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L’Eure-et-Loir décline sa stratégie numérique

Département rural limitrophe de l’Île-de-France, l’Eure-et-Loir aura terminé dans trois ans le déploiement de l’internet très haut débit sur l’intégralité de son territoire. De quoi conserver son attractivité et se doter, grâce aux services et technologies numériques, d’un nouveau levier de croissance.

L'Eure-et-Loir décline sa stratégie numérique

© Fotolia

« En 2010, nous avons constaté que 26 % seulement de la population d’Eure-et-Loir serait couverte à terme en très haut débit par des opérateurs privés, contre 75 % en Île-de-France », raconte Jacques Lemare, président du Syndicat Mixte Ouvert Eure-et-Loir Numérique, et vice-président du conseil départemental. L’Eure-et-Loir comprend 391 communes, dont plus de 300 sont des villages de moins de 1 000 habitants… Une densité de population faible qui n’attire guère les opérateurs à la recherche de rentabilité. Un schéma directeur territorial d’aménagement numérique (SDTAN), dont la priorité est le déploiement du THD, est alors adopté. Décision étayée par des études réalisées dès 2008 sur l’évaluation des débits existants, la faisabilité technique et financière de l’aménagement THD et une ingénierie à mettre en oeuvre. « Il en allait de la compétitivité économique du département, affirme Jacques Lemare. Les risques de désertification des secteurs sans connexion très haut débit étaient très forts à terme. Attirer des médecins dans notre région se révèle par ailleurs très difficile, et ceux qui s’installeront demain voudront être connectés avec les hôpitaux, les maisons de retraite et les spécialistes à Paris. »

Pour mettre en oeuvre ce schéma directeur, le syndicat, associant le conseil départemental, les Établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) et le conseil régional du Centre, voit le jour en octobre 2012. Sa mission est d’apporter à l’horizon 2020, à l’ensemble des 430 000 Euréliens, le très haut débit : par une desserte de fibre à l’abonné, Fiber to the Home (FttH) pour 78 % des foyers avec des débits de plus de 100 Mbit/s, et par une amélioration du niveau de service sur l’ADSL, la boucle locale radio ou le satellite pour 22 % d’entre eux. L’investissement global est, aujourd’hui, chiffré à 145 millions d’euros.

« Un marché d’étude et de réalisation a été ensuite passé avec la société Axione, filiale de Bouygues Énergies & Services, puis une délégation de service public signée pour 15 ans avec SFR Collectivités pour la gestion du réseau », déclare Jacques Lemare. C’est Eure-et-Loir THD, filiale de SFR, qui assure l’exploitation, la maintenance et la commercialisation des réseaux haut débit et très haut débit déployés. « Nous sommes sans conteste dans le top 5 des départements en termes de déploiement du très haut débit, et nous figurons parmi les six premiers départements financés par le plan France Très Haut débit », affirme-t-il.

3 000 km de fibres FttH

À terme, plus de 3 000 kilomètres de fibre FttH seront déployés ; 100 000 prises optiques*** installées dans les logements et locaux commerciaux, et 114 armoires de montée en débit mises en place. « Notre priorité a été d’améliorer les vitesses de connexion internet dans 110 communes rurales très mal desservies dans la Beauce et le Perche, déclare Jacques Lemare. Entamée à l’été 2014, cette opération qui concerne 15 500 foyers, sera finalisée début 2017. »

Côté FttH, le déploiement du réseau a commencé au deuxième trimestre 2015. Fin septembre, 8 000 prises avaient été livrées et 1 400 commercialisées. Le Syndicat a également commencé à déployer un réseau Fiber to the Office (FttO) à destination des entreprises et des établissements publics dans certaines zones d’activités denses. Distinct du réseau FttH, il passe par des câbles dédiés permettant aux opérateurs de proposer des offres de services spécifiques. « Les très grandes entreprises comme Guerlain, dont la nouvelle usine se trouve à Chartres, se sont déjà équipées de leurs propres réseaux dédiés », précise Jacques Lemare.

Des nouveaux usages liés au numérique

Le déploiement du très haut débit va de pair avec le lancement de projets structurants dédiés au numérique. Selon Laure de La Raudière, députée d’Eure-et-Loir, vice-présidente du conseil départemental, et co-auteur en 2014 avec la députée Corinne Erhel, d’un rapport parlementaire sur « le développement de l’économie numérique française », la stratégie visant à développer les usages numériques dans le département repose sur trois grands axes. « Le premier est d’encourager et d’accompagner les initiatives privées dans les territoires, déclare l’élue.

Le CD28 a soutenu l’ouverture en 2014 de la Wild Code School de La Loupe (formation de développeurs web) dans le Perche, qui a depuis essaimé dans six villes françaises dont Chartres, et qui a reçu le label national Grande école du Numérique. Nous sommes aussi fortement impliqués dans le Campus Le Champ des Possibles à Châteaudun, dont la vocation est de développer une filière de l’agriculture connectée. Dans ce cadre, le conseil départemental et la chambre d’Agriculture ont monté un partenariat avec Objenious, la filiale dédiée à l’internet des objets de Bouygues Telecom.»

