[Chronique] Intelligence digitale : e-réputation, un attribut de son identité que chacun doit protéger

Prendre soin de son identité digitale relève de l’intelligence digitale. La négliger peut endommager sa e-réputation[1], voire sa (cyber)sécurité, rappelle Imed Boughzala en prenant notamment le cas d’école de Didier Raoult.

Rappelons que l’identité numérique ou digitale (ou Digital Identity) est la capacité de créer et de gérer son identité et sa réputation en ligne. Cela implique la prise de conscience que nous offrons à la vue de tous, une personnalité numérique qui a un impact à court et à long terme au travers des traces numériques[2]. Chaque individu qui utilise les réseaux sociaux, les sites web, les applications mobiles… construit ainsi son identité digitale de manière consciente ou non. Selon l’origine des sources et des informations divulguées, on peut la catégoriser en :

–           identité déclarative : qui se base sur une information déclinée par la personne ou l’entité concernée, avec des renseignements variés, portant sur la nature du sujet, sur son état civil et sur d’autres éléments très objectifs.

–           identité agissante : qui est déterminée par les différentes actions menées sur le web par l’utilisateur en traçant/observant ses attitudes et ses habitudes. Ces informations sont précieuses pour les entreprises utilisant les données de masse (pour elles-mêmes ou le compte de tiers).

–           identité calculée : qui résulte des différentes analyses menées à partir de l’identité agissante. Les enseignements tirés permettent ainsi d’établir un profil de l’individu ou d’un service auquel il est affilié.

Protéger son identité numérique en toute circonstance

Lorsque l’on navigue sur internet, il est nécessaire d’adopter des mesures préventives de protection et limiter ainsi les atteintes à son identité digitale. Pour cela, chaque utilisateur doit adopter une routine numérique.

  • Gérer ses paramètres de confidentialité sur les réseaux sociaux et au niveau des applications mobiles;
  • Se méfier de ce qui est gratuit ;
  • Ne pas cliquer sur n’importe quel lien ;
  • Changer de mot de passe régulièrement pour sécuriser un peu plus ses données personnelles. Idéalement, il faut modifier son mot de passe tous les trois mois, ne pas utiliser un mot de passe unique et opter pour une combinaison longue de caractères (chiffres, lettres, minuscules, majuscules, spéciaux). Ceci détermine dans quelle mesure, un mot de passe est robuste et sa difficulté à être craqué.

Extrait de https://greenlock.ghost.io/le-tableau-de-la-resistance-des-mots-de-passe/

Etre visible en ligne ou ne pas exister

L’identité digitale se pilote à l’aune des traces que l’on peut laisser sur internet. En effet, celles-ci peuvent avoir de graves conséquences sur la e-réputation d’une personne ou d’une organisation (entreprise, établissement d’enseignement supérieur, ONG…).

Aujourd’hui, les écoles et les universités doivent elles aussi développer leur présence numérique. Elles s’emparent donc de ce phénomène pour améliorer leur identité digitale et de celles de leurs équipes en mettant en avant leurs innovations pédagogiques ainsi que leurs travaux de recherche. Désormais, tout est bon pour créer des profils sur Wikipédia, poster sur LinkedIn, Facebook, Instagram, Youtube ou même Twitter, au profit d’une meilleure image de marque. Mais attention ! Trop de buzz ou une exposition médiatique excessive peuvent parfois décrédibiliser, y compris les meilleurs chercheurs. Partager ses résultats en les vulgarisant contribue au bon fonctionnement démocratique de la société. Toutefois, les débats entre les entre les sachants et les non-sachants doivent être équilibrés.

Le plus souvent, une communication digitale non maitrisée peut parfois ruiner une réputation.

Le cas d’école de Didier Raoult

Par exemple, aux débuts de la pandémie, de nombreux scientifiques se sont penchés sur les conséquences du virus et sur les différents traitements possibles pour le contrer.

Parmi eux, le très controversé Professeur Didier Raoult. Au moment de faire publier ses deux études, une vidéo YouTube qui cumulera 1,3 million de vues, remet en cause le sérieux de ses recherches et la fiabilité de ses résultats. Pour beaucoup, la chloroquine apparaît comme le remède miracle face au coronavirus. Face à l’urgence de l’épidémie, le public l’exige et va même jusqu’à braquer des pharmacies pour s’en procurer. En parallèle, les critiques se font de plus en plus entendre envers cette étude jugée peu robuste due à l’absence de toute confirmation indépendante. Le chercheur est accusé de contribuer à faire naître de faux espoirs. Certains scientifiques en viennent à dire que la chloroquine serait dangereuse compte tenu de ses puissants effets secondaires.

Le 20 mars 2020, lorsque l’étude de Didier Raoult est publiée dans la revue International Journal of Antimicrobial Agents, les scientifiques en viennent à la même conclusion : « il s’agit de travaux à la méthodologie très fragile, d’une déontologie discutable, et dont la conclusion, bien qu’encourageante, exige d’être confrontée aux résultats d’autres essais cliniques. ». Suite à cela, il s’est rendu dans de nombreux plateaux télé, a réalisé de nombreuses interviews pour justifier sa démarche scientifique et en expliquer les choix. Malgré sa renommée, sa réputation en tant que scientifique a été malmenée jusqu’à décrédibiliser ses travaux.

On remarque donc qu’une simple vidéo YouTube a eu des conséquences non négligeables sur la réputation d’un scientifique mondialement connu. Cet exemple permet bien d’illustrer l’importance de l’identité digitale et les répercussions qu’elle peut avoir sur l’identité réelle de la personne, sur son travail et sur sa e-réputation. Il est donc indispensable de s’en protéger, que l’on soit simple adolescent utilisant les réseaux sociaux ou un scientifique de renom.

Les établissements de l’enseignement supérieur et les organismes de recherche qui se lancent dans la course à la visibilité se doivent de faire attention à ce qui peut s’avérer être une arme à double tranchant. Il s’agit donc de maîtriser les rouages et les codes qui évoluent au fil des tendances, en développant des cours d’e-branding pour leurs enseignants-chercheurs et les élèves. Et ce, toujours dans la perspective du développement de l’intelligence digitale de chacun.

 

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[1] « L’e-réputation, parfois appelée web-réputation, cyber-réputation, réputation numérique, sur le Web, sur Internet ou en ligne, est la réputation, l’opinion commune (informations, avis, échanges, commentaires, rumeurs…) sur le Web d’une entité (marque), personne morale (entreprise) ou physique (particulier), réelle (représentée par un nom ou un pseudonyme) ou imaginaire. Elle correspond à l’identité de cette marque ou de cette personne associée à la perception que les internautes s’en font » Wikipédia

[2] Un pseudo, un nom, une date de naissance, un numéro de compte, un numéro de sécurité sociale, des images, des vidéos, des adresses IP, des favoris, des commentaires, etc.


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