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Luc Rémont (Schneider Electric) : « La porte du groupe est ouverte »

De la fabrication de matériel de distribution électrique et d’automatismes industriels, Schneider Electric se pose, comme « fournisseur de solutions de gestion de l’énergie ». A la tête du groupe en France, Luc Rémont revient sur l’évolution permanente d’un poids lourd mondialisé, présent sur de nombreux segments de marchés.

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Luc Rémont – PDG de Schneider Electric France © Schneider Electric

Alliancy, le mag. Vous présidez Schneider Electric France depuis l’été dernier. Votre profil, plutôt financier veut-il dire que la France au sein du groupe change de perspective ?

Luc Rémont. Je ne suis pas forcément plus un financier qu’autre chose ! La dominante de mon profil est que je me suis toujours occupé d’entreprises, notamment industrielles et sous plusieurs angles. D’abord, comme ingénieur à la DGA en étant plus proche de la production. Ensuite, en m’intéressant à la façon dont les entreprises assuraient leur développement sur le moyen/long terme en ministère et banque d’affaires. Mon arrivée chez Schneider Electric est une façon de « boucler la boucle », en entrant dans le domaine industriel de plain-pied, avec une très grande entreprise, de taille mondiale et pour qui la France, est à la fois le berceau de toutes ses technologies et la base de déploiement de tous ses métiers, avec des clientèles très complètes. Ce qui nous permet d’avoir en France, l’un – si ce n’est « le » – marché test pour les produits et les solutions du groupe.

ScreenHunter_147 Apr. 10 18.24Comment abordez-vous cette année ?

Même si c’est un peu tôt pour le dire, on ne voit pas de changement de direction majeur de la conjoncture économique par rapport à 2014.

D’où, alors, la croissance peut-elle venir ?

Nous sommes dans une ère dans laquelle nous ne pouvons compter que sur notre innovation et notre capacité à la faire partager avec nos clients, pour renouer avec la croissance en France et en Europe. Cette innovation passe par la capacité de faire démarrer des marchés tels que le bâtiment intelligent, la maison connectée, l’usine du futur et le réseau intelligent. Ce n’est pas exhaustif, mais ce sont les quatre piliers du développement de ce que peuvent être nos métiers. Et ils peuvent apporter de la croissance, même dans un marché mature avec faible croissance.

Comment ?

Les technologies numériques apportent des services, des facultés nouvelles à nos clients, comme, au-delà de gains financiers évidents, de la productivité opérationnelle et des économies d’énergie. Ce sont la plupart du temps des investissements qui s’amortissent sur le plan économique en très peu de temps. C’est surtout une façon d’apporter de la performance aux industries, aux infrastructures, aux logements… en France, à un moment où il y en a particulièrement besoin.

Tout ceci est très nouveau ?

Raisonnablement récent. Toutes ces technologies évoquées correspondent à un effort d’investissement très important réalisé par le groupe depuis une décennie, qui a trouvé sa réalisation dans des offres de produits et de solutions seulement ces quelques dernières années. C’est variable selon les domaines d’applications, mais pour les derniers, cela date des dix-huit derniers mois.

Est-ce le cas de votre Box Wiser par exemple ?

Typiquement. Il y a des domaines comme la maison connectée qui sont en pleine ébullition, aujourd’hui. Tous les acteurs qui se positionnent sur ce marché contribuent à la sensibilisation des particuliers et au potentiel que leur apportent ces solutions de contrôle actif de l’énergie…

Et comment s’acclimatent-ils ?

Nous sommes vraiment au démarrage. Ce qui est appelé à faire la différence dans le futur, c’est qu’il peut y avoir, dans ces approches, des réactions différentes des clients dans le temps, comme il peut y avoir des gadgets et des solutions plus sérieuses… Nous avons pris le parti d’aborder nos clients avec une offre éprouvée pour le contrôle de l’ensemble des systèmes énergétiques dans la maison. Reste à voir ce qui trouvera un marché durable et stable et ce qui fera l’objet de marchés relativement versatiles… qui seront liés à des phénomènes de mode voulus par les particuliers. C’est encore tôt pour le dire.

