Édito

2026 : année clé pour l’IA de défense française

L’écosystème français de la défense commence l’année 2026 sur les chapeaux de roues et sous le signe de l’innovation. Dans un contexte géopolitique qui pousse l’État, autant que les Armées elles-mêmes, à engager des transformations ambitieuses pour éviter de subir les conflits de demain, les actualités s’enchaînent.

Publié et mis à jour le 16 janv.

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Cette semaine, c’est la start-up Harmattan AI qui a fait la une, avec une impressionnante levée de fonds de série B, s’élevant à 200 millions de dollars. Pas mal pour ce spécialiste hexagonal de systèmes intégrés pour les drones, les plateformes de surveillance et le « command & control », créé au printemps 2024. Moins de deux ans pour devenir une licorne, valorisée à 1,4 milliard de dollars : c’est suffisamment rare pour être souligné. L’écosystème français de la défense commence l’année 2026 sur les chapeaux de roues et sous le signe de l’innovation. Dans un contexte géopolitique qui pousse l’État, autant que les Armées elles-mêmes, à engager des transformations ambitieuses pour éviter de subir les conflits de demain, les actualités s’enchaînent. Cette semaine, c’est ainsi la start-up Harmattan AI qui a fait la une, avec une impressionnante levée de fonds de série B, s’élevant à 200 millions de dollars. Pas mal pour ce spécialiste hexagonal de systèmes intégrés pour les drones, les plateformes de surveillance et le « command & control », créé au printemps 2024. Moins de deux ans pour devenir une licorne, valorisée à 1,4 milliard de dollars : c’est suffisamment rare pour être souligné.

Forcer le destin de l'innovation numérique

L’autre point notable, c’est que ce tour de table ait été mené par Dassault Aviation. Sujet régalien par excellence, la Défense se prête bien à des partenariats structurants pour les industriels, mais l’engagement d’un des fleurons de l’aéronautique française est de nature à créer un effet d’entraînement important sur le reste de l’écosystème. Une dynamique d’autant plus crédible que, début janvier, a également été annoncée la signature d’un accord-cadre tout aussi notable entre le champion Mistral et le ministère des Armées pour généraliser l’utilisation des outils du premier, le tout sur des infrastructures contrôlées par la France. En parallèle, la Suite numérique de l’État entend aussi muscler son volet défense pour renforcer l’autonomie stratégique. Il restera bien sûr à voir les effets exacts de ces annonces dans les mois à venir, mais ces signaux forts laissent entrevoir un écosystème qui semble prêt à forcer le destin grâce à l’innovation numérique, afin de garantir une souveraineté technologique sur des sujets où celle-ci est devenue encore moins négociable qu’auparavant. Il ne faudra pas s’arrêter là.

Consolidation des entités

Du côté étatique, ce début d’année 2026 s’inscrit d’ailleurs plutôt dans une logique d’accélération de choix structurants décidés ces dernières années et pour lesquels l’année passée devait ouvrir une nouvelle voie. Ainsi, 2025 a vu la création du Commissariat au numérique de défense, chargé de réunir et de mettre en cohérence une multitude d’initiatives qui avaient émergé ces dernières années. En effet, aux côtés de l’historique DIRISI (Direction interarmées des réseaux d’infrastructure et des systèmes d’information), la transformation numérique du ministère des Armées a été pilotée à partir de 2018 par la DGNUM (Direction générale du Numérique et des Systèmes d’information et de communication). En 2021, c’est une « Agence du numérique de défense » qui a été créée pour accélérer les projets les plus stratégiques. Et 2024 n’était pas en reste, avec la création de l’AMIAD, la nouvelle « Agence ministérielle de l’intelligence artificielle de défense ». Une démultiplication qui a sans doute aussi été le signe d’une certaine fébrilité.

Point de bascule pour l'IA

Comme pour toute (très) grande organisation, les enjeux culturels et organisationnels de la transformation numérique, l’adoption effective des nouveaux outils et usages, et les freins au changement, sont une réalité dans l’écosystème de la défense. De quoi faire dire à Sébastien Lecornu, alors ministre des Armées, que « depuis plus de 20 ans, les réformes du numérique au sein du ministère se sont sédimentées en couches successives » et qu’un « décalage de plus en plus grand s’est créé », amenant un besoin d’efficacité, de réactivité et d’agilité. Fin 2024, le futur Premier ministre insistait déjà sur l’importance de l’IA dans l’équation : « son utilisation quotidienne sur le champ de bataille marque un point de bascule que nous devons préparer pour que nos infrastructures numériques la supportent ». Dans ses voeux aux Armées, le 15 janvier, Emmanuel Macron a pour sa part souligné : "Quelque chose dans nos armées s'est remis en mouvement". Mais surtout, le président de la République a lancé un appel du pied pour mieux innover : "Dans beaucoup de domaines, il nous faut savoir bâtir une capacité à être à la frontière technologique, qu'il s'agisse de l'espace, du cyber, du quantique, de l'intelligence artificielle. Et là, nos armées sont exposées aux mêmes risques que nos industries dans le civil, c'est que notre continent européen, aujourd'hui, diverge par une régulation excessive et parfois une capacité à réguler avant d'innover. Ce que nous avons par trop fait sur l'intelligence artificielle, y compris ces dernières années, j'avais eu l'occasion d'alerter. Et donc, là aussi, soyons compétitifs et cohérents. C'est la capacité d'autonomie stratégique qui est posée et qui se joue maintenant et pour les prochaines générations".

Le début du chemin

Message entendu donc, également du côté du secteur privé. Dans le communiqué annonçant la levée de fonds avec Dassault Aviation, Mouad M’Ghari, cofondateur et PDG de Harmattan AI, estime ainsi que le partenariat « constitue une étape structurante pour le développement d’une nouvelle génération de systèmes de défense autonomes. La confiance de Dassault Aviation accélère notre mission : fournir une IA souveraine et évolutive aux forces alliées. En combinant une IA de pointe avec une expertise mondiale en aviation de combat, nous façonnons l’avenir du combat aérien collaboratif ». Face aux troubles apportés par le comportement de l’allié américain, la stratégie française de se mettre sérieusement en ordre de marche pour que le futur de l’IA de la défense nationale soit placé sous le signe de la maîtrise technologique semble le seul chemin de bon sens. Mais face aux investissements demandés et à la complexité de la chaîne de valeur du numérique, il reste à espérer que les belles opérations de Mistral et d’Harmattan inspirent de nombreux autres acteurs.