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Les villes branchées du Canada

En pointe dans leur transformation numérique, les agglomérations canadiennes fourmillent de réalisations et de projets de systèmes intelligents de gestion de leurs infrastructures pour devenir déjà de véritables villes connectées.

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© Fotolia

Du 25 au 27 mars derniers, la première édition du Smart City Expo Montreal s’est tenue au Palais des congrès de la capitale économique québécoise. L’événement a réuni des exposants de renommée mondiale comme CGI, Cisco, Microsoft…, de grands groupes industriels et de services, notamment les Français Thales et GDF Suez, sans oublier les organismes publics locaux tels que l’arrondissement Saint-Laurent de Montréal, son Technoparc ou l’Office de consultation publique de la ville. Ce salon a surtout été le théâtre de multiples conférences sur la ville de demain, animées par des experts internationaux, des décideurs publics et des chefs d’entreprise spécialisés en développement
urbain. Les débats ont notamment tourné autour de quatre grands thèmes au cœur des enjeux de la cité intelligente : la résilience des villes face aux risques et aux situations d’urgence, l’implication citoyenne liée à la libéralisation des données municipales (open data), la mobilité durable relative aux systèmes de transport intelligents et les défis de consommation énergétique urbaine.

 

ScreenHunter_168 May. 07 10.29Ce n’est donc pas un hasard si ce type de manifestation se situe au Canada, pays réputé pour sesagglomérations particulièrement en pointe en matière de smart city. Qu’on en juge ! Toronto a été nommée en juin 2014 « ville intelligente de l’année » par l’Intelligent Community Forum* pour « ses énormes investissements sur son secteur riverain, le Water Front, dans le développement d’un quartier de l’innovation destiné à attirer des entreprises high-tech  » selon, à l’époque, Lou Zacharilla, cofondateur de l’ICF. La municipalité y construit 12 000 locaux tertiaires et d’habitations, dont les logements et les entreprises seront connectés en haut débit. En 2007, Waterloo (Ontario) avait également été lauréate du concours de l’ICF, alors que Calgary (Alberta) s’était vue primée en 2002 ex aequo avec Séoul.

Economie de la connaissance 

Pour l’édition 2015, dont l’ICF proclamera la ville gagnante le 11 juin prochain à… Toronto, Surrey (banlieue de Vancouver, Colombie Britannique) a encore toutes ses chances pour rejoindre ses homologues canadiens dans le palmarès de l’ICF. La commune se trouve, en effet, dans la shortlist des sept dernières candidates sélectionnées. Et pour cause ! Elle construit une économie de la connaissance, basée sur l’innovation qui offre une large gamme d’opportunités locales. Son projet phare, « le boulevard de l’innovation », est un programme collaboratif où la ville, les universités et les entreprises bâtissent des clusters dans les technologies de la santé, les technologies propres et les process avancés de fabrication. Selon la version locale du Huffington Post, dix entreprises positionnées sur les technologies de la santé s’y
sont déjà installées. En attendant, Surrey offre une gamme de systèmes intelligents, qui va d’un centre de gestion centralisé de la circulation à une application mobile MySurrey, pour faciliter et améliorer la vie de ses habitants.

ScreenHunter_167 May. 07 10.22Les agglomérations canadiennes fourmillent ainsi de réalisations et de projets de toutes sortes. Réseaux électriques intelligents, open data, systèmes de transport intelligents, quartiers innovants et connectés, gestion électronique des déchets et des réseaux d’eau, pilotage des places de stationnement… « Il y a une réelle volonté politique dans la plupart des centres urbains canadiens. J’en veux pour preuve le bureau de la ville intelligente que le maire de Montréal, Denis Coderre, a souhaité mettre en place dès son élection. Québec s’inscrit dans le pilotage intelligent des flux d’informations et des réseaux de transport. Toronto, autour de son projet de revitalisation urbaine de son Water Front a délégué à IBM la mise en place d’une plate-forme cloud centralisant l’information produite par ce quartier de résidences et d’activités tertiaires. Même, de plus petites villes, comme les québécoises Laval et Sherbrooke, affichent de belles ambitions en matière de smart city. C’est tout le Canada qui se met en ordre de marche », confirme Raphaël Suire, enseignantchercheur de la Faculté des sciences économiques de l’université de Rennes 1. Et de citer encore Montréal qui crée son Quartier de l’Innovation, tandis que « Calgary, à l’autre bout du pays, mise sur les systèmes de transport intelligents pour une meilleure gestion du trafic », poursuit Bruce Cullen, directeur Infrastructures & Informations Services de la mairie de Calgary. Edmonton enfin, de son côté, a mis en place (avec IBM également) une gestion sécurisée de sa circulation…

