Je veux tout savoir de la transformation numérique !
Identifiez-vous pour lire l’intégralité des articles premium et accéder à l’ensemble de nos ressources.
Pour recevoir les dossiers thématiques par mail, inscrivez-vous !
Je m'identifie

Henri Verdier (Dinsic) : « Il faut comprendre la métamorphose de la nature même de l’Etat »

Ancien startuper comme il aime à le souligner,  Henri Verdier, le « super CTO » de l’Etat depuis cinq ans, aujourd’hui administrateur général des données (AGD) et directeur de la Dinsic, s’exprimait hier, lors de la première soirée « Future of State », qui se déroulait à Station F dans l’espace French Tech Central, où 30 services publics collaborent depuis six mois pour accompagner les start-up.

| Cet article fait partie du dossier « L’Humain : Clé et verrou de la transformation »

Henri Verdier (Dinsic) : « Il faut comprendre la métamorphose de la nature même de l’Etat »

Henri Verdier (Dinsic) via Twitter @OrianneLedroit

Henri Verdier, directeur interministériel du numérique et du système d’information et de communication (Dinsic) de l’Etat, est revenu, hier soir, lors de la première édition de l’événement « Future of State »*, sur le rôle que veut jouer l’Etat auprès des entrepreneurs dans la marche vers le « pays de l’hyper innovation ».

Henri Verdier était l’un des quatre intervenants de la soirée, avec Julie Zerbib (chargée d’affaires à l’Inpi) ; Yannick Imbert (Préfet, secrétaire général pour les affaires régionales de la préfecture de région d’Ile-de-France, Préfecture de Paris) et Yann Maigron (Directeur de la gestion des fréquences à l’Agence nationale des Fréquences).

 

https://twitter.com/FrenchTechCtral/status/983303536812453888

« Ce que j’ai appris de mon expérience de startuper, ce qui est puissant dans le monde, ce sont les écosystèmes, a-t-il lancé d’entrée devant un parterre de jeunes entrepreneurs. Tout ce qui s’est fait de grand dans l’histoire de l’humanité, c’est dans des dynamiques où il y a de la compétition, de la fécondation croisée, du défi, des gens qui se passionnent pour la même chose, des gens qui se répondent, se copient, s’imitent… Il faut être plusieurs à se challenger et à se répondre. » Et, dans la révolution numérique effectivement, les grands systèmes d’innovation se trouvent dans la Silicon Valley, à Boston, Séoul dans une moindre mesure, Tel Aviv ou encore Paris, à condition de mieux coopérer à tous les niveaux (enseignement, recherche, Etat, entreprises) pour avoir une chance d’être un peu sérieux à une échelle mondiale.

 « Objectif de Future of State : explorer de nouvelles collaborations entre entrepreneurs et acteurs publics pour aller plus loin. »

D’où l’intérêt pour Henri Verdier de revenir spécifiquement sur ce que peut être le modèle de la transformation numérique de l’Etat, « sur lequel on se trompe beaucoup ». « Ce qui est important de comprendre, c’est la métamorphose de la nature même de l’Etat, a-t-il insisté. Une métamorphose qui se passe à l’échelle organisationnelle, managériale mais, également, dans la manière dont l’Etat agit dans la société », en tant qu’Etat plateforme (partage des ressources publiques avec OpenData, France Connect…). Les institutions doivent en effet comprendre comment on crée de la valeur de nos jours… Il faut savoir prendre la balle au bond.

La Dinsic travaille donc comme une DSI, une direction de la transformation numérique, « mais, aussi, pousse l’Etat à se startupiser dans ses moeurs, dans ses habitudes et ses attitudes ». Il rappelle ainsi que ses services travaillent sur un gouvernement plus ouvert, plus transparent… « C’est une question de vie ou de mort, estime-t-il, car nous vivons dans une époque où les citoyens attendent cela. Il faut prendre le pouls de la société civile pour éviter tout dérapage considérable demain et construire une action publique redevable. On travaille beaucoup sur l’innovation ouverte… comme ici et dans tous les autres lieux dédiés. On essaie aussi d’introduire les méthodes agiles dans l’Etat ».

Le rôle des Etats face aux Gafa

Pour Henri Verdier, la séparation du monde n’a jamais été privé-public, mais bien entre innovateurs et conservateurs. « Ce qui fait que l’industrie numérique n’est pas tout à fait comme les autres, rappelle-t-il ensuite, c’est qu’elle voit ses clients, ce dont il faut prendre acte. Il faut aller à l’expérience utilisateur au plus vite, développer en quelques semaines et, après, s’améliorer à partir de cette expérience utilisateur. »

L’expert conclura par un enjeu majeur : « Les Etats ont un rôle à jouer dans une économie en voie de subordination aux plateformes. Aujourd’hui, nous sommes en train de rentrer dans une économie où il est pratiquement impossible d’innover réellement sans demander la permission à un Gafa… et c’est préoccupant. C’est donc un des rôles de l’Etat de desserrer cet étau en mettant à disposition des ressources qui sont des biens communs, qui nous appartiennent à tous, qui sont gérées avec l’acquiescement de la société française et dont on peut garantir la neutralité à long terme », faisant appel aux jeunes entrepreneurs dans la salle en les incitant à « penser politique : « Vener dans nos hackatons, dans nos Open Labs où l’on teste nos produits avec tous ceux qui le souhaitent… Ne vous contentez pas de demander à l’Etat des subventions, des baisses de charges ou de l’achat public… Le sujet est trop grave : il faut que l’on devienne un écosystème complet. On fait un pas vers vous, mais vous devez comprendre ce qu’est le service public. »

« Le succès d’entreprises comme Uber ou Airbnb nous a appris que la maîtrise de l’infrastructure de données permet de disposer d’une infrastructure matérielle sans même avoir besoin de la bâtir, ni de la posséder réellement. » Henri Verdier, AGD, dans son rapport.