Où en sont vos quatre principaux marchés dans leur processus de numérisation ?

Nos quatre grands marchés [bâtiments, régies & infrastructures, industries et constructeurs de machines, centre de données et réseaux, Ndlr] évoluent à peu près de la même façon. C’est leur maturité qui est différente. Par exemple, dans la construction, nous sommes déjà dans une phase industrialisée du bâtiment intelligent qui concerne notamment le neuf (le tertiaire, mais aussi le logement collectif). L’enjeu désormais est d’arriver à ce que la rénovation du bâtiment fasse l’objet d’une même industrialisation, et donc de permettre à l’ensemble du bâti tertiaire d’améliorer sa qualité énergétique et de services à l’utilisateur. On peut gagner de 30 à 50 % sur la facture énergétique, avec un retour sur investissement rapide de deux à trois ans. Et l’on ne parle pas ici de gros investissements !

Et concernant l’usine du futur ?

Il y a des enjeux très forts de modernisation des usines en France. Cela fait l’objet de beaucoup d’initiatives, y compris de la part des pouvoirs publics. Mais, dans ce domaine également, on ne part pas de rien. Le parc industriel français est relativement numérisé. Donc, l’enjeu est plutôt de passer à l’étape suivante, qui consiste à déployer totalement, y compris dans les PMEPMI, les technologies numériques. C’est-à-dire en allant de la conception jusqu’à la relation-client, dans un environnement cohérent qui vise à optimiser la compétitivité de nos usines.

Tout ceci nécessite-t-il beaucoup d’explications ?

D’un côté, il y a le monde professionnel et, de l’autre, celui du particulier. Il est clair que le déploiement de toutes ces technologies chez les professionnels va plus vite, domaine où nous avons un renouvellement permanent de notre offre. Mais, dans ces deux univers, cela suppose un très gros effort de la part des industriels que nous sommes pour expliquer « simplement » le bénéfice de ces nouvelles technologies pour les utilisateurs.

Au-delà de vos dépenses en R&D, la stratégie de Schneider Electric repose également sur les acquisitions. En quoi est-ce indispensable ?

La croissance externe permet d’agglomérer à nos forces, des compétences ou des capacités de marchés complémentaires avec ce qu’était le groupe à l’origine. L’idée est de pouvoir proposer sur l’ensemble de nos segments de marché des systèmes complets qui font converger technologies de l’énergie et de l’information. Dans le contrôle industriel, ce fut le cas, en janvier 2014, avec la dernière phase du rachat du britannique Invensys, spécialiste des automatismes et logiciels de supervision et très présent dans le pétrole et le gaz. Un peu plus tôt, en 2010, Schneider Electric avait fait l’acquisition d’Areva Distribution pour devenir leader dans la moyenne tension. Une position renforcée avec les logiciels de Telvent en 2011…

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Luc Rémont (à gauche) président de Schneider Electric France, et Frédéric Granotier, président de Lucibel, PME française spécialisée dans l’éclairage LED, lors de l’annonce de la création d’une jointventure (SLMS) et le lancement de leur nouvelle offre commune, Store Operations, le 26 mars dernier. © Serge Cannasse

Vous venez également de nouer un partenariat avec Lucibel (solutions d’éclairage LED)…

C’est une bonne illustration de la façon dont nous travaillons. Il y a évidemment tout un ensemble d’offres sur lesquelles nous sommes dans notre cœur de métier, comme nos principaux concurrents. Mais, de plus en plus, dans les secteurs dans lesquels il s’agit d’avoir une offre connectée, flexible en termes d’applications, nous aurons la capacité de travailler avec des partenaires. La porte de Schneider Electric est ouverte.

Comment s’enclenchent de telles alliances ?

La plupart du temps, cela part d’une idée commune d’innovation, dans laquelle nous voyons un réel potentiel. Régulièrement, nous échangeons sur des idées de développement avec un réseau de start-up que nous entretenons. Mais, compte tenu de la diversité de nos produits et domaines d’innovation, nous n’avons pas souhaité concentrer ces relations dans un seul incubateur…

Vous présidez depuis peu le Gimelec. Quelles vont être vos premières actions ?

