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PACA sensibilise les PME aux enjeux du numérique

Afin  de sensibiliser les PME aux enjeux du numérique pour leur compétitivité, pouvoirs publics, chambres consulaires, clusters et fournisseurs de solutions ne ménagent pas leurs efforts. L’évangélisation n’en est qu’à sa préhistoire, mais elle s’opérera. De gré ou de force.

Au salon Top TIC, a été dévoilée cette imprimante 3D de 3Macarons. Photos : Top TIC – 3DMacarons

 Le 14 octobre 2014 : le palais de la Bourse à Marseille, antre de la CCI Marseille Provence, bouillonne. La nouvelle édition du salon Top TIC fait le plein de stands et de visiteurs. Sur toute une journée, en discutant avec les exposants ou en se rendant sur la quarantaine de conférences proposées, l’entrepreneur pour qui le numérique se réduit à un site Internet ou à Facebook, vit sa déambulation comme un saut dans un univers fabuleux.

A sa sortie, il maîtrise mieux à quoi sert un datacenter, cerne précisément l’intérêt d’externaliser ses données dans le cloud, les nouvelles manières de vendre sur le Web ou, encore, les outils collaboratifs utiles à ses salariés. Il a même pu observer la création par la société 3Macarons d’objets en impression 3D, et découvrir la dernière imprimante de Toshiba qui réutilise cinq fois la même feuille grâce à une encre effaçable pour réduire la consommation de papier.

 L’événement porté par la chambre consulaire et appuyé par les associations régionales   Medin Soft (éditeurs de logiciels) et club informatique de Provence (DSI et prestataires) se veut le principal forum dédié aux technologies digitales dans le Sud-Est. Quelques jours plus tôt à Nice, la CCI de Nice-Côte d’Azur avait organisé un Webinar, séminaire en ligne sous l’intitulé « Le cloud pour tout et pour tous ». Elle avait auparavant exploré les questions de l’e-réputation, du référencement naturel de l’entreprise ou de l’amélioration de sa visibilité via les réseaux sociaux. La CCI des Hautes-Alpes avait, pour sa part, mis sur pied son « 3e meeting du numérique », afin qu’au contact de professionnels du secteur, les entreprises des zones rurales ne se retrouvent pas dépassées. Des initiatives confortées dans toutes les CCI de la région par une offre personnalisée : Competi’TIC, pro- gramme de formation numérique à coût réduit ciblé sur les PME de l’industrie.

   Une éducation basique

 En Provence-Alpes-Côte d’Azur, les réseaux traditionnels de conseil et d’accompagnement des entre- prises semblent avoir pris la mesure des enjeux de la transition numérique. Ils n’hésitent pas à investir dans des opérations de sensibilisation pour exposer les solutions, aujourd’hui, à la disposition des sociétés. Cette implication se heurte cependant à des limites : ne viennent sur ces réunions que ceux qui pressentent un intérêt potentiel pour leur activité. Dans les allées de Top TIC, les « petits commerçants » étaient absents. « Le premier frein pour les TPE, artisans et commerçants reste le manque d’appréhension des outils. Ils ne perçoivent pas en quoi ces technologies peuvent contri­buer à dynamiser leurs ventes et accroître leur chiffre d’affaires », souligne Guy Gensollen, membre asso­cié de la CCI Marseille-Provence. Dans certains quartiers populaires de Marseille, même Internet paraît à des années-lumière du quotidien des ma­gasins. « Confirmer une transaction en signant avec son doigt, c’est Harry Potter pour certains ! », ironise une conseillère de la chambre. Un constat qui a conduit la CCI à déployer « Ma Bou’TIC » et le « Bou’TIC Tour », un concept de démonstrations et d’ateliers pratiques itinérants pour exposer avec simplicité dans les villes des Bouches-du-Rhône des solutions telles que les vitrines interactives, le paie­ment sans contact, la gestion automatisée des stocks .

A Nice, pionnière dès 2010 du paiement sans contact, la métropole, déterminée à s’imposer en « smart city », démocratise les usages par le déploie­ment de technologies dans les transports, l’éclairage, le stationnement… Une approche également explo­rée à Gap chaque année en septembre : à l’occasion du forum Ocova sur les objets communicants, com­merçants et habitants sont invités à tester les solu­tions des entreprises participantes. Avignon vient d’annoncer son partenariat avec Microsoft pour accélérer sa transition numérique. Quant à Toulon Provence Méditerranée, elle a investi dans un réseau très haut débit de 216 km par fibre optique auquel sont raccordées 63 zones d’activités économiques et commerciales, de Six-Fours-les-Plages à Hyères. Sa réalisation est accompagnée d’une communica­tion spécifique sur les potentialités que cette infras­tructure ouvre aux sociétés de l’agglomération. Les démarches conduites par ces acteurs institutionnels sont complétées par une approche plus pointue, re­layée auprès de leurs membres et/ou résidents par les technopôles, les pépinières d’entreprises (Marseille Innovation, TVT Innovation, CEEI Provence et Nice-Côte d’Azur…), les associations interprofes­sionnelles territoriales (Avignon Delta Numérique, Groupement d’Intervention pour le Numérique 05 dans les Hautes-Alpes, « 43.117 » à Toulon…), les clusters (Primi Pôle Transmédia, Telecom Valley, Arcsis, Same, Medinsoft…), les pôles de compéti­tivité (Solutions Communicantes Sécurisées) ou encore la Fondation Internet Nouvelle Génération (Fing), via son implantation marseillaise.

