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Amor Bekrar – Impression 3D : le choc des marchés industriels

Amor Bekrar - Impression 3D : le choc des marchés industriels

Amor Bekrar, Président d’IFS France

Parmi les grandes innovations qui font l’objet de toutes les attentions lors des salons internationaux, l’impression 3D est probablement celle qui va bouleverser le plus profondément le monde industriel au sens large.

Alors qu’il existe déjà des modèles d’imprimante 3D accessibles à moins de 1000 euros, il n’est pas difficile d’anticiper l’explosion, à moyen terme, des modèles et la disponibilité de gammes de plus en plus larges, pour des usages des plus basiques jusqu’aux plus complexes.

Sans volonté d’exhaustivité, que peut-on entrevoir comme usages nouveaux et, surtout, comme conséquences sur le monde industriel ? De la transformation plus ou moins profonde de certains secteurs d’activité à la naissance de nouveaux marchés à part entière, l’impression 3D va créer des opportunités immenses. Mais également de nouveaux risques et enjeux à gérer.

L’imprimante 3D : pour le consommateur ou pour l’usine ?

Pour les deux, évidemment. Si l’on tente de porter notre regard à moyen terme, deux temps peuvent se dessiner. Au cours du premier – qui a déjà commencé –, les imprimantes 3D vont être de plus en plus largement utilisées par les industriels pour certaines opérations telles que : prototypage, fabrication de pièces uniques ou de petites séries, personnalisation et séries spéciales, etc. Les consommateurs, de leur côté, vont s’équiper et commencer à fabriquer eux-mêmes certains objets simples, composés d’une seule matière ou d’un nombre limité de matières.

Dans un second temps, l’impression 3D sera adaptée à la production de grandes séries, qu’il s’agisse de produits simples ou de produits complexes, exigeant des procédés de fabrication avancés et/ou l’emploi de matières et composants complexes. Les imprimantes 3D, de plus en plus sophistiquées, équiperont des usines de nouvelle génération qui pourront produire à grande échelle, plus facilement et plus rapidement. Les particuliers, quant à eux, s’attaqueront à la fabrication d’objets un peu plus complexes, à la personnalisation de certains biens de consommation ou encore à la fabrication automatisée de certains consommables.

Modification de l’échiquier industriel et naissance de nouveaux marchés

Quelles vont être les conséquences de tout cela sur le monde professionnel, qu’il s’agisse de l’industrie manufacturière ou du secteur tertiaire ?

L’un des premiers et principaux domaines concernés va sans aucun doute être celui de la logistique, qui va glisser progressivement, pour une partie de plus en plus importante de ses activités, vers deux marchés centraux : la logistique des matières premières et la logistique des composants et sous-ensembles. 

Le premier marché est aisé à comprendre, et la logistique des « cartouches » de matière première – en lieu et place des cartouches d’encre – devrait être immense, adressant aussi bien les besoins des industriels que ceux des consommateurs finaux. 

Le second marché trouve un excellent indice dans une annonce récente de Google : celle du projet de smartphone Ara. Ce futur smartphone sera entièrement personnalisable et renouvelable par le consommateur lui-même, depuis la coque externe jusqu’au processeur et en passant par le moindre composant. A la clé, une idée maîtresse : proposer une plateforme de smartphone low-cost, extrêmement évolutive et diversifiable. Plus besoin de racheter un smartphone neuf pour disposer de capacités plus élevées ou simplement d’un nouveau look ; il suffit de changer certains composants, selon que l’on souhaite faire évoluer son esthétique, ses fonctions, ou les deux.

Mais, derrière cette volonté louable de freiner le cycle de renouvellement des appareils, il y a autre chose. Cet exemple laisse en effet deviner ce que vont devenir, peu à peu, les consommateurs : des assembleurs. Des assembleurs capables de reconstituer des objets complexes (dans leur composition ou leurs fonctions). Ils fabriqueront eux-mêmes une partie des composants de ces objets – les plus simples – et voudront se faire livrer les autres – les plus complexes. Cette logistique des sous-ensembles et composants devrait, par conséquent, devenir centrale.

