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Pierre-Henry Longeray (Merck Serono France) : « Les fruits du big data ne se recueillent pas seuls »

Interview de Pierre-Henry Longeray, président Merck Serono France

Fin 2014, Merck Serono, division pharmaceutique du groupe allemand Merck KGaA, annoncait le lancement d’offres combinées, alliant médicament, dispositif médical connecté et plateforme logicielle. Cette approche globale s’appuie sur des partenaires comme l’opérateur Verizon ou le fabricant Flextronics. Pierre-Henry Longeray, président de Merck Serono France revient pour Alliancy, le mag sur la place du numérique dans la stratégie de l’entreprise.

Pierre-Henry Longeray, président de Merck Serono

Pierre-Henry Longeray, président de Merck Serono

Quels sont les enjeux numériques de Merck Serono en 2015 ?

Notre approche du numérique s’organise autour de projets qui font avant tout sens pour les patients. Nous voulons répondre à des besoins bien définis, pas « faire du numérique pour du numérique ». Depuis 2 ans, nous pouvons compter sur une structure dédiée, la franchise « Medical Devices » au niveau mondial, qui mène la réflexion sur le sujet au côté de nos différentes aires thérapeutiques (oncologie, endocrinologie, fertilité…). Cette structure développe de manière transversale et autonome nos innovations en termes de devices médicaux, d’applications et de plateformes logicielles et web. Nos franchises se déclinent évidemment au niveau national, avec dans ce cas précis des correspondants français de Medical Devices, qui permettent notamment de prendre en compte la dimension légale et réglementaire qu’il nous faut adapter pays par pays. Dans tous les cas, nos principaux sujets sont l’amélioration de la médication, du suivi du patient et du lien avec les professionnels de la santé… trois éléments clefs dans le traitement de maladies graves.

A quel point s’être mis ainsi en ordre de bataille vous parait-il important ?

Nous évoluons dans un univers particulièrement concurrentiel. Nous devons sans cesse proposer de meilleures offres sur nos expertises traditionnelles mais également savoir nous différencier en allant plus loin. C’est d’autant plus important car notre responsabilité n’est pas seulement de proposer des médicaments efficaces : nous devons être acteur de tout ce qui relève du soin du patient. Pour ce faire, nous avons deux avantages. D’abord, le groupe Merck KGaA bénéficie d’un réel savoir-faire technologique au-delà de la seule sphère pharmaceutique (c’est un des principaux leaders mondiaux en chimie et dans la fabrication de cristaux liquides par le biais de sa division Performance Materials, ndr). D’autre part, nous proposons de la médication pour des pathologies très exigeantes et complexes (sclérose en plaque, diabète, affections thyroïdienne…) qui nous encouragent à développer toujours plus une vision combinée : médicaments, dispositifs médicaux et services associés. En effet, ces maladies altèrent la vie quotidienne des patients, une approche globale doit prendre en compte bien plus que le seul médicament.

Quelle est la maturité des professionnels de santé sur ce sujet ?

Comme toujours, elle varie selon les individus, leur âge, leur appétence au numérique dans son ensemble. De manière générale, nous avons vu ces dernières années que les médecins prenaient de plus en plus l’habitude de suivre leurs patients à l’aide de base de données ; ce qui ouvre des opportunités en termes d’amélioration de la relation avec les professionnels. Du côté des patients également, nous sommes soumis à la multiplication des usages numériques, issus de leurs habitudes personnelles en dehors du domaine de la santé : forte mobilité, ergonomie issue du web… En toute logique, en interne chez Merck Serono également, nous avons dû apprendre à changer pour mieux comprendre et accompagner les uns et les autres.

Sur quels usages et outils vous êtes-vous concentrés pour cette transformation interne ?

Nous avons investi de façon importante dans les outils collaboratifs et une recherche d’efficience des déplacements de nos collaborateurs. Nous utilisons désormais couramment la visio-conférence et Skype, mais nous avons également mis en place des facilitateurs pour échanger les données. Ainsi, nous avons déployé une plateforme dédiée aux groupes projets ou encore équipés nos forces de ventes d’iPad, avec l’objectif de faire disparaitre tous les documents papiers pour ces acteurs.

