Alain Garnier, président-fondateur Jamespot et auteur du blog « GarnierA »

Tous les mois Alain Garnier vient croquer l’actualité du numérique ainsi que du « Futur of work » avec malice et empathie. A travers ses billets d’humeur, écrits et oraux, il réagit sans filtre aux questions, déclarations et buzzwords qui parsèment la transformation de notre société, de notre économie et de nos entreprises.

Innovateur en série, Alain a seulement 26 ans quand il fonde Arisem.

10 ans après, en 2003, la société est revendue à Thalès, permettant à Alain de se lancer dans de nouvelles aventures entrepreneuriales. Il cofonde alors Evalimage en 2004, puis Jamespot en 2005. Il est depuis cette date président-fondateur de cette entreprise en pleine croissance (+30 % en 2019) et qui compte aujourd’hui une trentaine de collaborateurs et plus de 200 000 utilisateurs de sa solution.

Auteur reconnu de plusieurs ouvrages de référence sur la communication interne et le travail collaboratif, il anime en parallèle son propre blog « GarnierA » ainsi que les « Friday Lives » de Jamespot où il décrypte l’actualité du monde digital.

Très impliqué dans l’écosystème numérique français, Alain est également président de l’association EFEL Power, et membre du Syntec Numérique, de Cap Digital et du Cnum93.

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[Chronique] Facebook, la nausée et les mains sales

Le nouveau billet d’humeur d’Alain Garnier revient sur l’affaire des Facebook Files. Invoquant Jean-Paul Sartre sous forme de métaphore littéraire, il s’interroge sur l’influence négative que le géant américain a sur nos conceptions du progrès et de l’interconnexion humaine.

Facebook, la nausée et les mains salesFacebook est-elle la pire firme, en termes de morale et de nuisance, que la Silicon Valley ait jamais engendrée ? On est en droit de se le demander quand on découvre ce que sont les « Facebook Files », ces informations internes à l’entreprise, mis en lumière par le Wall Street Journal et divulguées par un lanceur d’alerte qui voulait certainement dormir tranquillement le soir et pouvoir continuer à se regarder dans une glace. Une personne qui a mérité en tout cas qu’on lui envoie tout un tas d’émojis positifs pour son action : 🙏👏🙌💪

Jugez plutôt.

Il apparait que, pour ne prendre que les éléments les plus choquants (j’ai décidé de ne pas vous épargner dans cette chronique) :

  1. Des « célébrités » sont « de facto » non concernées par des filtres contre la violence, la haine, l’antisémitisme, etc. Bref : vous êtes célèbre donc vous pouvez buzzer sur n’importe quoi. C’est cool non ?!
  2. La question de la traite des êtres humains est censurée de manière « légère », tout comme le trafic de drogue. Vous reprendrez bien une légère tranche d’illégalité ?
  3. Malgré la connaissance des dégâts faits par Instagram sur les adolescentes, la firme n’a rien fait et même a caché les faits… Mark Z. envoie un gros 💙 aux mamans qui se démènent pour aider leur fille anorexique.

Quand la fin justifie les moyens

C’est la nausée…

D’une firme qui considère aujourd’hui que la fin justifie les moyens. Pour quelle finalité ? Grossir les profits et la puissance d’un acteur qui dégage 11 milliards de dollars de bénéfices sur un revenu de 28 milliards de dollars… rien que sur le 4ème trimestre 2020. Et cela ne fait qu’augmenter.

…Et les mains sales.

Du fait de gagner cet argent sur le dos de la traite des personnes : prostitution, personnel de « maison » esclavagisés dans certains pays, et la dégradation manifeste de la santé mentale d’une partie de la jeunesse. 

La nausée encore quand les propos antisémites sont « protégés » au nom d’une vérification ralentie au nom de la propagation des idées des influenceurs protégés par Facebook. 

Bien sûr, on sait pertinemment que cette « lenteur » n’est dû en rien à la volonté de Facebook de faire perdurer la liberté d’expression mais bien celle de renforcer son emprunte publicitaire sur le paysage du net. Sinon, comment expliquer le fait d’appliquer avec un zèle immédiat une censure sur le tableau « L’origine du monde » ? Tableau que je vous invite d’ailleurs à aller voir en vrai au musée d’Orsay. La réponse est inscrite dans les Facebook Files : Un tableau au musée fait moins gagner d’argent à Facebook que de laisser se propager la traite des personnes dans certains pays. Culture d’un côté contre amour du dollars façon mafia de l’autre. Le choix de Facebook est clair depuis longtemps.

De scandale en scandale

Et c’est dommage car le principe même du réseau social qui connecte l’humanité est en soi une formidable option de progrès. Encore faut-il que l’opérateur de ce progrès ne soit pas animé par un esprit « mafieux » où les interdits sont les moyens les plus rapides de s’enrichir… qu’importe leur aspect légal et les dégâts qui en découlent.

Pour poursuivre dans la métaphore littéraire des œuvres de Jean-Paul Sartre (pour celles et ceux qui auront reconnu les références citées précédemment 😉) – j’en profite pour préciser que je ne suis pas fan de Sartre, mais que je lui reconnais un talent certain dans le choix de ses titres – Il y a aussi « les mouches », au moment où Facebook fait face à un procès gigantesque face à ses actionnaires, sur ces sujets mais surtout sur le scandale précédent, celui de Cambridge Analytica. Dans cette affaire, Facebook avait vendu des données personnelles pour des motifs électoraux mais surtout à des pays non alignés avec les Etats-Unis pour perturber les élections présidentielles,  ce qui avait valu à Mark Zuckerberg d’être convoqué par le Sénat américain. Et pas en « Huis clos » (#JeanPaul) mais bien en pleine lumière pour une retransmission mondiale de ces contritions.

À l’aune de ces déclarations de l’époque et de la sortie des Facebook Files, on ne peut que voir la duplicité du patron de Facebook qui vit « au-dessus des lois », « au-dessus de la morale ».

Qui arrêtera ce désastre pour l’humanité ?  Car il salit par ses actes la notion même de progrès par le numérique et la volonté universelle des hommes de se connecter et vivre ensemble.   


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