Thales et Google Cloud étendent leur cloud « souverain » à l’Allemagne
Google Cloud et Thales étendent leur modèle de cloud souverain à l’Allemagne, malgré les interrogations persistantes sur la dépendance aux technologies américaines.
Publié à 11h35 Lecture 2 min.
Le modèle de cloud souverain porté par Thales et Google Cloud poursuit son expansion européenne. Les deux partenaires ont annoncé mercredi le lancement, d’ici la fin de l’année, d’une nouvelle offre en Allemagne destinée aux organisations manipulant des données sensibles. Pour porter cette initiative, une nouvelle entité de droit allemand a été créée. Détenue à 100 % par Thales, elle s’appuiera néanmoins sur les technologies de Google Cloud, selon un schéma similaire à celui de S3NS en France. Cette coentreprise franco-américaine avait obtenu la certification SecNumCloud de l’ANSSI, référence française en matière de sécurité et de souveraineté des données.
Une cible prioritaire : les secteurs réglementés
Cette future plateforme allemande vise principalement les secteurs soumis à de fortes contraintes réglementaires, comme la finance, la santé ou encore les administrations publiques. « L’objectif est de viser le marché allemand du cloud, l’un des plus importants avec le marché français » tout en donnant « une dimension européenne » au partenariat, a expliqué Cyprien Falque, directeur général de S3NS. Les partenaires affichent également des ambitions économiques élevées, évoquant plusieurs centaines de millions d’euros de revenus à horizon de quelques années. L’annonce intervient dans un contexte où les débats autour de la souveraineté numérique européenne se renforcent. Face aux tensions géopolitiques et à la domination des hyperscalers américains, plusieurs États et grandes organisations cherchent désormais à limiter leur dépendance aux infrastructures étrangères.
Le débat persistant sur les lois extraterritoriales
Pour répondre à cette demande, les grands fournisseurs américains multiplient les offres dites « souveraines ». Leur promesse : isoler juridiquement et opérationnellement les données hébergées en Europe afin de les protéger des législations extraterritoriales américaines, comme le Cloud Act. Mais cette approche continue de susciter des réserves. Une récente étude du groupe de réflexion Future of Technology Institute estime que ces dispositifs « ne résolvent pas les problèmes de dépendance sous-jacents ». Les chercheurs rappellent notamment que les technologies restent américaines et pourraient donc, dans certains cas, demeurer soumises au droit américain. L’étude souligne aussi un autre risque : en cas de tensions politiques ou de sanctions décidées par Washington, les fournisseurs américains pourraient être contraints de suspendre certains services critiques, comme les mises à jour logicielles ou de sécurité. Un scénario qui alimente les réflexions européennes autour d’alternatives technologiques pleinement maîtrisées localement.

