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Avec Make.org, Axel Dauchez dévoile son âme citoyenne

Après la pub, l’ancien président de Publicis France crée Make.org, une CivicTech, dont la mission est de « réactiver rapidement la démocratie en Europe ». Pas moins.

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L’appli Make.org sortira fin 2016

La dernière fois que j’ai rencontré Axel Dauchez, c’était au 133, avenue des Champs-Elysées. Nous étions en juin, il faisait très chaud. A l’époque, il était encore président de la branche française du réseau Publicis WorldWide… et l’un des fervents organisateurs du salon VivaTech 2016, dédié à l’innovation entre start-up et grands groupes*.

Depuis, les choses ont changé… En ce début septembre, il fait toujours très chaud et je le retrouve à la terrasse d’un café parisien du Xème arrondissement. Objectif cette fois : qu’il m’explique sa nouvelle aventure entrepreneuriale dans les CivicTech ! Un domaine encore un peu confus qui cherche à créer un nouveau rapport entre gouvernants et gouvernés*.

« J’adore ce quartier, me confie-t-il d’entrée, l’air reposé malgré ses (très) courtes vacances. C’est très vivant et facile d’accès. D’ailleurs, hébergés dans des locaux provisoires, nous recherchons une surface de 200 mètres carrés, uniquement dans ce coin. » Un coup de fil pendant notre entretien lui indiquera qu’il est sur une bonne piste… « Un truc totalement atypique, génial ! ».

A l’image de cet arrondissement en pleine « ubérisation », c’est aussi un virage à 180° que l’homme d’affaires a initié cet été. Axel Dauchez se consacre désormais, à plein temps, à Make.org, une plateforme de lobbying citoyen qui ouvrira en fin d’année. « Make.org utilise le meilleur des technologies au service de l’engagement citoyen pour réactiver nos démocraties européennes avant qu’il ne soit trop tard », peut-on lire sur leur site, particulièrement léché.

« J’ai créé ma start-up en début d’année, raconte-t-il, avec le seul soutien de business angels et sur fonds propres, et rejoint l’équipe après Vivatech, en juillet. » Make.org compte déjà une quinzaine de personnes : « Il y a une grosse équipe technique car nous développons tout en interne ; des spécialistes de la data et, enfin, des experts des affaires publiques. »

Si ce départ de Publicis est une surprise pour l’extérieur, c’est une « évidence » pour l’intéressé : « Je ne suis resté que deux ans chez Publicis, rappelle-t-il. Et c’est l’urgence dans laquelle nous nous trouvons qui m’a poussée à me lancer. » Et de citer l’abstention grandissante aux élections, la montée des extrêmes, la radicalisation, l’expatriation… « On va vers une dislocation de la société, la part commune se réduit. On voit de plus en plus de divergences. Il faut se bouger », s’inquiète-t-il.

Il poursuit, tout en précisant qu’il n’est pas le seul à faire ce constat : « On n’est plus en démocratie ; le bulletin de vote devient de moins en moins déterminant et l’impuissance politique, de plus en plus structurelle… »

Face à cela, de nombreux mouvements citoyens ou des alternances gouvernementales se créent, mais « tous restent assez organiques. Toutes ces actions ne sont pas sur le bon braquet, n’ont pas la vitesse d’actions nécessaire… D’où la création de Make.org, une forme d’ubérisation de toutes ces initiatives. »

L’idée est simple et complexe à la fois : « massifier une opinion citoyenne pour lui donner une force propre de transformation. Nous voulons être un accélérateur, un ré-activateur de la démocratie participative d’aujourd’hui. »

Pour y parvenir, Make.org compte s’organiser en trois « mondes ».

1/ La plateforme de propositions citoyennes (bottom-up) de façon à faire émerger des idées majeures citoyennes. Avec un objectif clair, celui d’atteindre la masse critique. Cela passera notamment par les médias, à commencer par Solutions 2017TM, la première initiative de démocratie participative à l’échelle nationale. L’opération a été lancée conjointement par Make.org, RMC et BFMTV le weekend dernier, autour d’une question : « Comment garantir l’honnêteté des élus ? ». Du lourd pour démarrer ! Pendant 25 semaines, une question hebdomadaire, portant sur l’économie, le social, la sécurité, le terrorisme, l’éducation ou les institutions, sera posée, afin de construire un programme de propositions en vue de l’élection présidentielle de 2017.

2/ le crowd-lobbying : « être capable sur les propositions émergentes d’identifier dans la sphère publique les personnes impliquées dans les décisions pour déclencher des vagues de lobbying, pour pousser in fine les élus à s’engager.

3/ Le factwall : « le Google du service public » pour suivre en temps réel les engagements politiques de chaque acteur public. Présenté sous la forme d’un moteur de recherche, il permettra aux citoyens d’accéder à toutes les contributions et prises de position des élus (citations, post, engagements, travail législatif ou votes…).

Make.org se veut d’entrée à l’échelle européenne, sans être rattaché à aucun projet politique spécifique. La plateforme et son appli dédiée (IOS et Android) seront lancées en France d’ici à fin 2016 et en Allemagne en juin 2017, puis au Royaume-Uni.

A partir de ce flux de données (fruit de ce foisonnement d’idées) et une fois atteint la masse critique (afin de garantir l’indépendance de ce qui ressortira), le système compte aller encore plus loin : « Nous disposerons d’une mesure de l’opinion « bottom-up » qui n’existe pas, explique Axel Dauchez. C’est-à-dire que notre plateforme crée une mesure de l’opinion riche et inédite, capable de compléter le système des sondages. » On entre là sur le marché de la mesure de l’opinion, avec des usages multiples, autant pour le gouvernement, les médias que les élus…

Afin de garantir son indépendance politique et une totale transparence, Axel Dauchez a fait le choix d’adjoindre deux comités, à son conseil d’administration. Le premier (un Comité de gouvernance), composé d’une dizaine d’experts indépendants et d’utilisateurs tirés au sort, auront accès à la totalité des décisions opérationnelles, stratégiques et capitalistiques de Make.org. Le second (un Comité politique), monté en partenariat avec SciencesPo Paris, assurera la conformité des algorithmes utilisés avec les formules publiées et, d’autre part, la neutralité politique de l’algorithmie employée.

« Notre charte est primordiale, car on s’enclenche dans l’action réelle, insiste-t-il.  D’où les liens que nous tissons peu à peu avec le tissu associatif, les think tank… Nous créons les conditions qui leur permettent l’activation d’opérations concrètes sur le terrain. »

Car, qu’on se le dise, « les prochaines élections présidentielles ne sont qu’une étape. Nous voulons remettre le citoyen au centre du jeu et créer de l’impact au fil de l’eau et sur le long terme… et on le fait en réactivant la démocratie participative. »

Et les élus, qu’en pensent-ils ? « Ce n’est pas un outil contre eux, mais pour ceux qui veulent faire bouger les choses. Au final, on recrée de la puissance politique », conclut-il, paré pour avancer en cette période politique intense.

* Avant de rejoindre Publicis en mai 2014, Axel Dauchez fut, pendant près de cinq ans, directeur général de Deezer (musique en streaming). Il avait auparavant dirigé l’agence de publicité BDDP et la Web Agency Tequila Interactive (1998-2001).

Pour aller plus loin en matière de citoyenneté et numérique :

Plusieurs plateformes existent, que vous pouvez découvrir notamment via CivicTechno.fr, Démocratie ouverte ou sur l’article de Wikipedia consacré au sujet (qui recense un certain nombre d’initiatives gouvernementales et citoyennes au niveau mondial, dont Make.org en France).

 

 


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