Quantum Act européen : à Paris, l’industrie française du quantique monte au front
À l’initiative d’Alice & Bob et du QuIC, industriels français du quantique et décideurs européens ont échangé pour influencer le futur Quantum Act, attendu mi-2026, et défendre une industrialisation souveraine du quantique en Europe.
Publié le 20 janv. | Mis à jour le 23 janv. Lecture 3 min.
Alors que le Quantum Act doit être présenté par la Commission européenne d’ici le deuxième trimestre 2026, l’écosystème quantique français a voulu clarifier les enjeux. Ce futur texte vise un objectif explicite : faire de l’Europe un leader mondial du quantique à l’horizon 2030, en passant de l’excellence scientifique à la puissance industrielle. À Paris, lors d’une table ronde organisée par Alice & Bob et le European Quantum Industry Consortium (QuIC), industriels, scale-ups et investisseurs ont rappelé que ce cadre législatif pèsera directement sur la capacité des acteurs européens à se développer face aux États-Unis et à la Chine. “Il s’agit de rendre l’Europe compétitive, résiliente et souveraine”, résume Thomas Strohm, président du European Quantum Industry Consortium (QuIC).
Cinq axes pour structurer une filière industrielle
Au cœur du Quantum Act, cinq piliers structurants. D’abord, la recherche et l’innovation, pour consolider l’avance scientifique européenne. Ensuite, les infrastructures quantiques, indispensables pour passer à l’échelle industrielle. Troisième axe : le renforcement de l’écosystème, incluant financement, partenariats et soutien aux scale-ups. S’y ajoutent les technologies spatiales et à double usage, cruciales pour la défense et la sécurité, ainsi que le développement des compétences quantiques, dans un contexte de pénurie de talents. “L’industrie sera le levier central pour atteindre ces objectifs”, insiste Thomas Strohm.
Industrialiser : le vrai point de tension
Mais derrière la feuille de route, la rencontre parisienne a mis en lumière un point de friction majeur : l’exécution. “L’Europe a les talents et la technologie, mais elle doit mieux coordonner ses efforts”, alerte Théau Peronnin, CEO et cofondateur d’Alice & Bob. L’entreprise, engagée dans la construction d’un laboratoire de pointe et le développement de qubits “cat”, illustre cette phase critique où les besoins explosent : capitaux, recrutements, accès aux marchés. Sans mécanismes concrets, le passage du laboratoire à l’usine reste un goulet d’étranglement.
Souveraineté et commande publique en ligne de mire
La souveraineté technologique s’est imposée comme fil rouge des échanges. “L’opportunité est massive, mais elle exige une volonté de gagner”, tranche Constantijn van Oranje, membre du High-Level Advisory Board du Quantum Act. Il plaide pour des instruments de commande publique plus agiles et un renforcement significatif des fonds propres. Un message partagé par les représentants d’Airbus, OVHcloud, Pasqal, Quandela ou Eviden, tous confrontés à la montée en puissance de concurrents extra-européens largement soutenus par leurs États. La filière française entend bien influencer le Quantum Act avant sa finalisation. “Il faut maintenant supercharger les ressources existantes à l’échelle européenne”, martèle Théau Peronnin. Pour l’écosystème, le risque est connu : sans décisions rapides, l’avance scientifique européenne pourrait se dissoudre faute de relais industriels.