Pour aller plus loin sur cette transformation profonde que l’Etat met en œuvre, Henri Verdier, également administrateur général de la donnée (AGD), a remis ce 10 avril, à Mounir Mahjoubi, son rapport 2016-2017, intitulé « La donnée comme infrastructure essentielle ». Henri Verdier y dresse un état des lieux de la politique de la donnée, et relève les progrès accomplis ces deux dernières années. Il y prône surtout la construction d’une infrastructure de la donnée, à l’instar des autoroutes ou des lignes ferroviaires, indispensable selon lui pour en garantir la qualité, la circulation et la meilleure exploitation possible.  A l’image d’initiatives publiques conduites autour des données avec Pôle Emploi par exemple (La Bonne boîtela Bonne formation) ou encore de Bob emploi, un projet de Bayes Impact, l’association à but non lucratif créée en 2014 afin de mettre la technologie au service du bien commun.

Henri Verdier, administrateur général des données, lors de la remise de son rapport 2016-2017 au secrétaire d’État auprès du Premier ministre chargé du Numérique, Mounir Mahjoubi, le 10 avril dernier.

Plusieurs pays européens se sont engagés dans la mise en place d’une telle infrastructure de données. La deuxième partie du rapport développe ainsi une analyse comparée des initiatives du Royaume-Uni (UK Registers), de l’Estonie (X-Road), du Danemark (Basic Data) et de la France (service public de la donnée).

Il dresse également un état des lieux des pratiques des administrations en matière de production, de circulation et d’exploitation des données, faisant mention des progrès enregistrés depuis la publication de son premier rapport (décembre 2015), sur chacun des axes de cette politique basée sur la production de données essentielles (données de référence, Base adresse nationale…) ; l’amélioration de la circulation de la donnée (neuf bases de données de référence en ligne, API Entreprise et API Particulier, principes d’ouverture par défaut et de gratuité…) et l’exploitation de ces données (notamment dans le domaines social, économique ou miliaire…).

Pour conclure, le rapport présente la « feuille de route » de l’administrateur général des données pour les deux prochaines années, où cinq axes sont proposés :

  1. mettre à disposition les données, les ressources et les infrastructures mutualisées, les faire changer d’échelle,
  2. développer la doctrine de la circulation de la donnéeau sein de la sphère publique,
  3. renforcer le réseau des administrateurs ministériels des données, pour décliner la politique de la donnée (production, circulation, exploitation) au sein de chaque ministère,
  4. développer un pôle de compétences en intelligence artificielle, pour faire de l’Etat l’un des premiers utilisateurs de ces outils, définir les conditions d’une utilisation éthique et responsable des algorithmes publics,
  5. soutenir l’écosystème des utilisateurs de données publiques, mesurer les impacts économiques et sociaux d’une meilleure circulation de la donnée.

* 1 500 entrepreneurs ont déjà bénéficié des services de French Tech Central. Encore en expérimentation, le modèle va être multiplié dans les 13 métropoles French Tech françaises.

** « Future of State » est un événement organisé avec l’Agence du Numérique, en partenariat avec la Dinsic, dans le cadre du projet French Tech Central, soutenu par le Programme des Investissements d’Avenir et Inria. Pour visionner l’intégralité de la soirée, c’est ici.

 

Sans bruit, l’Etat poursuit sa révolution numérique

Le 1er mars dernier, Mounir Mahjoubi, secrétaire d’Etat au Numérique, a lancé la plate-forme de dématérialisation « démarches-simplifiées.fr », développée par une start-up de la Dinsic. Il s’agit d’un service en ligne qui permet aux organismes publics de dématérialiser en toute simplicité et facilement des démarches administratives, afin de simplifier la vie des usagers et de réduire la charge qui pèse sur les services qui les gèrent, tout en profitant des ressources de « l’Etat plate-forme ». Testée depuis deux ans sous le nom de « TPS », cet outil présente des caractéristiques nouvelles, qui englobent dans une même solution des principes de création de formulaires aussi simples qu’avec « google form », la simplification des dossiers grâce à la connexion aux API de l’Etat, la sécurisation des connexions avec « France Connect » et, demain, « France Connect Agent », des modalités de fonctionnement proches des réseaux sociaux, transformant chaque dossier en ligne en un espace de travail partagé, avec des fonctions collaboratives dont les acteurs ont besoins dans tous les process d’instruction partagée. « Aujourd’hui, le service est utilisé par plus de 30 organismes publics (services de l’Etat déconcentrés, ministères, agences, collectivités locales, organismes consulaires, autorités indépendantes…). Ainsi, plus de 300 démarches sont en ligne et plus de 8 000 dossiers ont été dématérialisés », précise Philippe Vrignaud, responsable du projet sur un post.

Plus d’infos ici

 

Voir également : 


Commenter

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *