Dr Alain Staron, Innovation Catalyst

Alain Staron s’est fait une spécialité de challenger les plans produits trop lisses, à la recherche des opportunités cachées dans les écosytèmes. Le digital de 2020 rend l’exercice incontournable en y ajoutant le fameux risque de disruption. Amborella synthétise la démarche qu’il a mise au point pour aider les entreprises à pivoter à temps.

Dr Alain Staron
Innovation Catalyst, AMBORELLA
Member of the Board, ETSI Innovation Catalyst, AMBORELLA 
Former Senior V.P. Digital Strategy, Offers and Partnerships, VEOLIA

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Techno-logie sans éco-système n’est que ruine de l’ego

Le 11 Décembre dernier, Stéphane Richard, PDG d’Orange, et Timotheus Höttges, PDG de Deutsche Telekom, annonçaient le lancement de leur assistant vocal commun : Djingo (France) / Magenta (Allemagne).

Le 11 Décembre dernier, Stéphane Richard, PDG d’Orange, et Timotheus Höttges, PDG de Deutsche Telekom, annonçaient le lancement de leur assistant vocal commun : Djingo (France) / Magenta (Allemagne).

Stéphane Richard, PDG d’Orange, et Timotheus Höttges, PDG de Deutsche Telekom,

Fruit de « 18 mois de développement conjoint par 150 ingénieurs », cette Intelligence Artificielle se veut résolument européenne, développée en Europe, vendue en Europe.

Cependant, l’enceinte Djingo embarque également Alexa, l’assistant vocal d’Amazon, pour bénéficier de tous les services déjà disponibles sur cette plateforme. Qu’apportera alors l’IA Djingo ? Un traitement particulier pour les services labellisés par Orange liés au domicile. Il est néanmoins certain que ces mêmes services auront aussi une « skill » sur Alexa pour viser le plus large marché possible.  Orange sera sûrement très intéressé à voir si les possesseurs de Djingo poseront leurs questions à Djingo ou à Alexa…

Un mois plus tôt, Orange annonçait l’ouverture sur son réseau mobile de la norme LTE-M de l’Internet des Objets, «la seule norme pérenne ». Que penser alors de LORA, également proposé par Orange, mais qui a deux handicaps : ne pas être un standard mondial agréé par le GSMA (groupement mondial des opérateurs télécom), et fonctionner dans les bandes non licenciées, ce qui lui interdit toute garantie de qualité de service ?

La réponse officielle est que Lora est une meilleure technologie pour l’économie d’énergie. Mais la variante NBIoT du standard mondial du GSMA répond à ce besoin. Et les deux variantes du standard, LTE-M et NBIoT, cohabitent très bien : les réseaux (AT&T) comme les objets (Qualcomm) deviennent bi compatibles. Pourquoi alors conserver Lora, invention française ? Pourquoi même avoir attendu fin 2018 pour proposer le standard mondial en France, alors qu’il est disponible sur le réseau Orange Belgique depuis un an, et en déploiement dans le monde depuis 2 ans ? Pourquoi s’arrêter en chemin et ne pas proposer aussi le NBIoT ?

En 1934, l’Académie des Sciences avait indiqué que les phares jaunes des voitures présentaient le meilleur compromis éclairage/éblouissement. Il aura fallu presque 60 ans pour que la France s’ouvre au reste du monde en autorisant les phares blancs en 1993. Aujourd’hui les voitures roulant avec des phares jaunes ont disparu – bien qu’ils ne soient pas interdits, et réputés meilleurs. Preuve de l’efficacité économique d’un standard mondial, qui prime sur la performance technologique.

Finalement, reculer l’adoption d’un standard fragilise l’entreprise qui investit sur des solutions internes sans lendemain, même si elles sont technologiquement supérieures. Et ne rend pas service à ses clients.

Derrière Alexa ou LTE-M/NBIoT, il y a la puissance d’écosystèmes mondiaux qui rend leur adoption incontournable. Sans eux, la meilleure technologie est vouée à l’échec. Il faut être capable de mettre son ego de côté pour prendre les décisions les plus rationnelles quitte à parfois abandonner ses propres investissements passés, et la foi qui allait avec.

Bien sûr, toute entreprise rêve de construire un écosystème gagnant autour de sa technologie d’excellence. Il est vrai que la position sur la chaîne de valeur est plus faible pour ceux qui  rejoignent un écosystème que pour ceux qui le bâtissent.

Cependant, construire un écosystème requiert des talents très différents et des investissements parfois plus importants que ceux requis par le développement d’une technologie. Avant donc de se lancer dans un nouveau développement technologique, il est opportun de faire le business plan de l’écosystème que l’on souhaite bâtir, et, si ce dernier existe déjà, mieux vaut réfléchir à deux fois : le temps de l’écosystème est beaucoup plus rapide que celui de la technologie.

Quant aux partenaires utilisateurs de ces technologies, une bonne analyse du futur de l’écosystème visé est indispensable à tout engagement de dépense : faut-il investir sur Alexa ET sur Djingo ? Faut-il investir sur LTE-M/NBIoT ET sur Lora ? Fallait-il investir sur Android ET sur Windows Mobile ?

En espérant que ces questions ne troubleront pas vos festivités, je vous souhaite d’excellentes fêtes de fin d’année, et que 2019 voit enfin émerger un catalyseur européen d’écosystèmes mondiaux !


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