Des systèmes urbains intelligents

Chaque ville y va de ses projets dans ce « fourretout technologique  », à la grande joie des entreprises de la IT qui trouvent à se positionner sur un large panel de programmes. C’est le cas de l’Américain Sierra Wireless, fournisseur de solutions hardware et software pour l’Internet des objets. L’entreprise se place en équipementier pour apporter ses boîtiers de télécommunications et ses services cloud dans des projets de systèmes urbains intelligents. « Nous intervenons avec les fabricants de luminaires dans le pilotage automatique à distance des parcs de luminaires de Québec, Montréal, Thunder Bay et London (Ontario) pour en réduire la consommation électrique et la maintenance », indique Rémy Marcotorchino, le directeur marketing. Sierra Wireless est également partenaire d’un fournisseur d’horodateurs de stationnement, auquel il apporte tout son savoir pour déployer des horodateurs connectés aux plates-formes de gestion des stationnements sur une partie de l’agglomération d’Ottawa. « Ces nouveaux équipements aideront à optimiser la gestion des places de stationnement, en facilitant la recherche d’une place disponible pour les usagers via une application mobile », souligne-t-il. Ailleurs, Sierra Wireless fournit à un grand nom de la gestion de l’eau, des solutions de contrôle et de mesure à distance du réseau municipal de canalisation pour en améliorer la maintenance. Dans plusieurs villes du Canada enfin, l’entreprise introduit également ses modules de télécommunications dans les compteurs électriques (qui deviennent intelligents) pour piloter de façon optimale la consommation des habitants. 

De son côté, la start-up canadienne Flybits, créée il y a seulement quatre ans, profite de l’open data de certaines municipalités pour offrir aux usagers des solutions mobiles contextuelles. « L’idée est de fournir aux citoyens des informations diverses sur la ville dans laquelle ils se trouvent, ceci en fonction du contexte. Autrement dit de la localisation de la personne et de son profil (âge, sexe, centres d’intérêt…), en agrégeant ses données personnelles à celles de la municipalité », explique Hossein Rahnama, son fondateur. Ainsi, grâce à Flybits, les citoyens ou les touristes visitant Ottawa peuvent trouver en
temps réel, par exemple, tous les établissements utiles de la ville (musées, complexes sportifs, restaurants, centres commerciaux, hôpitaux…) quel que soit l’endroit où ils se trouvent et selon leur profil personnel. « Ils ont même accès à ce qui se passe ponctuellement à Ottawa, tels les problèmes de transport, les chantiers en cours, les rues fermées… », ajoute le dirigeant.

A Toronto, les usagers du métro peuvent profiter de l’application Go  Mobile de Flybits pour optimiser leurs déplacements sur l’ensemble du réseau. « Notre application qui couvre 1 500 zones du réseau de Toronto est utilisée par 300 000 usagers par jour », se targue Hossein Rahnama. Aujourd’hui, Flybits développe une application originale, celle du premier réseau bancaire canadien qui servira à ses clients de porte d’accès à toutes les informations urbaines des villes canadiennes où se trouvent ses agences. Pas étonnant de voir les sociétés de capital investissement Bosch Venture et Vodafone Venture miser fortement sur le développement de la start-up… en devenant ses principaux actionnaires.

* Basé à New York, l’Intelligent Community Forum (ICF) est un organisme de recherche et de réflexion qui étudie le développement économique et social des communautés urbaines dans l’économie numérique et de la connaissance. Il décerne, chaque année, le prix de la ville la plus intelligente au niveau mondial.

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Cette entente a pour but de développer conjointement le marché nord-américain pour des technologies destinées aux villes intelligentes.

Un consortium franco-québécois

Début mars, de passage à Paris, Philippe Couillard, premier ministre québécois, a assisté à la création d’un consortium (photo) entre les Québécois Varitron Technologies (composants électroniques) et EMM Groupe (services liés aux transports terrestres), et le Français Sterela (conseil, gestion et ingénierie de projets technologiques), destiné à créer de nouvelles offres pour les villes dites intelligentes. Le consortium établira son siège social nordaméricain sur la rive sud de Montréal. Vingt emplois devraient être créés dans l’immédiat (100 à moyen terme). « Le potentiel de développement des technologies et produits pour les smart cities est énorme, au regard de certains projets comme celui d’offrir l’accès au réseau Wi-Fi au centre-ville de Montréal », a souligné Éric Martin, président d’EMM Groupe. « Sterela possède déjà de nombreuses solutions innovantes pour la ville intelligente. Par exemple, la station météo Pacome retenue par Météo France ou les systèmes Wim de pesage dynamique de véhicule en marche et leur exploitation via la plate-forme Webtrafic », a-t-il ajouté.

A lire également : 

Raphaël Suire (enseignant-chercheur) : « L’intelligence d’une ville repose sur celle de ses habitants »


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