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Sobriété numérique : les entreprises doivent s’organiser
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Xavier Houot (Schneider Electric) : « Nous cherchons à maîtriser l’art de la frugalité »

Xavier Houot est Directeur Environnement de Schneider Electric. Il détaille comment le groupe industriel français, qui a tenu le 8 octobre son Innovation Summit World Tour, appréhende les notions de ressources et de frugalité, et de quelle façon elles s’appliquent à sa transformation numérique.

Alliancy. A quel point la « frugalité numérique » est-elle une expression qui parle à un groupe comme Schneider Electric ?

Xavier Houot le Directeur Environnement de Schneider Electric

Xavier Houot, Directeur Environnement de Schneider Electric

Xavier Houot. Le sujet est clairement sur la table depuis plusieurs années maintenant. De manière générale, je pense que l’on peut dire que nous cherchons à maîtriser l’art de la frugalité. Devant les enjeux climat, ressources, biodiversité, ce terme va devenir de plus en plus incontournable à tous les niveaux. Son importance s’exprime à la fois en termes de performance, de coûts financiers ou d’impacts sur l’environnement. Au-delà de la seule question du numérique, c’est une approche globale qui est requise.

Comment cela se traduit-il concrètement ?

Xavier Houot. Un bon exemple est la méthodologie que nous avons formalisée voilà quatre ans afin de mettre en regard les impacts de chacun de nos produits, en termes de ressources et de CO2 induit, d’une part, et les bénéfices CO2 apportés d’autre part. C’est une approche qui concerne autant un objet connecté, qu’une architecture énergétique complète d’un bâtiment et de ses composants, ou d’un datacenter. Une telle méthodologie d’évaluation des impacts d’un développement technologique vise à donner des informations claires pour pouvoir justifier, ou non, du bien-fondé de ladite technologie vis-à-vis des usages recherchés. C’est un parti-pris qui s’ajoute à tout ce qui peut être fait par ailleurs par le groupe en R&D pour réduire l’empreinte énergétique des produits, pour optimiser l’utilisation des ressources, etc. Il s’agit là de quantifier au maximum pour avoir la vision la plus précise qui permette de dire « cela en vaut vraiment la peine », et plus seulement pour un seul gain incrémental.

Ce passage d’une réflexion tournée uniquement sur l’efficacité à une autre qui intègre l’idée de sobriété des usages est-il généralisable à toutes les activités ?

Xavier Houot. Les nouveaux usages numériques regroupent des réalités très différentes. En la matière, notre activité est principalement « BtoB ». Nos objets connectés sont naturellement conçus avec des durées de vie très longues. De plus, ils sont essentiels à la bonne tenue de missions critiques dans les usines, les écoles, les datacenters ou dans les hôpitaux… Notre secteur est très loin des enjeux de perpétuel renouvellement, d’obsolescence rapide, voire de surconsommation, qui peuvent se poser dans d’autres univers. Autrement dit, le principe de sobriété nécessite de se poser la question avec finesse, pour bien identifier à quoi les ressources – parfois rares – sont vraiment consacrées et pourquoi.

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Pour autant, à quel point êtes-vous amené à arbitrer « contre » la transformation numérique, au nom de cette sobriété ?

Xavier Houot. Comme toujours, il ne s’agit pas de transformer pour transformer, sous prétexte que la technologie le permettrait. Prenons un exemple : le groupe opère sur plus de mille bâtiments dans le monde. Il est évident qu’il n’est pas question d’installer partout des capteurs pour couvrir tout type d’usages, à tous les étages, quels que soient les besoins.  Nous avons des enjeux très importants en termes de neutralité carbone pour les bâtiments. En la matière, nos procédés comme la technologie apportent des réponses, mais certaines technologies peuvent aussi devenir superflues dans certains contextes. Ce genre de prise en compte du gain global passe par une culture du « payback » et du « just enough » (retour sur investissement et « juste assez », ndlr)  qui doit se développer à tous les niveaux dans notre groupe, comme chez nos clients. C’est ce discernement dans la recherche d’efficacité, qui permet de bien voir que la technologie, malgré tous les avantages apportés, a aussi un coût, énergétique, financier, environnemental, de plus long terme, qui peut contrebalancer certains bénéfices de la transformation. J’ai récemment visité en Suède un nouveau datacenter « 100% carbon neutral », qui utilise beaucoup de nos technologies. Nous savons avec précision les ressources qui ont été utilisées, l’impact environnemental de l’extraction minière à la fin de vie… mais aussi la façon dont il a été conçu et optimisé. Cette capacité à avoir une vision globale est aujourd’hui un avantage concurrentiel dans notre métier.

Pour une entreprise, cela implique d’être capable d’avoir une connaissance très fine et une gestion des données très précises de son activité et de celle de son écosystème…

Xavier Houot. Ce n’est effectivement pas anodin, mais c’est extrêmement important. Schneider Electric a produit près de 2000 documents dits « Product Environment Profiles », qui permettent d’analyser complètement les impacts environnementaux de produits représentant 80% de notre chiffre d’affaires. Ces informations sont disponibles sur MySchneiderApp et nos plateformes digitales, et sur celui de PEP Ecopassport, afin de laisser voir l’ensemble de l’empreinte et l’impact global, sur toute la vie du produit. Il faut reconnaitre que des efforts considérables sont déployés pour constituer cette vision, à partir de centaines de milliers de composants dans les produits, des substances variées… C’est une démarche ambitieuse que l’on renforce depuis 2009 ! Les grands acteurs de notre secteur vont aujourd’hui dans ce sens, car c’est une demande de plus en plus formelle des clients. Et sans cette connaissance fine, nous ne saurons pas relever le défi de la neutralité carbone, d’économie circulaire, de protection de la biodiversité. En la matière, la digitalisation rend un service essentiel au développement durable, en facilitant la récolte, le traitement et l’accès à l’information. Il ne s’agit pas de dresser « frugalité » contre « numérique », mais de se dire que le numérique nous permet aussi enfin de vraiment mesurer nos impacts, de comprendre comment nous consommons les ressources et de nous adapter en conséquence.


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