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Achat de produits numériques reconditionnés : le secteur public en retard sur la loi AGEC

La deuxième édition du baromètre de l’achat de produits numériques reconditionnés, publiée par Keeep, indique d’un certain nombre de voyants sont passés au vert, malgré de nombreux freins qu’il est nécessaire de continuer à lever, notamment dans le secteur public.

Les premiers résultats de l’étude ADEME / ARCEP en cours sur l’impact environnemental du numérique en France sont très clairs. L’empreinte carbone générée par un an de consommation de biens et services numériques en France en 2020 représente 2,5 % de l’empreinte carbone nationale, soit 17,2 Mt CO2éq. Les terminaux représentent 79 % de cette empreinte carbone, les centres de données 16 % et les réseaux 5 %. Enfin, la phase de fabrication représente 78 % de l’empreinte carbone des terminaux et la phase d’utilisation 21 %.

Ainsi, toutes les solutions permettant d’augmenter la durée de vie d’un terminal ont des effets directs importants pour réduire de manière significative l’impact environnemental du numérique en France. Dans ce cadre, l’achat de terminaux reconditionnés en substitution de terminaux neufs pour les professionnels représente une alternative efficace et facile à mettre en œuvre.

Part de budget accordée au réemploi et intentions d’achat

La deuxième édition du baromètre de l’achat de produits numériques reconditionnés, en entreprise et chez les acteurs publics, cherche à établir la place des produits numériques reconditionnés dans les organisations professionnelles, l’évolution des intentions d’achats ainsi que les freins et motivations qui bloquent ou incitent à passer à l’acte.

Ce baromètre est publié par Keeep, distributeur spécialisé de produits digitaux de seconde main, en partenariat avec le Syndicat Interprofessionnel du Reconditionnement et de la Régénération des Matériels Informatiques, Électroniques et Télécoms (SIRRMIET), l’Institut du Numérique Responsable (INR) et l’association HOP (Halte à l’Obsolescence Programmée).

Selon ce baromètre, 58 % des professionnels qui utilisent déjà des produits numériques issus du réemploi accordent moins de 10 % de leur budget à ces produits. On constate néanmoins que pour près d’un professionnel sur trois, c’est plus de 20 % du budget qui y est consacré.

Part de budget accordée au réemploi

Si l’on fait la différence entre entreprises publiques et privées, 88 % des acteurs publics qui achètent des produits digitaux issus du réemploi y consacrent moins de 20 % de leur budget. Les entreprises privées sont quant à elles 32 % à consacrer au moins 20 % de leur budget à cette typologie de produits.

Part de budget accordée au réemploi selon le type d’entreprise (secteur public ou privé)

Les professionnels qui n’ont pas encore acheté de produits digitaux issus du réemploi sont 34 % à déclarer vouloir y consacrer une part de leur budget dans les 12 prochains mois : une tendance stable depuis 2022 (36 %).

Intention d’achat dans les 12 mois

Qu’elles soient déjà acheteuses de produits numériques reconditionnés ou non, 7 entreprises sur 10 vont consacrer au moins 5 % de leur budget à l’achat de produits digitaux reconditionnés à horizon de 2 ans.

Ce sont, en revanche, 8 acteurs publics sur 10 qui y accorderont moins de 20 %, malgré le cadre imposé par la loi AGEC (pour mémoire, l’article 58 de la loi AGEC fixe la part des achats numériques issus de l’économie circulaire, pour l’État et les Collectivités Territoriales, à 20 % de leurs dépenses).

Part du budget accordée au réemploi dans les 2 ans

Les raisons du recours aux produits reconditionnés

Les raisons qui poussent les organisations à recourir aux produits reconditionnés tiennent tout d’abord à la volonté de favoriser l’économie circulaire en France, que ce soit pour le Public comme le Privé. Pour les entreprises privées, la contribution à la politique RSE est la deuxième motivation d’achat de produits numériques de seconde main. Pour les acteurs publics, la deuxième motivation d’achat est l’optimisation du budget.

Les raisons du recours aux produits reconditionnés

Quand on se penche sur les barrières à l’utilisation de produits issus du réemploi, la quasi-totalité des freins recule auprès des acteurs publics : tous les scores sont en baisse par rapport à 2022, excepté dans la perception de la fiabilité du reconditionné comparée au neuf. Étonnamment, si une entreprise du public sur deux cite encore une contrainte liée aux procédures, le score global de cet item est en net recul (10 points vs 2022). Cette tendance à la baisse est également présente chez les entreprises privées.

Trois freins progressent dans la perception des produits reconditionnés par le privé : le rapport qualité/prix insuffisant (+13 points), le choix disponible (+8 points) et la fiabilité

(+5 points).

Les barrières à l’utilisation de produits issus du réemploi

Même si le réemploi de produits digitaux issus de la seconde main progresse dans les organisations professionnelles, les acteurs publics conservent un retard important dans la mise en application du décret de la loi AGEC.

En revanche, les entreprises du secteur privé qui ont franchi le pas du « reconditionné » sont déjà 32 % à y consacrer plus de 20 % de leur budget. Malgré tout, « trois freins évoluent à la hausse, illustrant encore une certaine « frilosité » pour passer à l’acte. Il apparaît donc essentiel d’améliorer la filière via le développement de labels « qualité produit » et de certifications des process de reconditionnement pour rassurer les clients professionnels », concluent les auteurs du baromètre.

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