Résilience numérique : DORA et le défi de la culture d’entreprise

Au-delà des détails techniques de la réglementation, qui enjoint les acteurs financiers à une plus grande résilience numérique, cette chronique d’invité détaille les chocs culturels que l’on pourrait espérer dans les organisations.

Publié et mis à jour le 4 octobre 20244 min de lecture
Résilience numérique : DORA et le défi de la culture d’entreprise

DORA et le défi de la culture dentreprise

Il a beaucoup été question de DORA dans l'écosystème, j’avais moi-même proposé un récapitulatif sur le sujet juste avant l’été. Mais au-delà de ces éclairages sur la réglementation elle-même, je souhaitais attirer votre attention sur un point moins générique : son impact sur la culture d’entreprise des institutions financières. Si l'accent est mis sur les questions techniques, on oublie souvent que DORA, en imposant de nouvelles normes en matière de résilience opérationnelle numérique, va aussi transformer la manière dont les entreprises perçoivent et intègrent la gestion des risques au quotidien.

La culture d’entreprise est souvent façonnée par les priorités stratégiques de l'organisation. Avec DORA, la gestion des risques technologiques, la résilience face aux crises et la cybersécurité ont vocation à devenir des préoccupations centrales à tous les niveaux. Ce changement ne se limite pas aux équipes IT ou aux responsables de la conformité : il doit imprégner l’ensemble des collaborateurs, du dirigeant à l’employé le plus opérationnel. Cela représente un défi culturel considérable pour des institutions qui, pendant des décennies, ont peut-être relégué ces questions à des services spécifiques, souvent cloisonnés du reste de l'organisation.

L'une des conséquences directes de cette nouvelle réglementation est donc la nécessité de promouvoir une culture de la résilience au sein des entreprises financières. Cela signifie que chaque employé doit être formé et sensibilisé à l’importance de la continuité des activités, de la gestion proactive des incidents et de la sécurité des systèmes d'information. Cette approche va au-delà des procédures techniques ou des mesures de conformité. Elle demande un changement d'état d'esprit où la gestion des risques devient un réflexe, intégré à la routine de travail. Des audits réguliers, des tests de crise, des simulations de panne... tout cela devient partie intégrante du quotidien des équipes. Ainsi, le risque numérique, souvent perçu comme un problème isolé ou technique, doit être reconnu comme un enjeu collectif qui mobilise toute l’entreprise.

Par ailleurs, la mise en œuvre de DORA soulève la question de la transparence et de la communication interne. Pour qu'une culture de résilience puisse se développer, les dirigeants doivent encourager la communication ouverte sur les vulnérabilités et les erreurs, sans pour autant créer une atmosphère de peur ou de sanction. La résilience implique d'accepter qu'aucun système n’est infaillible, mais qu’il est possible de s’adapter et de réagir efficacement. Cela suppose une approche plus collaborative entre les départements IT, les équipes métiers, et la direction générale. DORA impose également la mise en place d’un reporting régulier sur la gestion des risques et des incidents. Cette exigence pourrait pousser les entreprises à instaurer des canaux de communication plus fluides et transparents, renforçant ainsi une culture d’ouverture et de dialogue sur les risques.

Un autre angle rarement exploré par les analyse de DORA est son impact sur la responsabilité individuelle au sein de l'entreprise. Alors que les exigences réglementaires en matière de cybersécurité et de continuité des services augmentent, les employés sont de plus en plus appelés à assumer des rôles clés dans la protection des systèmes et des données. Ce changement fait que la responsabilité individuelle et collective en matière de sécurité informatique devient une composante essentielle de la culture d’entreprise. Ce ne sont plus seulement les dirigeants ou les experts IT qui sont tenus responsables des défaillances, mais potentiellement chaque employé, selon son rôle et ses accès aux données critiques. Ce meilleur partage de la responsabilité a souvent été un grand absent dans les entreprises.

Enfin, il convient de mentionner que DORA pourrait indirectement influencer la gouvernance d’entreprise en incitant les dirigeants à redéfinir leurs priorités stratégiques. Face à la complexité croissante des menaces, les conseils d’administration devront intégrer davantage de profils experts en gestion de risques technologiques, modifiant ainsi peut-être la composition et les préoccupations des organes dirigeants. Cette évolution pourrait également influencer la manière dont les entreprises structurent leurs processus décisionnels, avec une plus grande attention portée à l’anticipation de ces risques.

Ainsi, si la réglementation DORA est souvent abordée sous l’angle de la cybersécurité et des outils techniques, son véritable impact sur la culture d’entreprise ne doit pas être sous-estimé. La promotion d’une culture de la résilience, de la transparence, et de la responsabilité à tous les niveaux est cruciale pour assurer une mise en conformité efficace et durable. Plus qu’un simple cadre réglementaire, DORA pourrait bien devenir un levier pour transformer en profondeur les mentalités au sein des entreprises financières.

Autres articles

Cyber Resilience Act : Les fabricants du numériques sous la règle des 24 heures

réglementation

Cyber Resilience Act : Les fabricants du numériques sous la règle des 24 heures 

Depuis ce 11 septembre, les fabricants de produits numériques vendus dans l’UE doivent signaler certaines failles et incidents en 24 heures. Une première épreuve avant 2027. 

En France, seuls 17 % des salariés se sentent pleinement préparés à l’évolution de leur métier

étude

En France, seuls 17 % des salariés se sentent pleinement préparés à l’évolution de leur métier 

Alors que l’IA accélère la transformation des métiers, une étude de Cornerstone pointe le manque de coordination entre les directions RH et IT pour préparer les salariés aux changements.  

Éducation nationale : la doctrine cyber existe, mais son exécution reste trop inégale

Chronique

Éducation nationale : la doctrine cyber existe, mais son exécution reste trop inégale

La rentrée scolaire 2026 s'est faite dans un contexte où les perturbations informatiques qui ont touché les académies de Nantes et de Toulouse ont donné une traduction concrète à la crise cyber de l'été.

Teleperformance mis en demeure, les petites mains de la tech sortent de l’ombre

Travail vs IA

Teleperformance mis en demeure, les petites mains de la tech sortent de l’ombre 

Trois organisations mettent en demeure le français Teleperformance sur les risques encourus par ses travailleurs de la donnée. Une première en Europe qui expose le coût humain des services numériques et de l’IA. 

Pacte numérique et IA, l’État veut transformer la souveraineté en commandes

commande publique

Pacte numérique et IA, l’État veut transformer la souveraineté en commandes

Ce jeudi 10 septembre à la Station-F, David Amiel et Anne Le Hénanff ont signé le Pacte numérique et IA avec l’appui de la DINUM, le CSF et Hexatrust. Objectif : faire de la commande publique un levier industriel. 


Préférences de consentement