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[Chronique] La 5G, facteur de disruption des territoires ?

Le 10 Octobre dernier, Martine Aubry, maire de Lille, déclarait : « il est urgent d’attendre », le conseil municipal venant de voter un moratoire sur la 5G. Quelle analyse peut-on faire des arguments invoqués ?

« Des doutes en effet persistent tant du point de vue sanitaire que de la sobriété numérique sur le déploiement de la 5G ». Loin d’être un cas isolé, 11 métropoles et une soixantaine d’élus signaient le 12 Septembre dernier une tribune dans le JDD appelant à un moratoire national sur le déploiement de la 5G, souhaitant un « débat démocratique décentralisé »[1].

Trois arguments à analyser finement

Derrière cette charge, les arguments peuvent se ranger en 3 catégories

 

 

On l’a compris, ce dernier faisceau d’arguments qui sèment la peur est à la fois une arme politique redoutable pour certains élus qui s’en emparent et un brouillard épais qui vient empêcher le débat démocratique. 

Le progrès n’est jamais parfait

Or l’homme, depuis 3 millions d’années et les premiers outils, s’est développé aussi bien physiquement que spirituellement grâce à la technologie, qui l’a mis globalement à l’abri des dangers, des maladies et de la famine. Rien de très nouveau que les lois de l’évolution chères à Darwin, mais qui veut dire que notre destin est intrinsèquement lié à la technologie. Or le progrès n’est jamais parfait. Il y a toujours un revers à la médaille, mais nous avons montré dans notre histoire que systématiquement nous corrigions ces revers, dont le bilan est bien plus modeste que le coût potentiel de n’avoir rien fait. Fallait-il continuer à se déplacer à cheval en ville, avec en prévision plusieurs mètres de crottin dans les rues, une odeur pestilentielle et une insalubrité chronique ? Ou inventer le moteur à explosion, qui allait polluer l’air un siècle plus tard ? Problème de pollution qui sera résolu par la voiture électrique, qui apporte un autre problème :  l’usage inconsidéré du cobalt dans les batteries, lequel est en passe d’être résolu à son tour par Tesla, etc. Le progrès est une suite d’innovations dont le risque à l’instant t est inférieur au bénéfice au même instant, risque lui-même résolu par l’innovation suivante.

L’immobilisme au contraire coûte toujours plus cher que l’action, dès que le risque de cette dernière est circonscrit (ce qui ne veut pas dire qu’il est nul, on a vu que c’est impossible).

L’immobilisme, ferment de la disruption

Que va rapporter l’action d’installer des réseaux 5G ? Prenons trois exemples :

Sous l’angle productif, la mesure fine et continue d’un grand nombre de paramètres des processus industriels et agricoles va améliorer leur efficacité en limitant les dépenses énergétiques, la consommation d’eau ou les pertes de matière première. Rappelons que les 7,5 milliards de terriens consomment 1,6 terre par an, chiffre qui culminera, si nous ne faisons rien, à 1,94 terre par an en 2064, l’année où la population humaine sera à son maximum. Il faut et il suffit donc de diviser par deux les ressources nécessaires à la production pour aboutir à une civilisation durable. La 5G, en permettant le contrôle fin des processus de production, y prendra une part certaine.

Dans le domaine médical, la télémédecine de qualité « présentielle » permise par les réseaux 5G de très grande bande passante permettra de prodiguer une offre de soin sans égale sur n’importe quelle parcelle du territoire habitée, en complément de la couverture de la fibre, dont on sait qu’elle n’est pas rentable en dessous d’une certaine densité de population.

Pour les transports, la 5G permettra l’avènement des robots taxis, ces véhicules sans chauffeur déjà expérimentés un peu partout dans le monde, dont il a été démontré que leur généralisation en ville permettrait de diviser le nombre de véhicules… par 6 !

C’est vrai, les bénéfices promis par la 5G dans ces trois domaines ne sont pas encore avérés. Mais leur ampleur et leur probabilité de réussite, étayées par chaque étape atteinte de développement technologique, sont très supérieures au risque sanitaire éventuel – qu’on ne sait toujours pas mesurer, ni en probabilité ni en ampleur. Quand la peur l’emporte sur l’expérience, force est d’appeler cette réaction de l’obscurantisme, qui nous renvoie aux pires heures du Moyen-Âge.

Toujours est-il que ce moratoire, s’il est appliqué, accentuera le retard de la France (par rapport aux plusieurs millions d’abonnés 5G déjà actifs dans de nombreux pays développés), non seulement dans l’équipement en télécommunications des territoires, mais dans les technologies et dans les secteurs tels que la médecine, la production et l’agriculture, ou le transport cités plus haut.

L’immobilisme est le premier ferment de la disruption, et ces élus semblent œuvrer pour que les territoires qui les ont élus se fassent disrupter.

[1] https://www.lejdd.fr/Societe/5g-une-soixantaine-de-maires-et-de-deputes-demandent-un-moratoire-au-moins-jusqua-lete-2021-3991401

[3] https://www.planetoscope.com/electronique/728-ventes-mondiales-de-smartphones.html  https://www.numerama.com/tech/174972-apple-samsung-et-les-autres-evolution-du-marche-des-smartphones.html

[4] https://www.developpez.com/actu/235055/Le-trafic-Internet-devrait-exploser-au-cours-des-cinq-prochaines-annees-d-apres-des-projections-de-Cisco/

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