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Pascale Luciani-Boyer – « Les villes sont des écosystèmes du vivant »

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Pascale Luciani-Boyer élue @Nous Citoyens à Saint-Maurdes-Fossés (94) et membre du Conseil national du numérique (CNNum)*

Lancée dans la course à l’évolution, la ville dite « intelligente » nécessite désormais de faire entrer le politique et l’administration territoriale dans l’âge du numérique.

L’expression « mutation numérique » est trop souvent décrite de façon parcellaire, alors qu’il s’agit d’un tout. Une mutation est une modification du vivant, en réponse à une pression environnementale lui permettant de survivre en s’adaptant. Or, nos villes, comme nos territoires, sont des écosystèmes du vivant. Les femmes et les hommes qui les composent, comme les structures avec lesquelles ils interagissent (organisations publiques et privées, objets…) sont des éléments qui communiquent pour former un écosystème au sens « équilibre de vie ». Cependant, cet univers évolue suivant les contraintes qu’il subit. J’identifie trois contraintes majeures et concomitantes : la double rareté des ressources primordiales à notre système que sont l’argent et des éléments naturels (eau, air, énergie) et l’arrivée d’un facteur disruptif, le numérique. La ville « numérique » a glissé vers la ville dite « intelligente », par traduction trop rapide de l’anglais smart. En réalité, elle n’est pas intelligente en soi, elle est agile, réagit et opère les mutations sous les contraintes qui s’exercent sur elle pour trouver les moyens de sa résilience (de sa survie). Nous pourrions alors parler d’« intelligence du vivant », car celle-ci s’évertue, par de multiples touches, au hasard d’expérimentations, à sélectionner les plus adaptées pour gagner la course de l’évolution. Nos organismes, mi-humains, mi-urbains, mi-objets, font de même pour les mêmes raisons.

Une ville augmentée

En 1899, la première automobile à franchir les 100 km/h était électrique. Ce qui atteste bien que nos choix d’usage nous conduisent à des choix de société. Les technologies étaient bien disponibles, mais nous avons fait d’autres choix. Finalement, ce n’est pas la technologie qui change le monde, mais bien ce que nous choisirons d’en faire. L’arrivée du numérique a engendré une mutation dans les comportements relationnels, transactionnels, temporels et structurels en un temps record. Un phénomène, dont l’ampleur et la rapidité de propagation, n’a jamais été rencontré dans l’histoire de nos sociétés, ni de nos organisations. Au cours des vingt dernières années, après l’âge des NTIC (descendant du « 1 pour Tous »), puis celui des TIC (ascendant du « Tous pour 1 »), voici l’âge du numérique (transversal et partagé du « Tous pour Tous »). Une triple  phase évolutive dans laquelle les décideurs politiques n’ont pas évolué au même rythme que la grande majorité des citoyens, ce qui embolise le processus de mutation harmonieux.

Le numérique a autorisé ces nouveaux modèles d’interactions et la ville est devenue agile. Pourtant, la villScreenHunter_179 Jun. 02 16.43e « intelligente » ne peut se résumer aux capteurs. Elle n’est pas uniquement celle des smart grids, des télécapteurs, des télérelevés et des « télétout », elle est aussi celle qui concilie rationalité et pragmatisme, en réponse aux contraintes. La ville « intelligente  » devient une ville  « augmentée » par ses modes de communication tridimensionnels (3D) et par la puissance  des connexions proportionnelles à son nombre d’habitants et  les objets connectés qui la  composent… 

Le véritable enjeu est le décalage entre les systèmes dits intelligents déployés dans les villes à grand renfort d’algorithmes et d’euros avec l’objectif politique et sociétal qui ne peut être suffisamment anticipé par manque d’acculturation du sujet par les décideurs politiques. Cette fracture numérique des décideurs politiques pourrait nous conduire vers des modèles de ville où la rationalité aurait pris le pas sur l’humanité au risque de perdre son âme. 

* Auteure de « L’élu(e) face au numérique », 282 pages, éditions Berger Levrault


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