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« A distance », une réflexion pluridisciplinaire sur le télétravail

L’ouvrage « A distance » interroge la réalité du télétravail, trois ans après le début de la pandémie. Dirigé par trois chercheurs, il donne la parole à une cinquantaine d’interviewés et grands témoins.

C’est le dernier-né des Cahiers de l’Institut Paris Région : « A distance, », sous-titré « La révolution du télétravail » est un solide ouvrage de près de 180 pages.

Pour peser le pour et le contre, ou plutôt « le côté pile et le côté face » du télétravail, les auteurs du livre (Pascale Leroi est urbaniste, Lucile Mettetal géographe et urbaniste et Florian Tedeschi, ingénieur transport), très attachés aux territoires, sont allés chercher des collègues sociologues ou anthropologues, démographes ou économètres, mais aussi des élus, citoyens, entrepreneurs, spécialistes des RH…

C’est ainsi que l’on y rencontre Geoffroy Roux de Bezieux, président du Medef. Il estime que nier l’aspiration des salariés au format hybride serait « une grave erreur d’appréciation »

Ou encore Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, qui rappelle le risque de fracture  (« Seulement 30% des salariés peuvent télétravailler ») et aborde la question du logement, épineuse ces temps-ci : ceux qui ne peuvent pas télétravailler sont aussi souvent ceux qui habitent loin de leur lieu de travail, en région parisienne notamment. « Il faudra que ceux qui doivent être en présentiel aient des possibilités de logement au plus près de leurs lieux de travail. »

Un sujet de fond repris par d’autres dans le dernier chapitre du livre, intitulé « Nouvelles frontières ».

Cet ouvrage très riche est l’occasion d’apprendre que la première définition officielle du télétravail date de 1994, dans le rapport Breton, même si l’on parlait déjà de « télématique » en 1978 (rapport Nora-Minc). Le « droit au télétravail », lui, date de 2017 : tous les salariés peuvent le demande et en cas de refus l’employeur doit justifier sa décision.

Au fil des pages on croise Coluche (« A la télé, ils disent tous les jours qu’il y a 3 millions de personnes qui veulent du travail. Ce n’est pas vrai : de l’argent leur suffirait ») et on découvre le concept de « salarié liquide » : soumis à une accélération du temps et à un appauvrissement des relations sociales, il est progressivement consommé par son travail, mais aussi consommateur de son entreprise.

Pascal Picq, paléoanthropologue, affirme que « les chimpanzés ont la solution » (impossible à résumer en deux phrases, rendez-vous page 41 !) Il rappelle aussi que « si l’on avait consulté les éthologues, on aurait évité l’absurdité des open-spaces », mais notre culture anthropocentrique méprise les singes…

Plus loin, on parle de fatigue des élites, de détresse des managers, d’autonomie retrouvée , du collectif et de l’informel, de (l’absence de) déterminisme technologique, des risques psychosociaux et des nouvelles mobilités… Des outils numériques, bien sûr.

On questionner la transmission et on donne la parole aux jeunes avec les témoignages d’alternants. On interroge la maison, aussi, et même tout le quartier, puisque le télétravail modifie sensiblement nos habitudes de consommation.

On croise des « Parisiens à temps partiel » (Jean Vannière) et des « femmes,  acrobates du quotidien » (Jeanne Ganault) et on évoque le « mirage de l’exode urbain » (Max Rousseau).

Un tour d’horizon complet, par ailleurs très joliment illustré.

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