Incyber 2026

Pour l’Anssi, la souveraineté numérique passe d’abord par la sécurisation des systèmes 

À la veille du Forum InCyber, le patron de l’Anssi alerte : sans renforcement massif de la cybersécurité, la maîtrise des dépendances numériques et la souveraineté resteront hors de portée.

Publié le 2 avr. | Mis à jour le 9 avr.

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AFP

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À la veille de l’ouverture du Forum InCyber à Lille, Vincent Strubel, directeur général de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi), estime dans un entretien à l’AFP que la maîtrise des dépendances numériques ne peut se faire sans un renforcement massif de la cybersécurité. « On a un défaut collectif de maîtrise de notre numérique », affirme-t-il, à la veille de l’ouverture du Forum InCyber, qui réunit à Lille des professionnels du secteur de la cybersécurité. Pour cette nouvelle édition, le salon a choisi pour thème les dépendances numériques, alors que la question de la prépondérance des technologies américaines s’est accrue depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Tandis que le marché du cloud, où sont stockées et gérées de nombreuses données d’entreprises, est largement dominé par des géants américains, ces mêmes groupes font désormais la course auprès d’entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle (IA). 

La souveraineté ne se limite pas à l’origine des technologies 

Mais d’après Vincent Strubel, la recherche de solutions et produits technologiques français ou européens ne doit pas éclipser d’autres enjeux. « Cette question des dépendances numériques, elle est centrale et elle ne se limite pas qu’à des enjeux de souveraineté ou d’origine des développements logiciels, même s’ils sont importants », explique-t-il, en insistant sur la « maîtrise » de l’informatique au sens large. « Il y a une tendance à faire des raccourcis, à se dire qu’il faut forcément des solutions françaises pour répondre à tous les besoins. Ce n’est pas réaliste, ce n’est pas nécessaire, ce n’est pas souhaitable », assure-t-il, invitant à distinguer les usages et les technologies les plus critiques. Face à un niveau de la menace informatique élevé, selon le constat de l’Anssi qui a publié plus tôt en mars son rapport annuel, son directeur général appelle aussi à « un vrai mouvement de sécurisation à grande échelle », incluant l’ensemble du tissu économique. « La cybersécurité, c’est une condition de la souveraineté. Si on est victime de toute cyberattaque possible, on n’est pas souverain », insiste-t-il, alors que le nombre de vulnérabilités détectées sur des services ou des logiciels augmente d’année en année. 

« Personne n’est à l’abri » des fuites de données 

Face à une évolution des cyberattaques et de leur médiatisation, Vincent Strubel met aussi en garde contre « une forme de contrôle du narratif par les attaquants », notamment dans le cas des fuites de données. Les revendications de vol de ces fichiers, qui vont souvent de pair avec leur mise en vente, se sont multipliées depuis plusieurs années, donnant ces derniers mois « l’impression d’une explosion qui n’est pas totalement avérée dans les faits », indique-t-il. « Il y a beaucoup plus de fuites de données que les années précédentes, mais on voyait cette accélération déjà en 2024. » À l’occasion de la publication du panorama de la cybermenace, M. Strubel avait déjà indiqué plus tôt en mars que plus de la moitié des alertes reçues en 2025 pour de supposées fuites de données s’étaient révélées fausses. De nombreuses attaques marquantes étaient cependant avérées, notamment en fin d’année, quand le ministère de l’Intérieur avait indiqué avoir été victime d’une attaque informatique permettant à un ou plusieurs hackers de consulter des données sensibles, issues des fichiers de police. « Au-delà des conséquences qui sont évidemment inacceptables (...), ce qui m’inquiète aussi c’est que cela rappelle notre vulnérabilité de manière générale. Personne n’est à l’abri des fuites de données malheureusement », martèle-t-il.