Très largement, tous les sujets que nous venons de balayer sont partagés par les entreprises qui se retrouvent au sein du Gimelec et appartiennent à cette filière électrique-électronique et des automatismes industriels. Toutes partagent le souhait de faire grandir ces métiers en France, en apportant une offre renouvelée, de nouvelles capacités à nos clients. C’est une réelle opportunité de croissance. Pour autant, le monde numérique par définition est évolutif et peut changer rapidement. Il peut y avoir l’arrivée de nouveaux acteurs ou un renouvellement plus rapide des offres. Cela fait partie des enjeux de la profession.

Sentez-vous une réelle accélération de la mise sur le marché des produits ?

Non, car nous ne sommes pas dans les métiers du téléphone portable, mais. dans des métiers d’infrastructures, de sécurité, de fiabilité des process… Ces métiers se voient apporter des compétences supplémentaires par le numérique. Il n’est pas envisageable de remplacer des éléments de sécurité électrique par des gadgets connectés. Notre industrie doit continuer d’apporter ses valeurs fondamentales à ses clients, tout en étant très innovante dans le domaine de la connectivité, mais en restant vigilante en permanence.

Qu’imposent ces changements en termes de compétences ?

C’est un enjeu fondamental pour nous, mais aussi pour l’évolution de notre filière industrielle. La transformation numérique suppose d’intégrer les capacités de gérer un certain nombre d’informations sur des systèmes plus complexes, de développer des logiciels adaptés à la gestion de réseaux, de capteurs, d’équipements électriques… Ce sont des outils que nous pouvons développer en interne assez vite en tant que constructeur, mais que nous devons également faire partager par l’écosystème. C’est pourquoi nous formons en dehors du groupe chaque année, en France, plus de 10 000 personnes à ces nouvelles technologies de l’équipement électrique connecté, notamment dans notre propre « école des métiers de l’Energie », située près de Grenoble (jusqu’à un BTS Domotique). Et nous collaborons très activement avec l’éducation nationale et les chambres de commerce et d’industrie sur ces sujets.

Le numérique crée donc de l’emploi ?

Il crée de l’offre, du service et de la valeur. Je n’ai aucun doute sur le fait qu’il crée de l’emploi.

Le Sénat a largement adopté début mars le projet de loi sur la transition énergétique. Mais la partie n’est pas encore jouée. Y a-t-il urgence à aller vite ?

Nous suivons très attentivement l’évolution du débat parlementaire. Il y a des propositions importantes dans ce projet de loi. Notamment, dans son principe, il fait une réelle place au consommateur d’énergie. C’est un véritable pas en avant ! Il souligne que parmi l’ensemble des technologies qui servent à atteindre des objectifs de performance énergétique, l’efficacité énergétique représente un potentiel très important dans notre pays. Il fait une place au « contrôle actif » de l’énergie par le consommateur et pour le consommateur. Ce qui compte tenu de notre propre expérience, représente un potentiel gigantesque, allant de 30 à 50 % de gains sur la facture.

Schneider Electric est considéré comme un groupe en pleine mutation face au numérique. Vous êtes d’accord ?

Même s’il nous reste encore du chemin à parcourir, le numérique est, aujourd’hui, transversal dans l’entreprise. Il atteint autant le développement des produits, le travail des collaborateurs que le développement de notre relation clientèle.

Vous êtes présent au niveau mondial, comment est-ce vécu selon les pays ?

Dans un certain nombre de pays, où Schneider Electric est présent la question du changement ne se pose pas, car tout est monté d’emblée dans le monde numérique. Mais ils ne seront pas nombreux. La France se convertit rapidement. L’un de nos enjeux est que cette conversion soit toujours rapide pour que cette valeur de « marché test » continue d’être entretenue. Au sein du groupe, il nous faut rester dynamique au sens large du terme. Cela fait partie de notre combat.


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