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VMware : clients résignés, partenaires européens sous pression 

Une étude américaine de CloudBolt montre les hausses tarifaires absorbées et des migrations engagées, tandis que Broadcom supprime en Europe le niveau “Registered” de son programme partenaires. 

Publié le 25 févr.

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JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP

Un choc, mais pas d'hémorragie soudaine. Deux ans après le rachat de VMware par Broadcom, les grandes entreprises américaines encaissent encore des hausses tarifaires substantielles et amorcent seulement leurs migrations. De l'autre côté de l'Atlantique, les partenaires revendeurs européens, eux, perdent le statut « Registered », malgré les engagements pris en 2025. Broadcom mène sa barque et cette double tension redessine l’écosystème historique de l’éditeur. “Le marché est passé de la panique à la réaction, du déni à l’acceptation”, analyse Rod Squires, CEO de CloudBolt dans un rapport fondé sur 302 réponses de décideurs IT nord-américains. Il décrit une trajectoire émotionnelle calquée sur le modèle de Kübler-Ross. La théorie du deuil en cinq étapes, déni, colère, marchandage, dépression, acceptation, représenterait la trajectoire des perceptions des entreprises sur le sujet VMware depuis 2024. À l'époque, 99 % des répondants redoutaient l’impact du rachat et 73 % anticipaient un doublement des tarifs. Deux ans plus tard, seuls 26 % jugent les perturbations “extrêmement dérangeantes”. Mais la normalisation n’efface pas la douleur. “Quand on vous vole seulement la moitié de votre argent de poche au lieu de la totalité, vous ne vous sentez pas reconnaissant”, ironise CloudBolt dans son analyse. L’éditeur souligne l’écart entre crainte initiale et réalité constatée. Dans les faits, 59 % des entreprises ont subi des hausses supérieures à 25 %, avec une médiane située entre 25 et 49 %. Certaines ont même évoqué des envolées de 400 à 700 %. Le passage forcé à l’abonnement et la fin des licences perpétuelles ont ancré un nouveau rapport de force.

Pas d’exode massif, mais un désengagement organisé 

Contrairement aux prophéties d'exode massif et soudain, la base installée aux États-Unis ne s’est pas évaporée. 56 % des entreprises déclarent être restées sur VMware afin d’optimiser leurs environnements existants et d’amortir les investissements déjà consentis. Seules 4 % ont finalisé une migration complète. Pourtant, derrière cette apparente stabilité, le mouvement est bien engagé. “La ruée annoncée s’est transformée en un repli calculé”, a analysé CloudBolt. Près de 40 % sont en cours de transition ou en réflexion avancée. Et 86 % disent réduire activement leur dépendance. Le sujet n’est plus cantonné aux équipes techniques. Les directions générales et financières pèsent désormais dans la balance, signe d’un déplacement du débat vers le terrain du risque et de la gouvernance. Mais les freins au départ persistent : complexité multiplateforme, manque de compétences ou encore risques opérationnels. “La situation crée une équation brutale pour les responsables informatiques”, met en avant le rapport, estimant que ceux qui tardent paieront plus cher à mesure que l’écosystème se contractera. L’inertie technique protège encore VMware. Mais pour combien de temps ? 

Europe, fin de l’exception pour les partenaires 

Ce mouvement de contraction touche aussi le réseau de distribution. Broadcom a récemment confirmé la suppression du niveau « Registered » de son programme partenaires Advantage dans la région Europe, Moyen-Orient et Afrique (EMEA), mettant fin à l’exception accordée jusque-là. “Les partenaires Registered vont soit quitter le programme, soit être reclassés au niveau Select”, a précisé Laura Falko, responsable du programme mondial partenaires chez Broadcom. Après une première vague de rationalisation engagée fin 2025 hors Europe, la décision homogénéise le dispositif mondial. Le niveau « Registered » constituait l’entrée de gamme du dispositif, accessible avec des exigences commerciales et techniques limitées. Il permettait à des intégrateurs ou revendeurs de taille modeste de commercialiser les offres VMware sans atteindre des seuils élevés de certification ou de volume. Le passage au niveau « Select », échelon supérieur, implique des engagements plus structurants en matière de chiffre d’affaires, de compétences certifiées et d’alignement stratégique. Ce relèvement du ticket d’entrée resserre mécaniquement le cercle des partenaires habilités. “Ces derniers mois, les acquisitions se sont multipliées dans le réseau de distribution VMware”, a observé CRN, média américain spécialisé dans l’actualité du channel IT. La consolidation s’accélère donc. Les petits intégrateurs, eux, s’interrogent sur leur avenir dans un modèle recentré sur quelques acteurs stratégiques. L’écosystème VMware, longtemps perçu comme un levier d’innovation locale, se recompose sous la contrainte financière imposée par Broadcom. 

Le cloud public en grand gagnant 

Du côté des utilisateurs, pour les 44 % d’entreprises engagées dans une sortie partielle ou totale, la destination est claire. L’orientation est majoritairement vers le cloud public, chiffrant cette option à 72 %. Microsoft, avec Hyper-V et Azure Stack, capte 43 % des projets alternatifs. Red Hat et Nutanix progressent également. Quid des autres alternatives pour l'Europe ? Les préoccupation en matière de dépendances technologiques et de souveraineté numérique renforcent la question. Broadcom, de son côté, assume une approche sélective. “Il s’agissait de maximiser la valeur des clients restants sur la plateforme”, a relevé l’étude de CloudBolt, rappelant que le modèle “intègre le taux de désabonnement et est conçu pour rester rentable”. Autrement dit, la perte de volume est anticipée et la rentabilité prime sur l’expansion de l’écosystème. Une rupture culturelle avec l’ère VMware pré-Broadcom, historiquement bâtie sur un maillage large de partenaires et une base installée fidèle. Entre clients qui rationalisent et partenaires sous pression, l’écosystème VMware entre dans une phase de recomposition. Pas d’explosion, certes, mais un déplacement important des lignes de faille.