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La confrontation de l’Usine du futur française et allemande

Hier soir, au siège de Bpifrance, Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, Louis Gallois et Denis Ranque, co-présidents de La Fabrique de l’industrie, avaient convié de nombreux industriels et startupers à débattre sur le thème des défis liés à la digitalisation de l’industrie française, au regard de l’expérience allemande.

Nicolas Dufourcq, directeur de Bpifrance

« En Allemagne, les entreprises du Mittelstand [équivalent à nos ETI] sont motrices pour diffuser les technologies du numérique », reconnaissait Jean-Daniel Weisz, co-auteur du livre « Industrie : les défis de la transformation numérique du modèle industriel allemand » avec Dorothée Kohler.

Comme partout, il y a un réel problème de formation continue car l’usine du futur est une « rupture fondamentale ». En Allemagne, de nombreux cursus de formation totalement nouveaux se mettent en place.

« L’emploi, c’est évidemment essentiel, a-t-il poursuivi. Mais on ne sait pas ce qui va réellement se passer ». Outre-Rhin toutefois, IG Metall accompagne le mouvement : il y a une vraie coopération sur des sujets de réflexion prospective… (notamment sur l’impact du déploiement de la fabrication additive dans le tissu industriel actuel)

Sur ce thème de l’impression 3D, Klaus Bauer, patron de Trumpf a présenté Axoom, une plateforme industrielle de services de production (smart factory platform). « D’abord, on fait du conseil, on regarde ce que veut le client, l’aspect financier et sa façon de travailler, avant de lui proposer une solution spécifique, puis on passe au test. Cette plateforme de « production on demand » a été monté avec divers partenaires industriels capables de fournir tous les services d’une chaîne de production classique, jusqu’aux approvisionnements. »

Karine Gosse de Fives a quant à elle expliquer que le groupe « souhaite plutôt miser sur un collectif de petites structures au sein de l’ETI », ajoutant que son groupe travaillait actuellement au montage d’une joint-venture avec le groupe clermontois Michelin dans le domaine de la fabrication additive.

Enfin, Thomas Usländer (Institut Fraunhofer) a détaillé les relations qui se développaient actuellement outre-Rhin entre « Industrie 4.0 », « Industrial Internet Reference Architecture/IIRA », « Industrial Internet Consortium » et « Reference Architecture Model Industrie 4.0/Rami », soulignant l’importance d’un internet sécurisé et des normes à l’échelle européenne… « Connecter les plateformes industrielles entre elles, là est notre rôle, a-t-il rappelé. A savoir quels types de standards doivent s’appliquer… C’est comme cela que l’on gagne notre argent ».

Enfin, point intéressant, à la question s’il voyait quelques faiblesses dans les entreprises allemandes face à la transformation numérique, il a souligné le déficit de ces ETI à ne pas savoir regarder au-delà de leur propre activité. « Il faut être plus ouvert. Il faut aller vers le domaine de l’informatique. Il y a un vrai manque de savoirs dans l’industrie sur ces sujets pour créer des réseaux, connecter son produit à d’autres produits, son usine à d’autres usines. Dans ce sens, les start-up ont un réel avantage car elles sont nativement beaucoup plus collaboratives ».

Enfin, en matière de cyber-sécurité, un « Industrial Data Space » est en cours de création en Allemagne, soit un espace sécurisé pour échanger des données industrielles. Indispensable, selon lui. Ce qui est intéressant c’est qu’une fois en place, Industrie 4.0 aimerait que cet « espace » devienne le modèle européen à adopter par TOUTES les entreprises… Une façon de contrer ce que fait GE Electric outre-Atlantique.

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Notre dossier sur l’Usine du futur

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« L’industrie du futur à travers le monde », La Fabrique de l’Industrie, 2016

« Industrie : Les défis de la transformation numérique du modèle industriel allemand », Dorothée Kohler et Jean-Daniel Weisz (La documentation française, février 2016, 22 euros)

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