Open : l’ESN serre les dents en 2019 mais croit en son plan RH musclé pour la suite

L’annonce le 12 septembre des résultats semestriels du groupe Open était très attendue. En mars, l’ESN dirigé par l’ancien président du Conseil national du numérique, Guy Mamou-Mani, et par Frédéric Sebag, avait illustré l’influence brutale qu’avait le défi RH sur sa performance économique. Cette mise à jour confirme que la transformation est complexe pour les acteurs du numérique eux aussi.

Guy Mamou-Mani a inauguré son Fastlab. ©Open

Guy Mamou-Mani en 2017 lors de l’inauguration du FastLab d’Open

« Avec la tension sur les effectifs, nous n’avons pas été en mesure de répondre à l’ensemble des sollicitations que nous ont adressé nos clients ». La phrase de Frédéric Sebag, co-président du groupe Open, est glissée au détour de la présentation des résultats du groupe Open. Elle est symptomatique de la situation pour les ESN françaises. Devant les investisseurs et journalistes réunis à l’OpenMind Kfé du Boulevard des Capucines (Paris 2), l’ambiance se voulait franche et détendue, mais l’exercice n’était pas facile. De juin 2018 à 2019, Open a en effet perdu 3% de son chiffre d’affaires, pour atteindre 156,3 millions d’euros. Sur la même période, le résultat opérationnel courant est en baisse de 53% à 5,8 millions d’euros. Le résultat net est lui passé dans le négatif : -0,7 M€ à comparer aux 7,2M€ annoncé un an plus tôt. Si plusieurs facteurs (cession en cours de la filiale hollandaise…) expliquent ces turbulences pour un groupe jusque là en croissance continue, c’est bien le défi RH qui s’avère être le casse-tête le plus douloureux.

Un plan musclé

Ce challenge RH avait déjà été décrit par les dirigeants du groupe en mars 2019, annonçant une année compliquée, mais avec également un plan pour apporter des solutions. Sur le premier semestre, celui-ci n’a semble-t-il pas encore porté ses fruits : l’ESN connait à nouveau une baisse nette de l’effectif productif de 50 collaborateurs, pour atteindre 3500 personnes. Le turnover est en légère hausse, entre 27 et 28%. « L’analyse est simple mais décevante, l’effectif baisse alors que l’on espérait pouvoir contenir la pression. Nos clients notamment, ont beaucoup recruté parmi nos talents, et souvent parmi les meilleurs » a commenté Frédéric Sebag, tout en reconnaissant que d’autres facteurs entraient en jeu comme une importante transformation générationnelle des modes de vie, avec des changements d’emplois plus fréquents et des départs en province plus jeune.

Le plan d’actions en matière de politique RH suit cependant son cours, avec un accent mis sur l’attractivité de la nouvelle organisation en squads et practices, un travail sur la marque employeur et une refonte du référentiel général des métiers de l’entreprise. Ce dernier doit, avec la transformation du SIRH et de l’organisation des agences opérationnelles, s’aligner avec une proposition de valeur dite « user centric, collaborative et mobile », laissant la définition des parcours dans l’entreprise à l’initiative des collaborateur plus qu’à celle des RH et des managers. « C’est un plan musclé ; mais il ne favorise pas les résultats à court terme. Peut-être qu’on y a été trop fort, trop vite… » reconnait Frédéric Sebag.

Le prix à court terme de la transformation

« Nous sommes concentrés sur le redressement du chiffre et des effectifs, mais cela ne se fera pas au détriment de nos valeurs, notamment en matière de RSE » a pour sa part insisté Guy Mamou-Mani, l’autre co-président. « Le taux de satisfaction de 93,5% de nos clients sur les projets, l’indice d’égalité salariale femmes/hommes de 94/100, l’exemplarité en matière de RGPD, de sécurité, de politique d’achat… Open a des valeurs qui nous coûtent assez cher, mais sur le long terme, nous sommes persuadés que c’est ce qui fera vraiment la différence ». Cet engagement, c’est aussi celui de la transformation : profiter que le marché global soit porteur et que l’entreprise soit financièrement saine (avec un flux net de trésorerie généré par l’activité de 3,7M€ en un an et une trésorerie sereinement dans le vert) pour provoquer les changements nécessaires. Parmi eux, la réduction « volontariste » du recours à la sous-traitance (passage structurel de 100 à 5 freelances sur les projets longs…) avec un impact global de 2,8 M€ sur le chiffre d’affaires, va se continuer jusqu’à début 2020. « Certains de nos concurrents présentent de meilleurs chiffres, mais ils se contentent de vivre sur leurs acquis, dans une situation de rente. Nous pouvons dire au contraire que nous voulons préparer l’avenir » confie Guy Mamou-Mani en marge de la rencontre.

Cela n’empêche pas les dirigeants d’Open d’être prudents sur les perspectives immédiates : les résultats du second semestre 2019 devraient être en progression par rapport à ceux du premier semestre ; il faudra attendre mars 2020 pour voir abordés de nouveaux objectifs de croissance. Et les indicateurs surveillés de près par les deux dirigeants ne surprendront pas : il s’agit des signaux de stabilisation des effectifs, grâce aux recrutements et à la fidélisation, pour lesquels Open anticipe un mieux notable dès le 3e trimestre.

Open renforce son comité exécutif

Le groupe Open a annoncé avoir nommé Hervé Skornik au poste de directeur général IT Services (activité qui représente la majorité du chiffre de l’ESN). Agé de 59 ans, l’ancien PDG de Darty (2008-2012) était il y a peu en poste chez Carrefour, en tant que directeur sourcing et e-commerce. Son expérience dans un secteur totalement différemment de celui d’Open est justement ce qui est recherché par le groupe. « Hervé ne vient pas de notre secteur, mais nous voulons nous ouvrir à son expertise du management » a ainsi indiqué Frédéric Sebag, co-président d’Open, lors de l’annonce des résultats du groupe le 12 septembre.


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