L’avis de… Jean-Christophe Lecosse

Directeur général du Centre national RFID (CNRFID)

Le CNRFID compte 150 membres, un chiffre en hausse de 20 % par an. Les PME nous sollicitent pour étudier comment déployer des solutions RFID/NFC chez elles ou identifier des prospects et marchés pour leurs propres technologies. De plus en plus, elles nous consultent pour un accompagnement personnalisé. Mais nous les associons aussi à des projets de R&D collaboratifs. C’est le cas, par exemple, du projet ITGDO Aerospace sur l’identification, la traçabilité et la géolocalisation digitale des objets dans la chaîne de valeur aéronautique et spatiale. Cinq PME travaillent avec Air France, Airbus, Dassault Aviation, Thales, Safran, Facom… C’est une croisade pédagogique infinie que d’améliorer leurs connaissances, compte tenu de la diversité des potentialités de marchés et de solutions. Début 2015, nous allons créer un Centre d’expérimentation et d’usages à Rousset, avec l’appui du conseil régional Paca, de la communauté du Pays d’Aix et de la mairie. Nous finalisons son contenu avec le pôle Solutions Communicantes Sécurisées. Bien qu’implanté sur la place d’un village provençal, sa vocation sera nationale. En appui de la French Tech, il y a un enjeu passionnant à relever.

 La stratégie des petits pas

 Dans ce cas de figure, le public concerné, immergé déjà dans un environnement technologique, apparaît partiellement sensibilisé. Mais beaucoup s’efforcent de voir plus large en sortant de leur seul périmètre. Aliocha Iordanoff, président d’Avignon Delta Numé­rique (ADN) et gérant de l’agence de webmarketing Semaweb, constate un début de prise de conscience. « Sur nos rencontres thématiques, nous privilégions une pédagogie pragmatique, centrée sur des témoignages de résultats issus de l’installation d’une application. Vis-à-vis du cloud, notamment, les TPE-PME ont besoin de se sentir en confiance. Lorsqu’elles découvrent qu’ADN rassemble des interlocuteurs à proximité, aptes à les aider à identifier leurs besoins, elles se sentent rassurées et osent une évolution qu’elles n’auraient sans doute pas tentée avec un grand fournisseur national », explique-t-il.

Pour André Jeannerot, président de MedinSoft, qui s’est dotée d’une commission E-Economie pour fédérer l’offre régionale des hébergeurs, éditeurs, Web agencies, e-commerçants, « les acteurs du numérique se doivent d’apporter leur appui au reste du tissu éco­nomique. Si une société réalise principalement ses ventes à Noël, il faut lui fournir une réponse sur mesure et à coût adapté sur cette attente spécifique afin qu’elle en juge rapidement les effets plutôt que de vouloir absolument l’équiper d’une solution globale ». La politique des pe­tits pas paraît une stratégie appropriée. « Quand une entreprise accepte d’externaliser sa messagerie et son site Internet et en perçoit tout l’attrait, elle poursuit avec son système d’information », assure Maël Bodin, technico-commercial du datacenter ASPServeur/Econocom, à La Ciotat. « Le chef d’entreprise, qui maîtrise des applications impliquant le cloud pour sa vie personnelle, et apprécie leur facilité d’usage, veut les retrouver dans sa vie professionnelle. Il est alors plus aisé à convaincre », admet Jean-Pierre Virsolvy, président du groupe RDI, qui a accompagné fin 2013 la migration totale sur le cloud de la société provençale Florajet (vente à distance de fleurs) dont le site Internet comptabilise 10 millions de visiteurs uniques par an.

