Il n’aura pas fallu attendre longtemps en 2026 pour que les chocs géopolitiques se réinvitent au premier plan des réflexions stratégiques de l’Europe du numérique. L’opération militaire des États-Unis contre le Venezuela et l’enlèvement de son président-dictateur, Nicolás Maduro, le 2 janvier dernier, peuvent à première vue sembler éloignées des réalités quotidiennes des organisations et de leurs directions numériques. Pourtant, cette réactivation sans équivoque des logiques de la doctrine Monroe dans le comportement et les choix de l’administration américaine renvoie, au même titre que les messages inquiétants envoyés à propos du Groenland, à une grille de lecture de plus en plus claire : le « quid pro quo » et les règles (tacites ou explicites) qui encadraient les relations entre les alliés de part et d’autre de l’Atlantique ne pèsent plus vraiment lourd dans la balance. Et l’épée de Damoclès de la domination technologique américaine n’en devient que plus inquiétante. La pression de Donald Trump sur ses « alliés » est en effet de plus en plus débridée quand il attaque ouvertement les réglementations européennes sur le numérique, allant jusqu’à cibler personnellement une personnalité comme Thierry Breton, en tant que « père » du Digital Services Act, qui agace tant les grandes plateformes américaines. L’Union européenne, presque sans voix, se retrouve apparemment surprise d’être pour la première fois du mauvais côté du bâton de cette doctrine Monroe réinterprétée façon MAGA, dont elle se croyait protégée.
Doctrine Monroe a sens unique
Quand elle fut énoncée, en 1823, la doctrine Monroe originelle (du nom du cinquième président des États-Unis, James Monroe) reposait sur une considération simple : l’Europe ne devait pas se mêler des affaires des « Amériques », malgré ses habitudes colonisatrices, et, en retour, les États-Unis n’interviendraient pas dans celles des pays européens. Deux cents ans plus tard, la politique étrangère américaine n’a plus qu’une seule face, et les Européens apprennent à composer avec un interventionnisme direct de leur allié, qui dépasse de plus en plus le cadre « protecteur » mis en place après la Seconde Guerre mondiale.
« Une attaque contre les plateformes technologiques américaines »
Cet état de fait touche tous les aspects de la vie politique et économique, et il est très visible d’un point de vue diplomatique. Mais il est particulièrement révélateur de constater le changement de braquet de ces pratiques lorsqu’il est question du numérique. Ainsi, au printemps et à l’été 2025, alors que se mettait en place sa nouvelle « stratégie des droits de douane », Donald Trump avait prévenu qu’il envisageait des mesures de rétorsion face aux législations jugées gênantes pour les champions de la tech américaine à l’étranger. Le discours s’est depuis durci. Pourtant, l’interdiction, en fin d’année, faite à l’ancien commissaire européen Thierry Breton et à quatre autres personnalités issues d’ONG européennes spécialisées dans la lutte contre la désinformation et les messages de haine sur internet, de pénétrer sur le territoire des États-Unis, a pris de court les autorités européennes. Une claque affirmée, alors que le secrétaire d’État américain Marco Rubio n’a pas hésité à expliquer que cette décision était une réponse à une « attaque contre toutes les plateformes technologiques américaines et le peuple américain par des gouvernements étrangers ». Un niveau de discours ne laissant guère de place à un échange raisonné entre partenaires.
Avec des alliés comme ceux-ci…
En face, les communications s’indignant officiellement de la sanction ont été nombreuses… et c’est tout. Car l’Europe n’ose pas provoquer l’escalade, alors que la situation en Ukraine reste critique. Alors que l’exécutif américain avait déjà, en 2025, sanctionné des juges de la Cour pénale internationale, dont un Français, les excluant de fait de tous les services et produits numériques américains, y compris les réseaux de paiement Visa et Mastercard, et rendant leur vie infernale, la montée en puissance de l’administration Trump ne devrait pourtant pas surprendre. Et on ne peut que s’attendre prochainement à ce que de nouveaux paliers soient franchis. La publication de la nouvelle stratégie nationale de sécurité des Etats-Unis (PDF) ne laisse d’ailleurs plus trop de doute. L’impuissance européenne se fait donc sentir, malgré les déclarations politiques sur l’importance de préserver la « souveraineté » numérique du Vieux Continent. Les réglementations exigeantes étaient peut-être l’un des derniers bastions de cette souveraineté, malgré leurs nombreux défauts. En 2026, elles ne seront désormais plus seulement critiquées par la puissance hégémonique américaine, mais soigneusement mises en péril par des coups de boutoir calculés. Comme le résumait le média spécialiste de l’UE, Euractiv : « Les États-Unis étaient jusqu’à présent l’allié que l’Europe ne voulait pas perdre, ils se transforment en celui qu’elle craint. »
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