IA Souveraine 

L’État lance un annuaire sans financement pour séduire les PME 

L’État lance un appel à manifestation d’intérêt pour recenser des solutions d’IA souveraines destinées aux PME et ETI, dans le cadre de France 2030. Objectif : accélérer l’adoption d’ici 2030, sans soutien financier direct aux acteurs retenus. 

Publié hier à 8h59 | Mis à jour à 3h19

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L’État veut accélérer l’IA dans les PME, mais sans ouvrir le robinet. La Direction générale des entreprises et le SGPI ouvrent un appel à manifestation d’intérêt pour identifier des fournisseurs d’IA capables d’adresser les PME et ETI. L’initiative vise à constituer un catalogue public d’acteurs jugés pertinents et souverains, mobilisable par Bpifrance et les réseaux d’accompagnement. En creux, l’État reconnaît une difficulté persistante d’accès à l’offre pour les entreprises peu matures numériquement. Mais l’outil reste limité. Aucun financement n’est prévu pour les entreprises référencées, ce qui interroge sur la capacité réelle à structurer un marché encore fragmenté. Le dispositif s’apparente davantage à un outil de mise en visibilité qu’à un accélérateur industriel. 

Une ambition de diffusion confrontée au terrain 

Reste que cette initiative s’inscrit dans une ambition plus large, encore loin d’être atteinte. L’objectif de 80 % d’adoption de l’IA d’ici 2030, porté par le plan Osez l’IA, demeure incertain. Sur le terrain, les obstacles s’accumulent. Les PME manquent de compétences internes. Les gains restent difficiles à évaluer. L’intégration technique freine les projets. Le référentiel cible des solutions déjà éprouvées, adaptées aux contraintes opérationnelles. Une approche pragmatique, mais qui laisse de côté les innovations encore immatures. L’exigence d’un ancrage européen répond aux enjeux de souveraineté. Elle ne règle pas la dépendance aux infrastructures et modèles étrangers. Le sujet dépasse donc la simple identification de l’offre. Il touche à la capacité réelle des entreprises à s’en saisir. 

Un écosystème déjà saturé d’initiatives 

Dans ce paysage déjà dense, l’ajout d’un nouveau dispositif interroge sa lisibilité. Bpifrance, France Num, EDIH ou encore les ambassadeurs de l’IA structurent déjà l’accompagnement. Un référentiel supplémentaire risque d’ajouter de la complexité. Sans articulation claire avec les dispositifs existants, le risque de dispersion demeure. D’autant que les critères de sélection privilégient des solutions proches de l’état de l’art, ce qui peut renforcer une logique d’entre-soi technologique. L’enjeu pour l’État sera de transformer cet inventaire en véritable outil d’activation, capable de déclencher des projets concrets et mesurables. À défaut, l’initiative pourrait rejoindre la longue liste des catalogues peu consultés. Sans financement ni simplification du parcours d’adoption, la promesse d’une IA diffusée massivement dans les PME reste suspendue à un obstacle bien connu : l’exécution.