Est-il possible d’aller plus loin encore ? On parle beaucoup des possibilités offertes par le « Big Data » pour le secteur de la santé…

Le Big Data est une ouverture formidable dans un domaine où l’on a traditionnellement énormément de données à disposition mais on ne sait tout simplement pas toutes les exploiter. A elle seule, une pathologie chronique peut alimenter des bases de données monumentales. Améliorer l’analyse et l’usage de ces données nous permet d’affiner la stratégie thérapeutique. Mais ce qui est certain, c’est que les fruits du Big Data ne se recueillent pas seuls : nous avons besoin de travailler avec les professionnels de santé, mais également avec des experts techniques, en interne comme à l’externe. Nous formons et nous recrutons en ce sens, autant que nous mettons en place des partenariats avec des acteurs qui ne sont pas issus de l’univers pharmaceutique.

Concrètement, que peut vous permettre de faire cette amélioration en mode « Big Data » de la stratégie thérapeutique ?

En tant qu’entreprise, il s’agit principalement de clarifier notre positionnement et notre offre, à la fois vis-à-vis du patient et des professionnels de santé, nos clients. Notre objectif est de rendre évidente la valeur ajoutée de nos offres combinées médicales et numériques. En fournissant la preuve de ce que nous apportons aux médecins et aux patients, grâce à un traitement plus ambitieux des données à notre disposition, nous pouvons notamment mieux argumenter vis-à-vis des autorités de santé, qui sont un acteur incontournable de l’équation. Sur les logiques de remboursement, par exemple, il est impératif que nous puissions démontrer la valeur supplémentaire de tout ce que nous proposons années après années. En France, nos solutions combinées autour des hormones de croissance et de la lutte contre la sclérose en plaque sont proposées sans coût supplémentaire, mais le patient a toujours le choix de préférer des dispositifs non-connectés.

Est-ce que cette « innovation par la donnée » connait des limites ?

Il est évident que l’on ne peut pas tout faire. Merck Serono n’accède par exemple qu’aux données anonymisées des patients par ensemble, à des fins statistiques, et n’interfère jamais dans la relation avec le professionnel de santé. La criticité du traitement des données personnelles pose systématiquement question dans les approches Big Data, mais comme tous les acteurs de la santé nous avons l’avantage d’être déjà sensibilisés à tous les niveaux de l’entreprise. Nous avons l’habitude de travailler sur des données sensibles et les réflexes à avoir, les limites éthiques qui s’imposent, sont ancrés dans les façons de travailler de nos collaborateurs, dans les processus en place et le sens des recherches et des innovations que nous effectuons.

Intégrez-vous également des logiques d’open innovation dans vos pratiques ?

Merck Serono n’est pas une « Big Pharma » et nous comptons sur toutes les dynamiques d’innovation qu’il est possible d’imaginer pour nous améliorer et nous différencier. Nous mettons un point d’honneur à montrer que notre culture peut nous permettre d’aller très vite, d’avoir des cycles de décision courts et que nos méthodes de travail peuvent être agiles. C’est une obligation pour toute entreprise à l’ère numérique. Cela passe évidemment par une stratégie d’open innovation au niveau mondial tout comme à un niveau plus local : encore une fois, pour aller plus loin dans l’innovation, nous avons besoin des autres, quelle que soit leur taille.

Merck Serono

Issue de la fusion entre Merck Ethicals et Serono, c’est la division la plus importante du groupe allemand Merck KGaA, fondé en 1668 et spécialisé en chimie et pharmacie. En France, Merck Serono a son siège social à Lyon et des sites de production à Calais, Meyzieu (Rhône) et Semoy (Loiret).

Création : 2007
Chiffre d’affaires 2013 : 11,1 milliards d’euros
Effectif : 17 000 personnes

 

 

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