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Sommet de l’IA : l’opportunité indienne de Numeum

De retour de New Delhi, Véronique Torner, présidente de Numeum, décrit la dynamique engagée lors du Sommet de l’IA et en amont du TECH7, qui s’organise en parallèle du futur G7 d'Évian.

Publié le 2 mars

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L’édition 2026 du Sommet mondial pour l’intelligence artificielle s’est tenue à la mi-février en Inde, réunissant à New Delhi dirigeants politiques, entrepreneurs de la tech et leaders associatifs. Pour les équipes du syndicat professionnel français Numeum, c’était aussi l’occasion d’organiser un voyage d’affaires permettant de resserrer les liens avec le monde du numérique indien. Une opération en cohérence avec la stratégie d’influence et de développement international que renforce la structure ces dernières années. Véronique Torner, présidente de Numeum, résume l’opportunité qui se présentait : « C’est assez inédit, nous n’avions jamais organisé une délégation Numeum de ce genre à l’étranger, avec Business France et plus particulièrement Business France India. Nous avons pu avoir des contacts de très bon niveau et une belle vision de l’écosystème indien du numérique et de l’IA. Nos huit entreprises adhérentes qui se sont déplacées étaient très complémentaires des start-up amenées par la délégation French Tech, dont nous sommes très proches. Et de nombreux grands groupes parmi nos adhérents étaient déjà mobilisés sur place avec leurs filiales, à l’image d’Atos, Capgemini, Sopra Steria, Dassault Systèmes… ».

La réinvention du modèle indien

Le déplacement a notamment permis de resserrer les liens avec Nasscom, l’homologue indien de Numeum. Car si l’IA était dans tous les esprits, sommet oblige, l’idée de ce voyage d’affaires était d’élargir au maximum les sujets de discussion. L’occasion pour certains de signer des partenariats stratégiques, comme l’ont fait par exemple Scality ou Quandela. Le Sommet lui-même était en ce sens un moyen de faciliter les contacts et les découvertes. « Il faut voir cela comme une sorte de grand VivaTech. Beaucoup d’Indiens sont venus découvrir nos pavillons avec curiosité », relate Véronique Torner. Elle analyse la situation unique du pays actuellement : « L’Inde est un acteur important du numérique mondial, mais surtout au niveau de l’“offshorisation”. Son marché domestique est encore assez peu développé et ses dirigeants souhaitent changer cela. Ils sont donc dans un moment de pivot, alors que l’IA vient bousculer les modèles, car elle automatise des tâches que les entreprises indiennes traitent massivement en service. Progressivement, leur horizon devient donc de développer leurs propres technologies. Et en la matière, le partenariat avec l’Europe peut leur permettre de tracer une nouvelle voie face à la Chine et aux USA ».

"Learning expedition" à finalité business

La présidente de Numeum souligne d’ailleurs à quel point l’optimisme des dirigeants tech indiens, largement affiché lors du Sommet de l’IA, se ressent dans leur posture business. « Ils ne parlent pas aujourd’hui de réduire leurs effectifs : ils continuent de recruter au maximum. Ils veulent capitaliser sur le fait d’être sans doute le plus grand vivier au monde de développeurs. Leurs ingénieurs sont d’excellent niveau et reviennent souvent en Inde après leur passage aux États-Unis, pour développer des activités, mais aussi une trajectoire de souveraineté numérique différente pour leur pays » note-t-elle.

Côté français, le voyage a été conçu comme une « learning expedition » pour montrer ces grandes mutations aux adhérents et profiter d’une « culture commune de l’ingénierie » qui facilite beaucoup les discussions. « Il y a un intérêt très fort pour la France, l’Europe et nos entreprises. Par exemple, le ministre fédéral du numérique de la région de Karnataka a montré à quel point il était à l’écoute pour faciliter les partenariats quand nous l’avons rencontré à Bangalore », illustre Véronique Torner. Mais la dirigeante veut aussi faire prendre conscience aux entreprises tentées que se développer sur la voie indienne ne s’improvise pas pour autant : « Nous avons bien identifié, avec le témoignage de ceux qui étaient déjà en Inde, qu’il fallait y consacrer du temps à la hauteur de la valeur attendue. Pour bien travailler avec l’Inde, il faut notamment être présent sur place, à travers une structure locale ».

Le rendez-vous clé du TECH7

Le voyage jusqu’à New Delhi était aussi un vecteur d’influence pour Numeum, qui a pris la présidence du TECH7, en même temps que la France a pris celle du G7. « Nous avons invité Nasscom au TECH7 et à VivaTech (dont la prochaine édition se tiendra du 17 au 20 juin 2026, NDLR) », signale Véronique Torner. Alors que de nombreux appels à la régulation et à une gouvernance internationale ont été lancés à l’occasion du Sommet de l’IA, Numeum entend faire part de ses propositions en la matière à la fin du printemps dans le cadre de ces grandes réunions économiques et politiques internationales, « dans l’idée d’une saine collaboration entre les pays ». Le rapprochement avec Nasscom est dans ce cadre un des moyens de nouer une coopération dans des cercles géographiques variés, sur un maximum de sujets.

Influence européenne

Depuis plusieurs années, le syndicat professionnel renforce déjà sa présence européenne, à la fois au niveau de l’association Digital Europe et en lien direct avec ses homologues d’autres pays. « À Bruxelles, nous avons cette volonté de mener des alliances avec d’autres pays européens et de nous renforcer collectivement autour du bien-fondé de l’autonomie stratégique », explique Anissa Kemiche, déléguée aux affaires européennes et internationales de Numeum. Objectif : dupliquer au niveau européen ce qui se fait depuis plusieurs mois dans l’Hexagone avec « l’Équipe de France du numérique ». « Que ce soit avec nos partenaires allemands, polonais ou espagnols, pour en citer quelques-uns, nous voyons clairement les états d’esprit changer », complète-t-elle. Avec l’espoir, à l’avenir, de mettre en place une sorte de « TECH27 » au sein duquel échangeraient les différentes associations professionnelles des pays membres, pour permettre un discours centré sur les enjeux du Vieux Continent.

Printemps africain

En attendant, la bataille d’influence se joue sur toute la scène internationale. « Le TECH7 n’a que quelques années d’existence. Mais en nous coordonnant avec le G7 ou avec le Medef, qui a la présidence du B7, nous commençons à être écoutés », estime Véronique Torner. Et Numeum aura d’autres occasions de porter la bonne parole à l’étranger. Satisfaite de la réussite de la « learning expedition » en Inde, l’association va reproduire l’exercice à Nairobi, pour le Sommet France-Afrique « Africa Forward » des 11 et 12 mai. Avant cela, elle sera au GITEX Africa, début avril. Une ouverture vers le grand continent que la présidente avait annoncée dans ses vœux en début d’année.