La France, championne mondiale de la donnée publique
En prenant la tête du classement OURdata de l’OCDE et en conservant son leadership européen, la France confirme en 2025 sa place de référence mondiale de l’open data. Au-delà du symbole, c’est la maturité d’une vraie politique publique de la donnée qui se dessine.
Publié le 17 févr. Lecture 5 min.
Pour une fois, ce n’est pas un énième classement flatteur ou anecdotique. En 2025, la France s’installe tout en haut de l’indice OURdata de l’OCDE et conserve, pour la cinquième année consécutive, son rang de leader européen dans l’Open Data Maturity Index de la Commission européenne. Un doublé qui dit quelque chose de plus profond qu’une simple performance statistique : la donnée ouverte est devenue un véritable outil de politique publique. Avec un score de 0,96 sur 1 à l’indice OURdata, la France devance notamment la Corée du Sud, pourtant référence historique en matière de numérique public. L’OCDE ne se contente pas de mesurer des intentions ou des discours : son indice évalue très concrètement les cadres stratégiques et opérationnels mis en place par les administrations pour rendre les données ouvertes, utiles et réutilisables. Et, sur ce terrain, Paris coche presque toutes les cases. Trois piliers structurent l’évaluation. D’abord, la disponibilité des données, avec un score de 0.90, qui reflète l’existence de cadres formels solides et la publication de jeux de données à forte valeur ajoutée. Ensuite, l’accessibilité, notée 0.98, qui consacre une certaine maturité technique : API, formats ouverts, standards, bref, une donnée pensée pour circuler et être exploitée. Enfin, le soutien à la réutilisation, où la France obtient un score parfait de 1.00, signe que l’effort ne porte plus seulement sur la publication, mais bien sur l’usage effectif de la donnée. Autrement dit, on ne parle plus seulement d’open data “par principe”, mais d’un écosystème qui cherche à créer de la valeur, y compris au sein même de l’administration.
Un leadership européen qui s’installe dans la durée
Sur le front européen, la performance est tout aussi nette. Fin décembre 2025, la Commission européenne a publié les résultats de son Open Data Maturity Index, et la France y conserve sa première place pour la cinquième année consécutive, avec un score de 100 % sur l’ensemble des dimensions évaluées : politiques publiques, portail national et usages, qualité des données et des métadonnées, impact socio-économique et environnemental. Derrière ce 100 % un peu impressionnant se cache un travail de fond, souvent peu visible du grand public, mais bien connu des producteurs et des “réutilisateurs” de données. Ces dernières années, l’écosystème français s’est enrichi de plusieurs outils structurants : un forum public de demandes de données pour organiser le dialogue entre administrations, citoyens et entreprises ; des scores de qualité des métadonnées pour tirer vers le haut les pratiques ; ou encore des schémas de données nationaux, via schema.data.gouv.fr, qui servent de boussole commune aux producteurs. Ce sont des briques très concrètes, parfois techniques, mais essentielles pour passer d’une logique de publication “en vrac” à une véritable politique industrielle de la donnée publique.
La DINUM, chef d’orchestre discret mais central
Ces résultats sont aussi le fruit d’un pilotage interministériel assumé par la Direction interministérielle du numérique (DINUM), en lien avec les ministères, les administrations, les collectivités, les opérateurs et tout un tissu d’acteurs publics et parapublics. L’enjeu dépasse largement la communication : il s’agit de faire de l’open data un levier d’efficacité, de transparence et, de plus en plus, de souveraineté. La DINUM opère notamment data.gouv.fr, devenu au fil des années l’un des portails de données publiques les plus complets et les plus fréquentés d’Europe. Un outil qui ne sert plus seulement de vitrine, mais de véritable infrastructure pour l’action publique, la recherche, l’innovation et les services numériques.
De la performance symbolique à l’impact réel
Reste une question, forcément : à quoi sert d’être premier ? Dans un contexte où la donnée est devenue un actif stratégique, que ce soit pour l’IA, la transformation des services publics, la transparence démocratique ou encore la compétitivité économique, ce type de classement ne vaut que s’il se traduit par des usages concrets. De ce point de vue, le virage opéré par l’administration française est intéressant. Le discours n’est plus centré uniquement sur l’ouverture, mais sur l’impact : comment la donnée améliore les politiques publiques, comment elle alimente l’innovation, comment elle renforce la capacité de l’État à piloter et à évaluer son action. Le score parfait sur le “soutien à la réutilisation” dans l’indice OURdata n’est pas anodin. Il dit que la bataille se joue désormais moins sur la quantité de jeux de données publiés que sur la capacité à en faire un véritable carburant pour l’action publique et l’écosystème numérique.
Un avantage stratégique à consolider
Dans un moment où l’Europe cherche à affirmer sa souveraineté numérique et où les débats sur la gouvernance des données, l’IA et les infrastructures critiques se multiplient, cette avance française en matière d’open data ressemble à un atout stratégique. À condition, bien sûr, de ne pas en rester à l’autosatisfaction. Être premier, c’est aussi accepter que la barre soit désormais plus haute. Et que l’enjeu des prochaines années ne sera plus seulement d’ouvrir, mais d’industrialiser les usages, de fiabiliser encore la qualité et de faire de la donnée un réflexe de gestion publique autant qu’un levier d’innovation économique.
Ce classement n’est pas une simple médaille. C’est surtout un signal : la donnée publique est en train de passer du statut de “bonne pratique numérique” à celui d’infrastructure stratégique de l’État. Et ça, pour les DSI comme pour les décideurs publics, ce n’est pas un détail.

