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Alain Bugat – Technologies et croissance

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Alain Bugat, président de l’Académie des technologies*

Les liens entre technologies, innovation, croissance et emploi sont souvent perçus comme logiques et positifs par les politiques et les médias. Mais ils s’avèrent plus paradoxaux sous l’analyse en cours de l’Académie des technologies.

Beaucoup d’économistes, par exemple, sont circonspects et déclarent que l’on a jamais prouvé de relation positive entre l’introduction d’une technologie de rupture à grande échelle (électricité, ordinateurs…) et la  création d’emplois au niveau macroéconomique.

D’autres pensent que ces effets sont très différents selon la période de temps considérée, et que l’on peut mesurer, quelques dizaines d’années après la dissémination d’une technologie disruptive, ses effets positifs sur l’emploi global. Au niveau microéconomique pourtant,  les effets positifs sont évidents,  avec la création d’entreprises  ou d’activités liées aux nouvelles technologies. 

Les citoyens, quant à eux,  perçoivent globalement l’introduction continue des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans l’ensemble des fonctions de l’entreprise comme destructrice  d’un grand nombre de postes de travail. Cette perception  paraît justifiée, même si les TIC créent aussi des emplois dans les services associés – y compris dans un pays avec un fort taux de chômage – mais, sans doute, en moins grand nombre. A cet égard, considérer uniquement les emplois détruits dans des entreprises significatives  revient à donner une fausse image du fonctionnement réel du marché du travail.

Un rôle bénéfique

Les nouvelles technologies ont un rôle bénéfique d’entraînement de la croissance au niveau microéconomique, avec la création d’entreprises liées, en premier lieu aux technologies de l’information, mais pas uniquement : les technologies « dures » émergentes, comme celles du stockage de l’énergie, de l’hydrogène, de la biologie de synthèse, des alicaments, des petits réacteurs nucléaires modulaires, etc. ont également un effet de levier sur la croissance. 

Il convient toutefois de noter que ces effets positifs peuvent aussi être dus – de manière non durable – à des politiques d’attractivité spécifique ou à des effets d’écosystèmes économiques, comme le montre l’exemple de Taiwan avec la microélectronique, ou encore celui du nord-ouest des EtatsUnis avec l’Internet. 

Cependant, notre analyse est que, sans innovations organisationnelles, sociales et législatives, les marges de jeux pour les entreprises seront trop étroites pour que les innovations techniques permettent de créer les emplois nécessaires en France. Les innovations technologiques proposées sur le marché ne seront pérennes que si elles sont rentables :  à ce stade, tout dépend de leur adoption – ou pas – par l’ensemble de la société, mais aussi de l’évolution des processus organisationnels, administratifs et législatifs. Ainsi, l’introduction de la télémédecine est moins freinée par les technologies, souvent disponibles depuis longtemps, que par les changements organisationnels et  institutionnels qu’elle implique (définition des fonctions et responsabilités des intervenants,  codification et rémunération des actes…).

Reste qu’il y a – bien évidemment – une prime en termes de créations d’emplois à ceux qui sont les premiers sur le marché avec de nouvelles technologies. Ainsi, l’usine du futur sera créatrice d’emplois pour les pays (et pour eux seuls !) qui seront les  premiers à la mettre en place et pourront, grâce à l’exportation, relancer la part des activités industrielles dans leur PIB et générer une croissance effective de leur économie.

* Lieu de réflexions et de propositions d’actions face aux grands défis technologiques, l’Académie des technologies est un établissement public administratif national, placé sous la tutelle du ministre chargé de la recherche.


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