Innovation

Recherche européenne : Paris-Saclay monte au front pour le budget FP10

Vingt-cinq acteurs académiques et industriels lancent l’Appel de Paris-Saclay pour influencer les arbitrages du programme européen FP10 (2028-2034), doté de 175 Md€. 

Publié le 2 mars

Lecture 3 min.

Freepik

La bataille du prochain budget européen de la recherche est lancée. Le 19 février 2026, en clôture du Paris-Saclay Summit, 25 acteurs académiques et industriels ont dévoilé l’Appel de Paris-Saclay. Leur cible est explicite. Peser sur les négociations du futur programme-cadre FP10, doté de 175 milliards d’euros pour 2028-2034. Il succédera à Horizon Europe, l’actuel cadre financier 2021-2027 qui structure et finance la majorité des projets collaboratifs de R&D sur le vieux continent. Les discussions s’ouvrent au printemps, avant l’évaluation d’Horizon Europe à l’automne. Dans un contexte de rivalité technologique avec les États-Unis et la Chine, les signataires entendent replacer la science au cœur de la souveraineté européenne et influer sur l’architecture même des financements. 

Un bloc académique et industriel face à FP10 

Derrière l’initiative, un noyau dur composé d’universités, d’organismes nationaux de recherche et de grands groupes industriels. Autour de Paris-Saclay gravitent France Universités, le CEA, le CNRS, Inria, l’Inserm, mais aussi Sanofi, EDF ou STMicroelectronics. D’autres soutiens se sont agrégés dans la foulée, dont l’Onera et plusieurs universités européennes. Cette coalition affiche un diagnostic commun. L’Europe investit, mais peine à atteindre une masse critique sur des projets structurants. “Les décisions qui seront prises dans les prochains mois structureront durablement la capacité de l’Europe à produire des connaissances et à affirmer sa souveraineté stratégique”, ont écrit les signataires dans leur appel. En filigrane, une critique récurrente d’Horizon Europe, jugé fragmenté et insuffisamment arrimé aux priorités industrielles. 

Technologies critiques et continuité recherche-industrie 

L’Appel s’articule autour de cinq priorités. Atteindre une échelle réellement européenne pour certains projets, préserver la liberté académique, renforcer le continuum entre recherche publique et industrie, mieux coordonner les financements nationaux et cibler les technologies critiques. Intelligence artificielle, quantique, santé, énergie, spatial, défense. “Nous devons enrayer le décrochage technologique qui menace notre continent”, a affirmé Grégoire de Lasteyrie, président de l’agglomération Paris-Saclay. Il a d’ailleurs présenté l’initiative comme un levier stratégique face aux “dynamiques impérialistes” à l’œuvre. L’argumentaire prolonge les rapports Draghi et Letta, qui appellent à une intégration plus poussée du marché européen de la connaissance. 

Paris-Saclay en démonstrateur 

Le territoire met en avant sa densité scientifique pour crédibiliser sa démarche. Il concentre environ 20 % de la recherche publique et privée française, plus de 300 laboratoires et plusieurs centaines de startups deeptech. Supercalculateur Jean-Zay, synchrotron SOLEIL, infrastructures en neurosciences ou en quantique. L’écosystème revendique une capacité à transformer la recherche en applications industrielles. “L’Europe est l’arène impérative pour partager risques, expertises et outils”, a déclaré Sylvie Retailleau, présidente d’Universcience. Reste que l’influence réelle de cet appel se mesurera moins au nombre de signataires qu’à sa traduction dans les lignes budgétaires de FP10. Dans l’Europe de la recherche, la bataille se joue désormais à Bruxelles.