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Eric Seulliet (La Fabrique du Futur) : « Les écosystèmes d’innovation imposent la confiance et la transparence »

Eric Seulliet* a co-supervisé la publication de l’ouvrage collectif « Les écosystèmes d’innovation : regards croisées des acteurs clés ». Explications sur ce phénomène désormais incontournable à comprendre pour les entreprises qui veulent innover.

Alliancy. Quelle est la genèse de cet ouvrage collectif ?

Eric Seulliet, Président de La Fabrique du Futur

Eric Seulliet. Avant d’être un livre, cette réflexion a d’abord été toute une série de rencontres. Celles-ci ont été réalisées en préparation de la Journée Innovation / IEA du 28 mai 2018 sur le thème des écosystèmes d’innovation, organisée conjointement par le RRI [Réseau de recherche sur l’Innovation, NDLR], la Fabrique du Futur, France Living Labs et Léonard de Vinci, faite d’interventions, de tables-rondes, de workshops…

Ce livre est notamment la compilation des comptes rendus de tout ce qui a été produit sur le sujet autant en France qu’à l’international et une réflexion de notre part sur ce phénomène sur lequel nous travaillons depuis longtemps.

Comment l’ouvrage est-il présenté ?

Eric Seulliet. Il y a trois grandes thématiques (17 chapitres) que sont tout d’abord la définition des écosystèmes : de quoi parle-t-on ? D’où vient ce concept ? Comment évolue-t-il ? La seconde partie est beaucoup plus pratique, avec de nombreux retours d’expériences, comme le Génopole d’Evry. Enfin, on termine par des méthodes et des outils, avec les concepts de plateformes (entreprises, territoires, institutions…) que nous avons beaucoup développés. Comment mettre en commun des bonnes pratiques, des savoirs, des connaissances entre différents acteurs, différentes communautés d’acteurs… Comment impliquer les usagers, comment utiliser les Living Labs…

Ce concept de « Living Lab » fonctionne-t-il ?

Eric Seulliet. Oui, tout à fait, même si le terme est parfois galvaudé comme celui de Fablab… Ce n’est pas une marque protégée ! Mais tous ces lieux impliquent l’usager – citoyen et consommateur – pour innover avec lui en co-création. Nous avons largement développé cette question dans le livre. En fait, un écosystème d’innovation se doit d’évoluer dans un climat de confiance vers un objectif commun, grâce à des outils, des méthodes et nouvelles technologies… C’est pourquoi la Fabrique du futur, avec le Ministère des Armées et l’IMT** ont décidé de lancer, dès cet automne, « ValYooTrust », la première place de marché de confiance pour l’innovation 4.0, bâtie autour d’une blockchain privée qui rétribue les co-innovateurs sous forme d’Innovation Coins, en reconnaissance du partage de leurs actifs immatériels, le plus en amont possible dans le processus d’innovation. Elle s’adresse aux chercheurs, entrepreneurs, grandes entreprises, ETI, PME, start-up, investisseurs…

Quels sont les objectifs de ValYooTrust ?

Eric Seulliet. Cette place de marché répond à trois demandes de l’innovation dite « collaborative » : d’abord, donner une réponse digitale agile (4.0) à la complexité et à la lenteur de la mise en situation de négociation de toutes les forces disruptives de l’innovation ; ensuite, impliquer l’usager le plus en amont possible dans le processus d’innovation ; et, enfin, établir le plus tôt possible une relation de confiance réciproque « prouvée » entre les offreurs et demandeurs de l’écosystème…

Comment y participer ?

Eric Seulliet. Toute société intéressée peut déjà s’inscrire, l’idée étant de développer des projets conjoints dans un climat de confiance. Cette place de marché sera aussi un « tiers facilitateur de confiance » pour les financements, les aides, les subventions… Car on y trouvera aussi des business angels, des capitaux-risqueurs. Notre idée est aussi d’essayer de résoudre l’asymétrie existante entre grands groupes et start-up/PME pour une meilleure collaboration sur le long terme.

Que diriez-vous de la maturité autour des écosystèmes ?

