Durabilité

Un cabinet, cinq volontaires et une question : que faire de l’IA ? 

Le cabinet d’étude Insuco formalise une politique IA éthique et opérationnelle, entre encadrement des usages et montée en compétences internes.

Publié et mis à jour le 16 avr.

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Peter Hochet, directeur général Afrique d'Insuco, présente le cadre IA de son cabinet d'étude.

Peter Hochet, directeur général Afrique d'Insuco, présente le cadre IA de son cabinet d'étude.

Aude Brès - Alliancy

Dans le secteur de la durabilité, le mot IA est souvent tu. Établir une politique sur ce sujet semble alors... secondaire. Face à ce constat, le cabinet d’étude Insuco a choisi d’en encadrer ses usages, devenant presque pionnier dans son écosystème. “Aucun de nos concurrents ou partenaires ne s’est positionné de façon claire sur leur utilisation de l’IA”, affirme Peter Hochet, directeur général Afrique d’Insuco, à l’occasion d’une conférence organisée le 10 avril par l’école Hexagone. Si la technologie s’est parfaitement intégrée dans l’écosystème, notamment via la création de produits commercialisables, le positionnement éthique des autres cabinets d’études serait absent, selon le benchmark d’Insuco. 

Le cabinet d’étude accompagne les projets d’investissement dans les pays en développement pour tenter d’analyser et d’éviter, en amont, leurs impacts négatifs environnementaux et sociaux. “Nous nous sommes challengés sur les mêmes problématiques que celles de nos clients”, raconte Peter Hochet. Au cœur des constats, le rappel que l’IA est loin d’être neutre, tant sur le plan environnemental que social. L’annotation des données, partie intégrante de la phase d’entraînement des modèles d’IA, est souvent délocalisé vers des pays “aux conditions de travail questionnables”, selon l’expert. 

La menace du Shadow AI 

Pour autant, hors de question d’interdire l’usage des outils d’IA, déjà répandu chez les collaborateurs. “Nos salariés commençaient déjà à produire des documents internes avec l’IA, sans le dire. On s’est inquiété que ça arrive dans les livrables remis à nos clients”, explique le directeur général Afrique d’Insuco. Le Shadow AI, couplé à la promulgation de l’IA Act, a été l’élément déclencheur d’une année de réflexion pour mettre en place une nouvelle politique interne.  

Celle-ci a commencé par la constitution d’un groupe de 5 employés - pour 200 au total - qu’il a fallu nommer pour les rendre identifiables au sein de l’entreprise. “Un temps de travail d’une heure toutes les deux semaines était dégagé pour les volontaires”, a détaillé Peter Hochet. Tous néophytes, une formation leur a été prodiguée. Sont venues ensuite les premières réunions, qui ont pris la forme de brainstorming.  

Des limites rapidement atteintes 

“Nous avions de grandes ambitions que nous avons dû réduire”, confie-t-il. L’idée de classer les outils d’IA selon leurs capacités à répondre à certains besoins a dû être abandonnée face à l’évolution incessante des technologies. La petite entreprise faisant régulièrement appel à des experts en freelance, le respect de ces prestataires aux nouvelles règles fut également discuté. “Le premier réflexe face à l’inquiétude, c’est le contrôle, le micro-management”, affirme l’expert. Une charte des bonnes pratiques a finalement été diffusée aux partenaires.  

En interne, leur marge de manœuvre était plus grande. Le groupe de travail s’est inspiré des recommandations de l’Association internationale des études d’impact. “Un axe important de notre politique fut de développer les connaissances et les compétences”, rappelle Peter Hochet. Ce à quoi s’ajoutent d’autres points essentiels : garder le regard de l’expert en dernière instance et rester transparent dans ses usages ou encore gérer les biais. “Lorsqu’on produit une analyse contextuelle d’un pays, il faut prendre en compte le déficit d’information sur certains groupes sociaux discriminés”, illustre le représentant d’Insuco.  

Une banque de prompts participative 

La politique mise en place par le cabinet d’étude inclut également la sensibilisation aux impacts économiques et sociaux. La génération d’images et de vidéos, extrêmement consommatrice en eau, a alors été restreinte. Cette interdiction totale est transmise via une charte interne, intégrée dans tous les contrats des nouveaux employés. Le document prévoit aussi d’autres mesures s’inscrivant dans le respect de l’IA Act mais aussi l’usage de prompts efficients.  

Pour cela, une banque de prompts est mise à disposition. “Tous les salariés peuvent proposer leur prompt, qui est ensuite testé et commenté par les autres collaborateurs”, explique Peter Hochet. Pour entretenir cette banque de prompts participative, un concept de concours annuel a été mis en place : chaque année, le meilleur contributeur, le prompt le plus utilisé ou encore le plus improbable sont récompensés. Après un an de travail pour implémenter toutes ces mesures au sein d’Insuco, la remise de prix ne devrait plus tarder.