Objenious croit en l’agriculture du futur

« Les objets connectés vont être à l’origine d’une vraie révolution dans l’agriculture, affirme Christophe Fouillé, directeur marketing d’Objenious. Et le B to B fera réellement décoller l’internet des objets. » Autant de bonnes raisons pour que la filiale de Bouygues Telecom déploie en priorité son réseau LoRa en Eure-et-Loir. « Il a été le premier département couvert cet été dans son intégralité, déclare-t-il. L’agriculture eurélienne* est à 80 % céréalière et nous travaillons, en collaboration avec le Lab28 et la chambre d’agriculture, sur deux éléments. D’une part, sur la météo de prévision grâce à des stations connectées, pour favoriser la croissance des plantes dans les exploitations, où certaines parcelles sont très éloignées les unes des autres comme dans la Beauce. D’autre part, sur la gestion technique des bâtiments et du matériel agricoles, tels les silos à grain, dont on peut mesurer le remplissage et la température avec des capteurs », explique Christophe Fouillé. Objenious met à disposition des agriculteurs sa plateforme de gestion des données issues des capteurs. Après la phase de tests, la chambre d’agriculture devrait passer à la labellisation des types d’objets et capteurs connectés. « L’étape suivante, en 2017, concernera le développement d’une plateforme d’analyse et traitement des données récoltées afin de les rendre intelligentes, et de fournir aux agriculteurs des conseils », confie Jérôme Damy, chargé de projets Innovation et Numérique à la chambre d’agriculture. Objenious commence déjà d’autres expérimentations avec le conseil départemental (optimisation de la consommation énergétique des collèges…). « Nous participons aussi au projet de filière de services connectés à la personne », conclut Christophe Fouillé. Le réseau LoRa couvrira 100 % de la population française, fin 2016.

* Le département compte environ 3 500 exploitations professionnelles.

 

Transformer avec pédagogie

Véritable Living Lab de l’agriculture du futur, le Champs des Possibles est installé depuis mai 2015 sur le site du lycée d’enseignement agricole privé de Nermont. Créé par la profession agricole en 1929, le LEAP dispense des formations dans le domaine de l’agriculture (productions végétales), l’aménagement de l’espace, l’agroéquipement, les services à la personne et le monde du cheval. Il vient d’ouvrir à la rentrée un BTS par alternance «Systèmes numériques option informatique et réseaux». Le site accueille également depuis début septembre un incubateur «Le Village by CA» très axé sur l’e-agriculture. Le conseil départemental agit également en faveur de l’installation d’espaces de coworking par une assistance à l’ingénierie auprès des collectivités. « Pour la somme de 10 000euros, le Syndicat Eure-et-Loir Numérique a permis le déploiement de la plateforme collaborative de contenus pédagogiques Beneylu School dans plus de 350 écoles primaires depuis la rentrée 2016, en partenariat avec les services départementaux de l’Education nationale », confie Jacques Lemare. Il a par ailleurs équipé, à titre expérimental, les classes de cinquième de quatre collèges euréliens de tablettes ou d’ordinateurs.

L'Eure-et-Loir décline sa stratégie numériqueDeuxième axe de la stratégie «Usages» du conseil départemental : la sensibilisation de la population et des entreprises aux enjeux du numérique. C’est dans ce sens que le Syndicat et le département organisent depuis 2015 Eure&Link, une grande manifestation annuelle destinée à faire le point sur l’état d’avancement du digital sur le territoire. « Depuis mai dernier, nous la démultiplions chaque mois localement dans un canton différent par un Eure&Link Tour emmené par le Lab28, cellule Innovation et Transition numérique du Conseil départemental, précise Laure de la Raudière.Durant la journée, des démonstrations de services innovants sont présentées sur les marchés ou dans la médiathèque. Des ateliers de formation ou d’éveil ont ensuite lieu dans les écoles et dans les maisons de retraite. Le soir, des conférences thématiques sont organisées sur l’e-commerce, l’e-santé, la dématérialisation des services publics…»

Ce dernier thème est le troisième axe stratégique sur les usages. « Pour chaque service du CD28, nous travaillons sur la façon de le transformer en un service innovant tirant parti du numérique », explique l’élue. À l’image de « Ma Route 28 », application mobile permettant aux usagers d’être d’informés à l’avance des travaux et perturbations de circulation sur le réseau routier local, et de visualiser les itinéraires de déviation. « Notre prochain chantier sera l’open data au niveau du département », confie-t-elle. 

L'Eure-et-Loir décline sa stratégie numérique

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Stores et Rideaux, un succès en ligne

« En 2011, nous avons sauvé nos usines et notre activité industrielle en Eure-et-Loir grâce au lancement d’une activité de vente en ligne vers les particuliers, qui représente, à ce jour, 40 % de notre chiffre d’affaires de 7 millions d’euros, et connaît une croissance de 20 à 30 % par an », déclare Stéphane Berretti, président de la PME de 70 personnes. La société a été, en février dernier, lauréate du prix Google « Moteur de réussites françaises ». « Le challenge est maintenant l’arrivée de la fibre dans notre hameau de Pontault, situé à 2 kilomètres du village de Nottonville (500 habitants). Elle est annoncée pour fin 2016. Avec le recrutement et l’extension de nos usines, l’absence de THD est le plus grand frein à notre développement. » Stores et Rideaux. com dispose pour l’instant d’une liaison SDSL, dont le débit montant n’est pas suffisant pour réaliser, dans de bonnes conditions, l’actualisation de son site et le traitement des commandes. Pas de couverture mobile non plus dans l’usine !

 

*Dont 39% bénéficiant des réseaux «AMII» (Appel à manifestation d’intention d’investissement des opérateurs privés) : Orange va déployer 55 000 prises (base INSEE 2010) sur 31 communes AMII (Dreux, Chartres et 29 villes de son agglomération) et CM’IN, 15000 prises sur 15 communes AMII de l’agglomération de Chartres.
**30% financés par le département; 23,4% par l’Etat (France THD); 22,5% par la Région Centre Val de Loire; 20% par les EPCI et 4,1% par l’Union européenne.
***Hors zones AMII.

Cet article est extrait du magazine Alliancy n°16 « Quelle gouvernance pour le numérique » à commander sur le site.

alliancy 16


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