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Une offre IT mieux encadrée pour les médecins

L’informatique est souvent vue comme une contrainte par les médecins. Mais le secteur évolue, à la fois par une meilleure prise en compte de leurs besoins et grâce à des mesures les incitant à développer l’usage de leurs logiciels métiers.

 

Dans leur grande majorité, les médecins libéraux sont équipés d’un ordinateur. Plus de 80 % d’entre euxpratiquent la télétransmission des feuilles de soins, grâce au système Sesam-Vitale mis en place en 1998 (1 milliard de transmissions par an aujourd’hui).

Mais l’offre informatique pour ces professionnels va bien au-delà de cette fonction. Divers logiciels métiers permettent de gérer les dossiers des patients, un agenda ou fournissent une aide à la prescription… Pourtant, seulement 55 à 60 % des praticiens utiliseraient ces outils, selon la Fédération des éditeurs d’informatique médicale et paramédicale ambulatoire (Feima). Le problème ? L’informatique et son évolution sont souvent perçues comme une contrainte par les médecins.

« Une fois que l’on s’est approprié l’outil informatique, on ne peut plus s’en passer », estime pourtant Jacques Lucas, vice-président du Conseil national de l’ordre des médecins, chargé des systèmes d’information en santé. Mais le premier pas reste difficile, d’autant que le marché des logiciels est vaste et que les différentes solutions existantes ne sont pas toutes interopérables, de même que les fonctionnalités proposées ne répondent pas toujours aux besoins des usagers.

 

Une offre à réactualiser

Philippe Durandet, cardiologue, a mené une étude sur l’informatisation des médecins en région Poitou- Charentes pour l’Union régionale des professionnels de santé (URPS). Celle-ci met en lumière une partie des problèmes : « Bien que quelquesuns dominent le marché, de nombreux logiciels différents sont utilisés », observe-t-il. Parmi ceux-ci, beaucoup ne sont plus mis à jour depuis longtemps… et les médecins continuent à en faire usage.

Changer de logiciel représente un investissement financier, avec le coût du logiciel, de l’installation et de la maintenance. Mais aussi de temps, pour apprendre à utiliser l’outil. « Il n’est pas possible de proposer des formations pour tous les logiciels existants », regrette Philippe Durandet. Aussi, beaucoup ne sont pas du tout utilisés à la hauteur des fonctions proposées. Pour certaines spécialités en revanche, comme la psychiatrie, il manque réellement des solutions adaptées. Les médecins spécialistes doivent donc faire paramétrer des logiciels plus génériques, ce qui représente un coût supplémentaire. Enfin, des problèmes techniques peuvent avoir raison de la patience des médecins.

Résultat, une partie d’entre eux se désintéresse tout simplement de la question. L’étude en Poitou-Charentes aborde le cas d’une messagerie sécurisée, développée par la société marseillaise Enovacom suite à un appel d’offres du Groupement de coopération sanitaire de la région. Cet outil est fourni gratuitement sur le portail régional e-santé. Il permet d’échanger des informations habituellement transmises par courrier, comme des résultats d’analyses.

 

Un investissement important de la part des éditeurs

Cette solution ne serait utilisée que par 6 % environ des médecins poitevins. En cause : mal interfacée avec les logiciels métiers, les données ne peuvent pas être transposées automatiquement de l’un à l’autre. « Il est inutile de proposer des solutions compliquées, si même les offres simples et gratuites, comme celle-ci, ne sont pas utilisées », estime Philippe Durandet.

Jusqu’alors, les médecins étaient peu sollicités par les éditeurs. « Mais cela commence à changer », note le cardiologue. Cette prise en compte des besoins des utilisateurs devrait participer à l’évolution du secteur. « L’exigence des médecins sera croissante », poursuit Jacques Lucas.

À celle-ci s’ajoutent les demandes de l’assurance maladie et le pilotage du gouvernement par l’intermédiaire de l’Asip Santé (Agence des systèmes d’information partagés). « Les éditeurs ont investi des sommes conséquentes pour se mettre en conformité avec le cahier des charges de l’Asip, notamment sur les problématiques d’interopérabilité et de sécurité », assure Francis Mambrini, président de la Feima. De plus, l’année 2012 marque le début d’un système de « paiement à la performance » pour les médecins, incluant un volet informatique. En atteignant les objectifs fixés par la convention médicale de 2011, chacun pourra recevoir jusqu’à 9 100 euros par an. « Les critères élaborés tirent incontestablement l’usage, estime Francis Mambrini. Nous avons observé un décollage significatif cette année, qui devrait se poursuivre en 2013. Par la suite, il faudra que les critères de rémunération évoluent, qu’ils soient plus nombreux et plus précis. »

Cette convention impose aux médecins des logiciels agréés par la Haute Autorité de santé. Or, actuellement, seule une vingtaine d’entre eux le sont.

Capture d'écran du logiciel Crossway de Cegedim

Capture d’écran du logiciel Crossway de Cegedim

 

Jouer la carte du patient

Le projet du dossier médical partagé (DMP) pourrait à l’avenir prendre une part importante dans l’informatisation des médecins. Grâce à ce système, tous les professionnels de santé peuvent stocker les informations concernant un patient, qui a lui-même accès au dossier. Certains logiciels proposent déjà de l’utiliser, mais il est encore peu adopté par les médecins, pour qui il représente un trop gros investissement en termes de temps. « Il faudrait plus de communication auprès des patients, estime le président de la Feima. S’ils sont convaincus de l’utilité de ce projet, ils solliciteront leur médecin. » Ce paramètre avait joué un rôle important dans l’adoption du  système de télétransmission des feuilles de soins. Mais l’avenir du DMP est incertain… L’opportunité de la poursuite du projet sera décidée en 2013 par le Parlement.

Dans tous les cas, « le nombre de dossiers informatisés va augmenter », prédit Jacques Lucas. Ce qui pose de nouvelles questions aux éditeurs de logiciels : comment hiérarchiser les données, les structurer, de sorte qu’un médecin puisse utiliser facilement un dossier créé par un confrère ? Comment les archiver à long terme et les sécuriser tout en les partageant entre professionnels de santé ? Ces questions rejoignent de nouvelles tendances, comme la mobilité et l’utilisation des logiciels délocalisés, sur le principe du cloud computing. « Cela nécessitera des évolutions, notamment sur les questions d’authentification », précise Francis Mambrini. Des hébergeurs agréés pour les données de santé seront également nécessaires.

« Il y a manifestement encore des marchés à conquérir. A mon sens, l’informatique évoluera vers du service plutôt que du logiciel », conclut le vice-président du Conseil national de l’ordre des médecins.

 

Dossier Médical Personnel

240 186 patients ont demandé, au 18 novembre 2012, l’ouverture de leur dossier médicapersonnalisé (DMP) en France, facilitant ainsi le partage d’informations entre les professionnels de santé qui les suivent.

55 à 60 % des médecins seraient équipés d’un logiciel métier (Feima).

85,6 % des médecins généralistes télétransmettent les feuilles de soins (GIE Sesam-Vitale).

 


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