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Sparkling Partners, un hybride au pays des start-up

Après avoir revendu Chronodrive à Auchan, Martin Toulemonde a créé Sparkling Partners, un modèle hybride situé entre l’incubateur, le fonds d’investissement et l’accélérateur. En trois ans, la structure a fait naître vingt start-up, de Paris à Lille.

Martin Toulemonde, entouré de Nicolas Kerangal (à droite) et Charles Perrard. © Sparkling Partners

Ils se surnomment les « serial-cofounders ». Martin Toulemonde (fondateur de Chronodrive), Nicolas de Kerangal (ex-directeur de la société californienne Amyris Inc.) et Charles Perrad (ex-directeur chez A. T. Kearney) ont lancé en 2013 une structure particulière dans l’univers de l’open innovation, qui compte aujourd’hui 20 jeunes sociétés…Baptisé Sparkling Partners, ce « faiseur de business » partagé entre Lille et Paris est scindé en deux activités. La première consiste à accompagner des start-up en early-stage. « Cette phase est passionnante car elle correspond aux itérations majeures de la vie d’une entreprise. C’est le moment où se construisent l’équipe, la stratégie, les valeurs et la technologie. Les business angels les financent en masse mais peu d’organismes les accompagnent », explique Martin Toulemonde. Souvent, il les repère au sein du pôle d’activités lillois Euratechnologies, dans lequel il est mentor. Il a même racheté le bar au coin du bâtiment…un investissement stratégique !

La deuxième activité est un modèle de start-up studio, à l’image du Français eFounders, qui a vocation à co-créer des projets. Soit les idées émanent des trois associés, soit elles résultent des besoins des grands groupes. Chronodrive, fondé en 2004, en est la parfaite illustration. « Le drive n’aurait jamais pu naître au sein d’un distributeur comme Auchan. C’est parce que j’arrivais avec une culture différente et qu’on m’a laissé faire à côté que le projet a été une réussite. S’il avait germé au sein même d’Auchan, il aurait été tué dans l’œuf à cause des silos, des multiples business units… », assure-t-il. Finalement Auchan devient le partenaire de Chronodrive et rachète les parts de Martin Toulemonde en 2011.

L’excubation selon Sparkling Partners

Avec son start-up studio, le créateur du drive veut transformer l’essai. Il tape à la porte des grands groupes, en particulier des Nordistes, qu’il connait du temps de Chronodrive, et « excube » leurs idées pour les transformer en start-up. Concrètement, il identifie les problématiques que rencontre une entreprise et s’assure qu’elle sera au moins cliente, partenaire, actionnaire ou même acheteuse à terme. « Les grands groupes commencent à comprendre que l’intrapreneuriat et l’incubation ont leurs limites », raconte le CEO. Une fois le concept bien rôdé, il cherche des entrepreneurs et talents pour faire tourner la boutique.

Parmi les entreprises séduites par Sparking Partners, on trouve des membres du CAC40 comme LVMH ou encore Carrefour. Mais ces géants français, souvent dotés d’un Chief Digital Officer ou d’un incubateur, ne sont pas l’unique cible du « venture builder » lillois. Des groupes, de plus petites tailles, ne savent pas comment bâtir un écosystème ou n’ont tout simplement pas les moyens d’y parvenir. C’est le cas de Rabot Dutilleul, un groupe de BTP lillois ou encore Bonduelle, avec qui Sparkling Partners travaillent activement depuis quelques mois sur des projets encore secrets.

De la production à la levée de fonds

D’autres entreprises en sont déjà au stade de déploiement. La start-up lilloise Kylii Motion, fondée par Johann Gobe, a installé des aires de jeux en réalité virtuelle dans plusieurs restaurants Flunch. SmartPixels a, quant à elle, installé sa technologie de réalité augmentée dans le magasin Nike des Champs-Elysées. Elle permet à un projecteur de détecter une basket et la de personnaliser en temps réel grâce à une tablette. Pour concevoir ces produits, le « venture builder » a créé Sparkling Tech, son bureau de R&D, qui compte six ingénieurs. « Cela nous permet de démouler très rapidement des projets concrets et de préparer tous les prototypes. En plus, nous avons une participation dans une entreprise à Hong-Kong qui possède des usines aux Philippines, ce qui nous assure une production très rapide », assure Martin Toulemonde.

Plus que la capacité de production, c’est avant tout des conseils stratégiques que recherchent les entreprises. « Ils ont des réponses à toutes les problématiques clés auxquelles nous sommes confrontées. Ils nous aident à nous poser les bonnes questions au bon moment et nous mettent en relation avec les bonnes personnes », raconte Benoît Blancher, cofondateur d’Equisense, start-up lilloise spécialisée dans la conception et le marketing d’objets connectés d’équitation. Grâce à Sparkling Partners, la jeune pousse a réalisé un tour de table de 3 millions d’euros en août 2016.

Les « serial cofounder » ont levé, quant à eux, 5 millions d’euros en septembre dernier pour amplifier leur démarche et participer davantage au financement de leurs pépites. « C’est un petit montant comparé à d’autres fonds. C’est tout simplement parce qu’on n’est pas un fonds », souligne Martin Toulemonde. Parmi ses actionnaires, ils comptent le patron de Showroomprive.com, Thierry Petit, l’actuel directeur général d’Adeo (Leroy Merlin), Damien Deleplanque, ou encore le fonds régional Finorpa. Cette nouvelle dynamique va permettre à Sparkling Partners de consolider les activités de son portefeuille, se positionner comme un trait d’union entre grandes groupes et start-up, et faire émerger 5 ou 6 pépites. « Nous souhaitons créer de belles histoires qui durent mais nous ne sommes pas non plus dans le monde des scale-up », estime Martin Toulemonde. La belle histoire de Chronodrive, elle, continue.

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