au principal concurrent, Microsoft, mais pour ce dernier, nous avons calculer qu’il y aurait des coûts de possession supplémentaires qui multiplieraient la note par 3 ou 4.

Quel retour avez-vous sur l’adoption de ce nouveau digital workplace ?

Jean-Christophe Laissy. Le taux d’adoption est assez intéressant ! Evidemment, cela fait presque 40 ans que tout le monde a pris l’habitude d’utiliser des interfaces Microsoft, donc il y a de vraies différences en termes d’utilisation quotidienne. On ne perd pas en fonctionnalités, ce sont juste des façons de faire différente, qui impliquent des remises en cause de pratiques. A ce titre, vous vous en doutez, l’accompagnement au changement est fondamental. L’avantage étant qu’en fournissant un Chromebook, l’utilisateur doit absolument faire usage de G-Suite et prendre le coup de main rapidement. Aujourd’hui, nous avons 100 millions de document dans Google Drive et je sais en temps réel tous les documents qui sont créés. Nous avons démarré la transformation en octobre 2017 et nous sommes à environ 40 % du périmètre déployé. Tout sera terminé d’ici la fin 2019.

Quels autres indicateurs avez-vous de la réussite du changement culturel qu’implique ce changement d’outils ?

Jean-Christophe Laissy. Nous voyons l’évolution culturelle à travers le dynamisme de l’emploi de ces nouveaux outils. Nous avons ainsi 1500 communautés très actives qui se sont créées depuis le début sur Google+ et près de 80 000 sessions HangOut par mois, pour les seuls 140 000 utilisateurs IT, ce qui est je pense un bon ratio, vu la jeunesse du projet. Surtout, nous voyons les usages de partage de documents et d’information changer. Les collaborateurs s’emparent de la nouveauté. C’est un autre avantage du système : les nouvelles fonctionnalités arrivent au fil de l’eau par petites touches. Aucun Big Bang qui peut perdre les utilisateurs. Et pas de formations nécessaires : comme à la maison, vous découvrez et essayez les nouvelles fonctions et vous voyez si cela est utile pour vous au quotidien.

Quels ont été les choix qui vous paraissent aujourd’hui déterminant dans la réussite d’un tel déploiement ?

Jean-Christophe Laissy.  J’ai tout fait pour que ce ne soit pas considéré comme un projet informatique… parce que cela n’en est pas un ! C’est un projet managérial. A ce titre, c’est le secrétaire général du groupe qui en est le sponsor et qui préside le comité de pilotage. Au sein de celui-ci, nous comptons donc au total 4 des 8 membres du Comex, avec le DRH, le CFO et le directeur industriel, ce qui est extrêmement rare pour un projet. Sans compter 6 des 20 membres du comité de direction. Un tel projet doit être top-down et ne doit pas être technique pour réussir.

Jean-Christophe Laissy est l’un des intervenants au Dîner digital workplace organisé le 1er octobre par Devoteam en partenariat avec Alliancy.  Inscrivez-vous ! 


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