Guerre des IA

Elon Musk contre Sam Altman : ouverture du duel judiciaire autour d'OpenAI

Un tribunal fédéral californien accueille lundi la sélection du jury qui doit examiner l'affaire intentée par Elon Musk contre son rival Sam Altman. Il l'accuse d'avoir trahi la vocation non lucrative d'OpenAI qu'ils ont créé ensemble.

Publié et mis à jour le 27 avril 2026
4 min.
Elon Musk contre Sam Altman : ouverture du duel judiciaire autour d'OpenAI
Photo par PATRICK T. FALLON / AFP

Derrière ce duel entre l'homme le plus riche du monde et le puissant patron de ChatGPT, en lutte pour la suprématie de leurs laboratoires d'IA, le procès remet sur la table une question fondamentale : qui doit contrôler l'intelligence artificielle, et au profit de qui ? Preuve que l'enjeu dépasse leur querelle, des militants anti-Musk guère plus favorables à Sam Altman prévoient de manifester devant la cour à Oakland, de l'autre côté de la baie de San Francisco, sous le slogan "quel que soit le gagnant, c'est nous les perdants".

L'origine d'OpenAI

L'histoire remonte à 2015, quand Sam Altman convainc Elon Musk de cofonder OpenAI, promettant un laboratoire à but non lucratif dont "la technologie appartiendrait au monde". Musk y investit alors 38 millions de dollars. Dix ans plus tard, OpenAI est devenu un colosse commercial valorisé 852 milliards de dollars, préparant son entrée en bourse. Elon Musk, lui, a fini par monter son propre laboratoire, xAI, récemment absorbé dans son entreprise SpaceX valorisée 1.250 milliards de dollars, en lice pour devenir l'introduction en bourse la plus monumentale de l'histoire du capitalisme. De quoi attiser la rivalité entre les deux structures et les deux hommes.

En septembre 2017, alors qu'Elon Musk menace de couper les vivres s'il n'obtient pas, selon lui, la garantie qu'OpenAI restera une organisation à but non lucratif, Altman lui répond par courriel: "Je reste enthousiaste à l'égard de la structure à but non lucratif!" Mais quelques mois plus tard, la fondation OpenAI crée sa filiale commerciale. En 2019, Microsoft commence à y investir puis porte son engagement à 13 milliards de dollars (une participation désormais valorisée environ 135 milliards).

Rendez-vous au tribunal

Dans ce contexte, la juge Yvonne Gonzalez Rogers, qui a décidé que le verdict du jury ne serait que consultatif, doit trancher trois questions d'ici mai : OpenAI a-t-elle violé sa mission philanthropique originelle ? S'est-elle enrichie injustement au détriment de ses engagements ? Et ses liens avec Microsoft violent-ils le droit de la concurrence? Outre le retour d'OpenAI à son statut non lucratif, qui bloquerait l'entrée en bourse, Elon Musk demande à la justice d'évincer Sam Altman et Greg Brockman, cofondateur et président d'OpenAI, et de rompre les liens avec Microsoft, dont le patron Satya Nadella est attendu à la barre.

Elon Musk, qui réclamait jusqu'à 134 milliards de dollars de dommages, a finalement renoncé à tout bénéfice personnel, s'engageant à verser les éventuelles réparations à la fondation OpenAI. Mais la juge Yvonne Gonzalez Rogers, sceptique sur les demandes du multimilliardaire, s'est réservé de fixer elle-même les éventuelles réparations, sans l'avis du jury.

Tensions internes

La procédure a eu l'intérêt de révéler une masse de communications internes d'OpenAI, détaillant les tensions qui ont culminé avec l'éviction temporaire de Sam Altman en novembre 2023. Le camp Musk brandit d'ailleurs le journal intime de Greg Brockman comme preuve à charge. Alors que Sam Altman continuait d'affirmer publiquement le maintien du statut non lucratif, son cofondateur écrivait en novembre 2017: "Si dans trois mois on fait une société commerciale, alors ce serait un mensonge."

OpenAI rétorque qu'Elon Musk savait déjà qu'un tournant commercial était inévitable et que la rupture n'a été provoquée que par son exigence de contrôle absolu. Le laboratoire d'IA estime que toute cette affaire est une manoeuvre anticoncurrentielle favorable à xAI et a déposé des contre-plaintes.

Duel d'égo

"Cette affaire a toujours été motivée par l'ego, la jalousie et le désir de ralentir un concurrent", a répété l'entreprise en avril. Elle dénonce notamment la création discrète par Musk en mars 2023 de xAI, quelques jours avant que l'entrepreneur ne propose un moratoire de six mois sur le développement de l'IA qui aurait ralenti ses concurrents. Témoin clé d'Elon Musk, Shivon Zilis, également mère de quatre de ses enfants, sera auditionnée, rendant l'affaire encore un peu plus personnelle encore. OpenAI attaquera cependant la crédibilité de celle qui a siégé à son conseil d'administration de 2020 à 2023 tout en dissimulant sa relation avec Elon Musk: par SMS, elle lui demandait en 2018 si elle devait rester "proche et amicale" d'OpenAI "pour que les informations continuent de circuler". S'il a remporté une victoire symbolique en obtenant ce procès, le patron SpaceX l'aborde affaibli. Outre la limitation du jury à un rôle consultatif, la juge a aussi réduit le champ de ses griefs et rejeté plusieurs demandes qui auraient orienté les délibérations en sa faveur. L'affaire ne devrait donc pas s'éteindre rapidement.

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