 Nombreuses démarches partenariales

Opérationnel depuis cet été, TDF a investi 15 millions d’euros pour transformer le site émetteur de Réaltor, à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), en datacenter. Photos : TDF – D. R

Tous ces efforts d’évangélisation ne semblent pas vains aux yeux des fournisseurs de solutions au contact direct des entreprises. « Paca me semble plus mature que d’autres dans l’appréhension de ces technologies. Les produits les plus innovants exigent une explication, mais j’ai le sentiment que les dirigeants manquent moins de connaissances que de temps pour se renseigner et déterminer ce qui pourrait convenir le mieux à leur activité », note Lætitia Mathay Tempier du département Bureautique de Toshiba Région Méditerranée. « Nous avons choisi d’ouvrir sur Aix- Marseille le plus grand de nos datacenters en France parce que, localement, la clientèle potentielle nous paraît suffisamment avertie pour mesurer l’intérêt de notre offre de proximité », renchérit Hubert Dezellus, directeur produit et avant-vente de TDF.

Directeur de Toulon Var Technologies (TVT) et président du Réseau français de l’innovation, Retis, Patrick Valverde reconnaît le rôle majeur des offreurs de solutions dans la sensibilisation des TPE/PME. Soit parce qu’ils interviennent comme experts en support des événements mis sur pied par les acteurs institutionnels. Soit parce qu’ils les organisent eux-mêmes, sous formes d’ateliers découvertes, à l’image du leader chinois ZTE, à Aix, voici quelques mois, ou de l’Orange Business Tour à Avignon le 20 novembre. Forte de l’expérimen¬tation prometteuse conduite avec Crazylog (lire encadré), TVT a donc accueilli à bras ouverts IBM SoftLayer, désireux d’instaurer une implication plus durable. « Grâce à notre partenariat, les entreprises de l’aire toulonnaise pourront utiliser les logiciels d’IBM et l’offre cloud des datacenters Softlayer pour déployer leurs propres solutions, confie Patrick Valverde. TVT supporte l’abonnement et favorise l’accès aux start-up au meilleur coût. Le cloud devient ainsi un élément-clé de leur stratégie de développement. » Et, ajoute Jean- Pierre Descamps, en charge pour IBM du développement des partenariats cloud business : « Ce partenariat facilitera aussi la diffusion mondiale de leurs innovations au travers de la marketplace d’IBM et de la plate-forme Bluemix.»

 Orange déploie une logique similaire avec son programme d’accompagnement et d’accélération Orange Start-Up Ecosystem, présenté en juin der­nier dans le cadre de son partenariat avec le Busi­ness Pôle de Sophia-Antipolis. Editrice à Nice d’applications multimédia de formation, Solar Games en bénéficie. Pour Robin Ferrière, vice-président Cloud & Digital Business d’Orange Business Services, c’est une mission d’ampleur qui doit mobiliser l’ensemble des acteurs. Elle n’en est qu’à sa préhistoire. « En France, 51 % des TPE de 0 à 20 salariés ne disposent pas encore d’un site Web », rappelle-t-il. Pour Sébastien Enderlé, dirigeant d’ASPServeur/Econocom, le mouvement enclen­ché demeure inéluctable.                                      « L’externalisation des données ne concerne que 10 % des entreprises, mais les autres s’y plieront à terme, parce qu’elles ne voudront pas perdre de terrain par rapport à leurs concurrents, parce que leurs clients le leur imposeront ou parce qu’elles auront connu un incident majeur sur la conservation en interne de leurs données .»

 

Trois questions à … Jean Yves Kbaier, président de Crazylog

Comment votre petite société a-t-elle pu travailler avec IBM ?

Crazylog développe Quickbrain, un logiciel d’aide au diagnostic et à la prédiction d’incidents sur le process d’une usine dans le traitement de déchets, l’énergie, le nucléaire, l’oil & gas… Nous avons rencontré IBM, en avril 2014, qui nous a indiqué que notre application pouvait être hébergée partout dans le monde, via son cloud SoftLayer, et que cette plate-forme offrait une multitude d’outils pour concevoir des applications cloud ou transférer des logiciels standards vers le cloud. Nous avons mis notre solution dessus. Travailler sur le cloud d’IBM rassure nos clients, grands donneurs d’ordres. Commercialement, un tel partenariat est un gage de crédibilité et de confiance.

Qu’est-ce que cela a changé pour Crazylog ?

J’ai présenté au SummerCamp d’IBM devant 1 700 personnes l’intérêt d’associer Quickbrain aux solutions métiers d’IBM. Notre solution est arrivée à la deuxième place du concours ISV (smarter pitch challenge) dédié aux partenaires du groupe. J’ai rencontré le management d’IBM France que je n’aurais jamais imaginé intéresser. La récompense prévoit un détachement de collaborateurs afin de nous aider à accélérer notre croissance. Nous accédons gratuitement à des licences. Devenus intégrateur et revendeur de solutions IBM, nous bénéficions de formations.

C’est donc du gagnant-gagnant ?

Tout à fait, car IBM peut aussi s’appuyer sur Crazylog pour pénétrer de nouveaux marchés. Désormais, grâce à Toulon Var Technologies (TVT), d’autres start-up varoises pourront accroître plus rapidement.

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