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Industrie du futur : l’urgence de la normalisation des données

Antoine Rizk

L’industrie du futur, c’est celle de l’autonomie des chaînes de production, rendues plus intelligentes par la combinaison de technologies toujours plus avancées. Mais encore faut-il que ces technologies soient capables de communiquer entre elles, au sein d’écosystèmes de plus en plus vastes et complexes, pour permettre de fluidifier, sécuriser et optimiser les processus de production et de logistique.

Antoine Rizk, Vice-Président, Global Go-To-Market de l’offre B2B Axway

L’industrie 4.0 : aux portes du futur

Parfois présentée comme la nouvelle révolution industrielle, l’industrie 4.0, ou industrie du futur, est d’abord une évolution des moyens et des pratiques de production. Caractérisée par une interconnexion des machines et des systèmes, elle consiste à rendre les chaînes de production et d’approvisionnement plus intelligentes, afin de gagner en efficacité dans l’allocation des ressources, et en agilité dans les processus de production.

Cette transformation de l’industrie s’est évidemment accompagnée d’une modernisation de ses outils : des logiciels de CFAO (Conception et Fabrication Assistées par Ordinateur) aux MES (Manufacturing Execution Systems) en passant par le PLM (Product Lifecycle Management) ou les ERP, les industriels ont considérablement enrichi leurs systèmes d’information pour pouvoir superviser, automatiser et sécuriser leur chaîne de production. Sans compter l’explosion de l’Internet des Objets, dont les applications industrielles ne cessent de se développer.

L’ensemble de ces outils tend aujourd’hui à converger, en réponse à un besoin croissant d’ouverture, d’agilité et de productivité. Qu’elles soient physiques ou virtuelles, les frontières des entreprises industrielles s’estompent en effet de plus en plus : l’ouverture des marchés, l’émergence du omnicanal, la multiplication des parties prenantes et l’intensification de la concurrence à l’échelle mondiale, redéfinissent progressivement les contours de ces entreprises. Elles ne peuvent plus désormais se suffire à elles-mêmes ni fonctionner en circuit fermé : elles sont au coeur d’un écosystème regroupant à la fois clients, fournisseurs et partenaires, avec lesquels elles doivent communiquer de façon continue et instantanée, afin de fluidifier et d’accélérer les processus de production de supply chain.

Vers des plateformes sectorielles

Les clients, par exemple, exigent désormais des produits sur-mesure, mais au même prix et avec la même efficience que ceux produits en masse. L’industrie 4.0 sera en mesure de les leur fournir, dès lors que les chaînes de production pourront s’auto-configurer en fonction de leurs besoins spécifiques. Ce qui signifie des interactions accrues entre les entités de production et de logistique, qu’il faudra nécessairement fiabiliser et sécuriser. Et ce, afin de garantir non seulement la sûreté et l’intégrité des systèmes d’information, mais aussi la conformité et la performance des produits et de leur livraison.

Tout l’enjeu réside alors dans la capacité des entreprises industrielles à avoir une visibilité totale sur l’ensemble de leur écosystème, tous niveaux confondus. Ce n’est qu’à cette condition qu’elles pourront anticiper les dysfonctionnements susceptibles de survenir sur leur chaîne de production, et limiter le nombre d’erreurs, potentiellement accru par la complexité grandissante de la supply chain. Or, à l’heure actuelle, les problèmes de visibilité sont dus non pas à un manque, mais plutôt à un trop plein d’informations. C’est ce gigantesque volume de données, issu de l’ensemble de leur écosystème, que les entreprises industrielles doivent apprendre à maîtriser et à analyser, afin de pouvoir prendre de meilleures décisions, tout aussi bien stratégiques que de gestion d’alertes, aux moments opportuns.

Dans l’entreprise étendue, ce sont les donneurs d’ordre qui imposent en général à leurs fournisseurs, leurs normes et protocoles d’échange, via des plateformes mises en oeuvre côté client. Mais avec l’industrie 4.0, ces plateformes vont intégrer l’ensemble de l’écosystème et de ces entités décentralisées, et communiquer directement entre elles selon un modèle de subsidiarité. Il est donc essentiel, dans ce contexte, que l’ensemble des parties prenantes s’accorde sur une même norme d’échange.

Une nécessaire normalisation des flux

Certains secteurs l’ont d’ores et déjà compris, et ont développé des plateformes d’échanges de données sectorielles. C’est par exemple le cas de l’industrie aéronautique, dont les leaders européens ont lancé dès 2011 la plateforme «BoostAeroSpace » pour unifier les processus de collaboration entre les différents acteurs de la filière. La plateforme compte aujourd’hui 1 500 partenaires, qui bénéficient de solutions de gestion logistique et d’échanges de données spécifiquement conçues par et pour leur métier.

Si les échanges EDI permettant une solide structuration des données, ce n’est pas le cas des différents logiciels verticaux (CFAO, PLM, MES, etc.), qui ne sont pas nativement conçus pour communiquer entre eux, ni avec les millions d’objets connectés. Une approche de communication par les API, en association étroite avec les EDI est un bon moyen de répondre à ces nouvelles exigences de communication et d’intégration horizontale. Compte tenu du volume de données et de la disparité des systèmes impliqués, une circulation efficace des flux au sein de ces vastes écosystèmes (outils, machines, chaînes de production parfois réparties sur plusieurs sites géographiques, entités de production et de logistique, etc.) nécessite donc un travail de normalisation. La mise en oeuvre, pour chaque écosystème, de consortiums représentant les grands donneurs d’ordre de la filière, est assurément une piste incontournable.

Il est, quoi qu’il en soit, indispensable de « penser » les normalisations des flux de données. Ce n’est qu’à cette condition que l’industrie du futur pourra se développer et offrir son plein potentiel d’innovation. L’Europe s’est fixé comme objectif, d’ici 2020, d’atteindre une production industrielle comptant pour 20 % de son PIB (contre 15 % aujourd’hui). L’industrie 4.0 peut assurément y contribuer, dès lors que l’ensemble des acteurs européens se donneront les moyens de la mettre en oeuvre, en collaborant de manière constructive et en favorisant les synergies entre leurs écosystèmes.

En savoir plus :

Lire le dossier sur l’industrie du futur.

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