Eric Seulliet. On n’y est pas encore à 100 %, mais cela marche de mieux en mieux, à condition que ce soit un « vrai » écosystème, ancré dans le territoire. Ce qui nécessite d’avoir cet équilibre entre les membres dans un climat de confiance et de transparence. Par exemple, les relations entre donneurs d’ordres, fournisseurs et/ou sous-traitants ne constituent pas un réel écosystème.

Toutefois, il peut exister toute taille d’écosystème : une start-up a son propre écosystème, mais ce qui est important, c’est qu’il faut l’animer. C’est du donnant-donnant. Ensuite, un écosystème doit être connecté à d’autres écosystèmes, qu’ils soient sectoriels, intersectoriels, multi-pays… L’idée est toujours de travailler dans l’échange, la co-création, avec un certain équilibre entre les différents partenaires. Cela rejoint le concept de l’entreprise étendue… où les relations sont plus horizontales.

Reste la question centrale : que faire de la valeur créée au sein d’un écosystème… Quel est votre avis à ce sujet ?

Eric Seulliet. A l’inverse des Gafam par exemple qui ponctionnent nos données pour créer une valeur qu’ils sont seuls à capter, les « nouveaux » écosystèmes redistribuent la valeur créée, autour des « communs »… On y partage les mêmes objectifs, une même éthique, une même culture. Les écosystèmes régionaux, par exemple, qui marchent bien, sont fondés sur des relations ancestrales et solidaires.

Où en est aujourd’hui la Fabrique du Futur que vous avez créée ?

Eric Seulliet. Le dispositif a été récemment re-boosté. Au côté de l’association historique qui bénéficie depuis 2008 du label européen « Living Lab » et qui constitue notre « Think Tank », nous avons lancé l’an dernier La Fabrique du Futur & Co, une SAS à capital variable (avec une vingtaine d’actionnaires) qui représente notre « Do Tank », orienté business. Notre objectif est d’aider les entreprises, les grands groupes et les institutions à inventer le futur. On veut les aider à lever le nez du guidon pour se projeter et se réinventer… Il faut aller dans le sens de se remettre en question, il faut changer de « mindset » ! Les entreprises se rendent compte qu’elles ont besoin de trouver du sens à ce qu’elles font, notamment sur l’humain, sous l’influence des « nouveaux » consommateurs et de leurs jeunes collaborateurs.

Auriez-vous un projet particulier à citer sur lequel vous travaillez ?

Eric Seulliet. Nous pouvons même en citer deux… D’une part, nous sommes en cours de création d’un « Smart Building Lab » à Bordeaux. L’idée est de créer un lab d’innovation dédié aux technologies du bâtiment, notamment numériques. Il s’agira d’un lieu polymorphe et ouvert constitué d’un incubateur, d’un showroom, d’un espace de formation et d’expérimentation, d’un lieu pour accueillir du networking et des évènements, le tout recourant largement à la 3D et à la réalité virtuelle. Nous rencontrons actuellement divers acteurs privés et publics intéressés à être partenaires de ce dispositif.

D’autre part, nous travaillons sur un concept très disruptif consistant à mobiliser des communautés de consommateurs, usagers, citoyens… pour les impliquer dans des projets de co-création et d’intelligence collective. Ces deux projets s’inscrivent totalement dans l’exploration concrète du sujet des écosystèmes d’innovation !

* Eric Seulliet, diplômé de HEC et de l’Institut d’Urbanisme de Paris, est président-fondateur de « La Fabrique du Futur ». Il s’agit d’un dispositif bicéphale constitué d’une association, la partie think tank (labellisée living lab depuis 2008) et d’une société, le do tank. La vocation de La Fabrique du Futur est de créer et d’accompagner des écosystèmes d’innovation afin de faire advenir des futurs désirables et viables. 

 ** Contact : Patrick Duvaut, patrick.duvaut@imt.fr

Pour aller plus loin et se procurer l’ouvrage :

LES ÉCOSYSTÈMES D’INNOVATION : Regards croisés des acteurs clés. Sous la direction de Blandine LapercheMarcos LimaEric Seulliet et Brigitte Trousse (L’Harmattan, avril 2019, 326 pages).

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