Pour les fabricants industriels, la généralisation des imprimantes 3D dans les procédés de fabrication va se traduire par de nombreux bouleversements. Cette généralisation devrait tout d’abord ouvrir l’ère de la véritable fabrication à la commande. Avec, pour corollaire, un bouleversement profond de la manière de gérer les stocks, qui devrait concerner de moins en moins de produits finis.

Parallèlement, la propagation des imprimantes 3D va créer de nouveaux marchés. L’un des principaux devrait être le marché des fichiers CAO à télécharger. Pour quiconque, c’est une chose de posséder une imprimante 3D, c’en est une autre de disposer des fichiers contenant les instructions nécessaires à la fabrication des objets voulus. Ainsi, pour les industriels, c’est un tout nouveau marché qui va naître ; celui de la commercialisation de leur propriété intellectuelle en tant que telle. Il est même possible d’imaginer la naissance de start-ups uniquement spécialisées dans la conception de fichiers pour imprimantes 3D. Un peu à l’image de ces start-ups qui font fortune grâce aux jeux pour tablettes et smartphones, il y a fort à parier que des start-ups connaitront la même fortune grâce au développement de programmes d’impression 3D qui deviendront des succès internationaux. Et, bien sûr, les Appstores ne manqueront pas de jouer un rôle central pour distribuer et commercialiser ces programmes.

Ce ne sont que quelques exemples.

Des opportunités immenses… mais aussi des risques nouveaux

Le monde de l’impression 3D n’est pas qu’un monde merveilleux et enthousiasmant. L’un des premiers risques que représente virtuellement la propagation des imprimantes 3D est la face sombre de l’opportunité que nous venons de décrire : la contrefaçon et la violation de la propriété intellectuelle. Tout comme les douanes, les services de répression des fraudes et les entreprises privées luttent quotidiennement contre le trafic d’objets contrefaits, il faudra demain contrôler le trafic des fichiers d’impression 3D contrefaits. Avec toute la difficulté inhérente au contrôle des échanges dématérialisés.

Un autre risque est celui lié à la qualité des produits. Les objets et les biens fabriqués par les industriels répondent naturellement à des règles et des normes strictes de qualité. Qu’en sera-t-il demain des objets fabriqués – ou assemblés – directement par les consommateurs, à la maison ? Il est déjà parfois difficile de contrôler des entreprises ; on peut imaginer le casse-tête que représenterait le contrôle des individus apprentis-industriels.

Enfin, la généralisation des imprimantes 3D peut virtuellement représenter une menace pour certains métiers. Si, demain, il est possible de fabriquer des pièces grâce à une imprimante 3D, cela va-t-il remettre en question l’existence, par exemple, des sous-traitants qui travaillent la matière (usinage, tournage, emboutissage, traitement de surface, etc.) ? Il n’est pas exclu de l’envisager, avec toutes les conséquences négatives que cela peut impliquer.

Il pourrait en être de même pour les entreprises fabriquant des objets simples et faciles à reproduire ou imiter : ces entreprises risquent fort de voir leurs carnets de commande chuter avec le développement de l’impression 3D. Va-t-on assister à un nivellement industriel par le haut, où ne subsisteraient que les entreprises innovantes et celles maîtrisant des procédés de fabrication particulièrement complexes ? L’impression 3D est-elle une innovation destructrice, au sens des grappes d’innovation de Schumpeter ?

Dans tous les cas, les imprimantes 3D vont bouleverser, pour ne pas dire révolutionner, le monde industriel et la manière de consommer. Procédés de fabrication, logistique, distribution, savoir-faire, propriété intellectuelle, … c’est toute la chaîne et ses différentes étapes qui vont être impactées. En termes d’anticipation et de gestion – de la production, des stocks, de la logistique, etc. –, c’est un chantier sans précédent qui attend les industriels et leurs partenaires. Et, à ce titre, il n’est sans doute pas exagéré de parler de nouvelle révolution industrielle.

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